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Les Manchettes scientifiques d’Ariel Fenster

Mesmer et le magnétisme animal

Ariel Fenster, le 5 janvier 2012, 14h48

Dans les années 1780, Franz Anton Mesmer (1734-1815) était au sommet de sa carrière médicale. Après avoir pratiqué à Vienne, il s'était établi à Paris où ses traitements basés sur le magnétisme animal faisaient fureur à la cour du roi Louis XVI.

Mesmer et le magnétisme animal
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Mesmer et le magnétisme animal Mesmer et le magnétisme animal

Les Manchettes scientifiques d’Ariel Fenster

L’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill présente des capsules hebdomadaires sur des sujets défrayant l’actualité scientifique. Plus de renseignements sur ces sujets, ou d’autres d’intérêt général, sont disponibles en communiquant avec Ariel Fenster.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
(514) 398-2618

Mesmer croyait en l'existence d'un fluide universel qui réglait les interactions des humains avec les corps célestes et celle des humains entre eux. Une idée en harmonie, pour les esprits de l'époque, avec les théories de Newton sur le mouvement des planètes. Pour Mesmer, la maladie était causée par une mauvaise distribution dans le corps de ce magnétisme animal et la guérison demandait une restauration de cet équilibre perdu. Ce que Mesmer se disait capable de faire grâce à ces talents de magnétiseur.

Mesmer organisait des séances où ses patients étaient accueillis par de la musique douce et une lumière tamisée. Il se déplaçait à travers la salle dans un habit de soie lilas et utilisait ses mains et des incantations pour transmettre ce fluide magnétique invisible à ces disciples. Beaucoup d'entre eux, se proclamant guéris de maladies, réelles ou imaginaires, firent de Mesmer une célébrité. Le Marquis de Lafayette et Mozart, notamment, figuraient parmi ses patients. D'ailleurs, ce dernier fait référence à Mesmer dans son opéra Cosi fan tutte.

Devant le nombre grandissant de patients, Mesmer organise des séances de groupe. Pour cela, il fait appel à des baquets, de larges récipients en bois de chêne remplis d'eau qu'il avait « magnétisée ». Il en sortait des tiges de fer (voir la photo*) que les patients, reliés entre eux par une corde, devaient agripper pour recevoir le fluide magnétique. Certains de ces baquets pouvaient traiter jusqu'à 20 personnes à la fois et Mesmer en avait quatre dans son salon; trois payants et un réservé aux pauvres. Ces traitements collectifs donnaient lieu à des «crises magnétiques» où les sujets perdaient le contrôle et étaient pris de convulsions. Pour Mesmer, ces crises étaient un signe que le fluide magnétique faisait son effet. Devant une demande grandissante qu'il n'arrivait pas à satisfaire, Mesmer «magnétisait» des arbres de son jardin et invitait ceux qui ne trouvaient pas de place autour des baquets à enlacer les arbres à la place!

Les succès de Mesmer étaient tels qu'il était souvent invité à la cour pour pratiquer sur la reine Marie-Antoinette. Ce qui allait en fin de compte amener sa chute. En 1784, le roi Louis XVI, plus sceptique que sa femme et ses courtisans au sujet du magnétisme animal, nomma une commission royale pour se prononcer sur le phénomène. Cette commission comptait parmi ses membres des sommités comme Antoine Lavoisier et Benjamin Franklin. À l'époque, ce dernier était ambassadeur des États-Unis à Paris. Il y avait aussi le mathématicien Jean Sylvain Bailly et le médecin Joseph Guillotin. Ironiquement, Lavoisier et Bailly perdirent leur tête pendant la Révolution grâce au dispositif qui porte le nom du docteur Guillotin**.

À cause de la mauvaise santé de Franklin, les travaux de la commission furent conduits à sa résidence de Passy. Avec comme aspect intéressant que ceux-ci sont probablement le premier exemple d'étude scientifique «à l'aveugle». Mesmer était représenté par un de ses disciples, le docteur Deslon. Après que ce dernier ait «magnétisé» un des arbres du jardin, un enfant aux yeux bandés avait été placé entre eux et était supposé se sentir attiré par le fluide animal émanant de l'arbre magnétisé. Bien qu'au cours de l'expérience, l'enfant fit état de diverses sensations, il fut incapable d'indiquer leur provenance. Il déclara que celles-ci augmentaient alors qu'il s'éloignait de l'arbre et qu'elles diminuaient alors qu'il s'en rapprochait. Dans une autre expérience, une patiente entra en convulsion après avoir bu de l'eau normale, mais il n'y a eu aucun effet après qu'elle est consommée de l'eau «magnétisée». Écrit par Bailly, Le rapport des commissaires chargés par le roi de l'examen du magnétisme animal fut dévastateur. Il conclut qu'il n'y avait aucune évidence scientifique du phénomène et que les effets observés étaient le fruit de «l'imagination».

À la suite de la publication du rapport, la popularité de Mesmer s'évanouit. Il quitta Paris en 1785 pour retourner à Vienne d’où il était venu quelques années plus tôt. Aujourd'hui, on se souvient de Mesmer pour deux raisons: tout d'abord, Mesmer peut être considéré un précurseur de l'hypnotisme, une technique développée dans les années 1840 par le docteur écossais James Braid. Ce dernier s'est inspiré des expériences de Mesmer pour mettre au point les différentes formes de suggestion qui peuvent amener à l'état d'hypnose. Ensuite, le nom de Mesmer est à l'origine de l'expression de la langue anglaise to mesmerize, qui veut dire «fasciner», un terme bien en accord avec le personnage.

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*Le seul baquet qui existe encore de nos jours et qui se trouve au Musée d'histoire de la médecine et de la pharmacie de Lyon.

**Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le docteur Guillotin n'inventa pas la guillotine. En fait, lui-même était opposé à la peine de mort. Mais, en 1789, en tant que membre de l'Assemblée Constituante, il proposa qu'en attendant son abolition, une méthode plus «humaine» soit utilisée. La machine elle-même fut mise au point par un confrère, le docteur Antoine Louis. L'association avec la guillotine embarrassait tellement la famille du docteur Guillotin que, après sa mort, ses proches demandèrent au gouvernement de trouver un autre nom pour l'engin. Devant le refus du gouvernement, c'est la famille qui changea de nom. La croyance que le docteur Guillotin lui-même ait été «guillotiné» provient du fait qu'une autre personne portant le même patronyme, J.V.M. Guillotin, ait perdu la tête de cette manière.

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