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La construction de la science pour les nuls (5 de 6)

Le syndrome de la recherche unique

Pascal Lapointe, le 14 janvier 2012, 10h15

Une fois qu’on a dit qu’une recherche doit avant tout être publiée, on n’a pas tout dit. Une recherche unique ne fait pas une révolution. Mais qu’est-ce qu’il est difficile de résister à la tentation...

Le syndrome de la recherche unique
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Le syndrome de la recherche unique

À lire

J’emprunte l’expression « syndrome de la recherche unique » au collègue journaliste Andrew Revkin.

Skeptical of Science : les journalistes doivent devenir plus critiques de la recherche, plus « sceptiques de la science » (Columbia Journalism Review, 28 septembre 2011)

Une recherche n’existe pas dans le vide (PLOS, 8 décembre 2011)

Climatosceptiques : a-t-on dépassé le stade de la recherche unique?

Le réchauffement climatique remet régulièrement sur le tapis ce syndrome de la recherche unique, parce que les climatosceptiques, tout en rejetant en bloc l’ensemble des sciences du climat, accordent une visibilité énorme au moindre scientifique qui leur semble confirmer leur perception.

Or, toutes les recensions, comme celle de l’historienne des sciences Naomi Oreskes en 2004 (The Scientific Consensus on Climate Change), ont échoué à trouver la moindre recherche révisée par les pairs qui rejette la théorie de l’influence humaine sur le réchauffement.

Autrement dit, tous les textes dont on affirme qu’ils « démontrent » que l’humain n’est pas responsable du réchauffement sont soit des textes d’opinion, soit d’élégantes théories, soit des textes qui passent en revue la littérature sans apporter de données nouvelles... et soit, dans certains cas, des textes qui appuient le rôle des humains dans le réchauffement!

C’est le syndrome de la recherche unique. La joyeuse bande de neutrinos qui auraient voyagé plus vite que la lumière, contredisant du coup Einstein. Ne serait-ce pas formidable qu’Einstein soit contredit?

Ou c’est Andrew Wakefield qui dit avoir trouvé un lien entre vaccination et autisme, et du coup, applaudissent ceux qui étaient déjà convaincus. Un nommé Roy Spencer qui dit avoir prouvé que l’humain n’est pas responsable du réchauffement, grâce à un nouveau modèle de sa création, et du coup, applaudissent qui-vous-savez.

Ou bien, pour remonter plus loin, ce sont les relations publiques de l’Université de l’Utah qui, en 1989, annoncent à la Terre entière que deux de leurs chercheurs ont réalisé une fusion froide. Plus insidieux, c’est Hwang Woo-Suk, à l’Université de Séoul, annonçant le premier clonage réussi de cellules souches humaines dans une étude publiée, ce n’est tout de même pas rien, par la prestigieuse revue Science.

Qu’ont en commun toutes ces annonces? Une recherche, une seule. Si elle était confirmée, ce serait sensationnel. Seulement, voilà, elles n’ont jamais été confirmées.

Comme l’écrivait récemment Tom Levenson dans un billet où il jetait un pont entre ces neutrinos si rapides et les climatosceptiques :

C’est le problème avec toute remise en question d’un pilier de la connaissance : si les nouvelles observations sont correctes, elles doivent être comprises d’une façon qui s’accorde avec les travaux précédents.

Ou en d’autres termes : une révolution en science ne signifie jamais que tous les prédécesseurs ont eu tort. Elle signifie que les nouveaux résultats ajoutent quelque chose qui leur avait échappé, ou apportent une nuance qui ouvre un nouvel horizon de possibilités.

Il est étonnant que tout le monde sache intuitivement cela. Tout le monde sait en effet que la science n’est jamais « définitive ». Et pourtant, cela n’empêchera pas une solide majorité d’accueillir une nouvelle recherche comme la preuve « définitive ».

La Terre n’est pas au centre de l’Univers

Peut-être faudrait-il rappeler un peu plus souvent au public que même l’idée que notre Terre occupe le centre de l’Univers rallie encore des détenteurs d’un doctorat? Et comme il existe des centaines de milliers de publications à travers le monde, on en trouvera toujours une pour publier le premier venu, pourvu qu’il soit tenace.

L’an dernier, l’une parmi ses centaines de milliers, le Journal of Cosmology, a publié une étude « démontrant » la découverte de formes de vie dans une météorite d’origine martienne.

Le non-initié ne peut pas, à l’oeil nu, savoir si cette étude est solide ou non. La thèse, après tout, est plausible. L’auteur semble maîtriser un vocabulaire pointu et —que demander de plus?— il a même inclus des graphiques!

Sauf qu’avant de sombrer dans le syndrome de la recherche unique, on peut demander —même Google peut aider— si le Journal of Cosmology jouit d’une certaine crédibilité. Et la réponse s’avérera vite négative.

Le non-initié ne peut pas non plus savoir si sont valides les arguments du scientifique qui prétend que c’est le Soleil, et non l’humain, qui est responsable du réchauffement climatique. Mais il peut se demander s’il est plausible que ce scientifique, et lui seul, détienne soudain le monopole de la vérité.

Ne soyons pas naïfs, même la plus solide des explications ne convaincra pas ceux qui ont déjà décidé qu’ils ne changeront pas d’idée. Le biais de confirmation (voir ce texte) étant ce qu’il est, le blogueur convaincu que le réchauffement climatique est un canular accueillera à bras ouverts un scientifique qui vient appuyer sa croyance —et de blogueur en blogueur, ce scientifique bénéficiera d’une visibilité disproportionnée par rapport à la valeur réelle de son texte.

Mais je veux croire que tout le monde n’est pas enfermé dans la cage de ses préjugés. On nous enseigne, à nous journalistes, que nous devons être conscients de notre subjectivité. C’est déjà quelque chose d’important, si ça conduit à poser quelques questions complémentaires : ce texte du scientifique que j’ai devant les yeux, présente-t-il des faits ou une opinion? Est-il publié dans une revue crédible?

Des questions à s’injecter chaque fois qu’on se sent gagné par le syndrome de la recherche unique. Spécialement quand elle conforte nos propres opinions.

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La série de billets La construction de la science pour les nuls:

1 – Comment distinguer une opinion d’un fait 2 – Le vide à mouvement perpétuel 3 – La victoire de l’opinion 4 – Quand un scientifique dit blanc, il veut dire beige! 5 – Le syndrome de la recherche unique 6 – Le syndrome de la découverte

15 commentaires

Portrait de jipebe29

@lucas
Non, la Terre n'est pas un système fermé, comme votre sacré garage. Elle reçoit de la chaleur du soleil, elle émet de la chaleur vers l'espace, elle reçoit plus ou moins de rayons cosmiques, en fonction de l'activité solaire et donc du vent solaire. Elle fait partie d'un système dynamique, capable d'absorber et d'émettre du CO2 (et du CH4), capable de faire varier le taux de vapeur d’eau, et les océans émettent en permanence de l'oxygène, tout comme la végétation. Faites un petit calcul sur l'oxygène consommé par les êtres vivants, et faites une estimation de l'oxygène contenu dans l'atmosphère, et vous verrez que nous n'avons pas à craindre de pénurie de ce côté là. Je me demande bien d'où vous vient cette idée saugrenue...

Enfin, si cela vous fait plaisir, vous pouvez toujours respirer une fois sur deux et ne jamais faire d'effort physique, mais je doute qu'une telle ascèse ait une action quelconque sur notre écosystème...

Portrait de lucas

"...capable d'absorber et d'émettre du CO2 (et du CH4), capable de faire varier le taux de vapeur d’eau..."

Comme le dit Pascal, le CO2 reste dans la gravité de la terre, je ne vois pas comment elle pourrait s'en aller?

"Enfin, si cela vous fait plaisir, vous pouvez toujours respirer une fois sur deux et ne jamais faire d'effort physique..."

Mon garage était une métaphore... Je parle plus de l'abus inutile d'importation et d'exportation (consommation inutile de combustible). C'est juste une question de changement d'habitude, de système et de stopper les empires industriels qui abuse de nous et de l'environnement.

C'est pas compliqué et ça ne changerai rien à ton petit bonheur. Mais ça permettrai de faire d'autre petit bonheur dans le future. Du moins, notre perte ne serai pas de notre faute.

Portrait de pascal

Du point de vue du cycle du carbone, la Terre est un système fermé. Du point de vue de la matière disponible, la Terre est un système fermé. Du point de vue du cycle de l'eau, la Terre est un système fermé, à moins de prendre en considération l'eau que nous apportent les comètes.

Portrait de jipebe29

@Yvan Dutil
Bien sûr qu’Einstein a eu des précurseurs, mais ils n’ont pas su aller plus loin et élaborer la théorie de la Relativité Restreinte, malgré leurs remarquables travaux en physique. L’expérience de Michelson-Morley a prouvé que la lumière se déplace à la même vitesse quand elle est mesurée dans le sens de la trajectoire de la terre, en sens inverse, et dans toute autre direction, et donc que la loi d’addition des vitesses ne s’applique pas. Mais, avant Einstein, cette expérience n’avait pas pu être expliquée, et les physiciens ne savaient pas comment cela pouvait être possible. Bien sûr cette expérience a été utile à Einstein pour élaborer la relativité restreinte, et, s’il a eu le Nobel pour d’autres travaux, cela n’empêche qu’il a bousculé les idées reçues sur l’éther et le temps.

L’expérience de Wood a été refaite des milliers de fois, et elle confirme que, dans une serre, les échanges de chaleur se font majoritairement par convection, et un peu par radiation. Bien sûr, le sytème terre-atmosphère-océans est beaucoup plus complexe qu’une serre, et l’on sait qu’il y a flux IR émis par le sol et échanges de chaleur par convection. Mais cela ne veut pas dire que le CO2 (ou H2O, ou CH4) qui absorbe des IR va les renvoyer vers le sol, comme le modèle de forçage radiatif du GIEC le prévoit. Cela violerait la seconde loi de la thermodynamique. Du reste, le flux IR quittant la haute atmosphère est bien supérieur aux prévisions des modèles numériques, ce qui veut dire que le forçage radiatif est un mythe.

Pour conclure sur Wegener, faisons un parallèle avec la climatologie : nous ne savons pas comment fonctionne le système climatique, ni quels sont tous les processus mis en jeu, avec leurs poids respectifs et leurs interactions, et nous n’avons aucun modèle cohérent des échanges dynamiques d’air et d’énergie. Nous ignorons trop de choses sur le cycle de l’eau, sur la cryosphère, sur l’action des océans, sur les nuages, sur le rôle du vent solaire et les rayons cosmiques, ….Nous sommes donc dans la situation de Wegener, malgré tous nos outils, et peut-être que, dans un futur indéterminé, nous saurons comment ce système des systèmes fonctionne. Mais pour le moment, soyons humbles et reconnaissons nos lacunes.

Portrait de jipebe29

Voici, pour votre information, un texte plein de sagesse du physicien et enseignant-chercheur à Polytechnique, Serge Galam, sur le renversement de la preuve.

"Il est plutôt surprenant que celui qui affirme détenir « la » vérité voit ses paroles prises pour argent comptant quand celui qui réclame une preuve de cette affirmation non démontrée scientifiquement doit, pour être écouté, apporter la preuve que la vérité défendue sans preuve est fausse. Les techniques, la méthodologie, toute notre approche expérimentale et nos constructions théoriques ont été inventées pour prouver l’existence de ce qui existe. En revanche, il est impossible de prouver l’inexistence de ce qui n’existe pas… La preuve ne peut porter que sur quelque chose d’existant. Dans le débat sur le climat, j’insiste sur le fait que je parle bien d’absence de preuve, et non de doute, à propos de la responsabilité humaine en matière de réchauffement. De même, à propos de la question de savoir si nous sommes dans une phase longue de réchauffement ou de refroidissement. Le doute implique une croyance. Or en termes scientifiques soit j’ai la preuve, soit je ne l’ai pas. Il n’y a pas de place pour la subjectivité dans la validité d’un résultat scientifique. Il est urgent de savoir dire : « scientifiquement, on ne sait pas ». Aujourd’hui je ne dis pas que je doute de la responsabilité humaine, je dis qu’il n’y a pas de preuve de cette responsabilité. C’est un fait, pas une opinion ».

Portrait de lucas

Dans le fond il manque une preuve scientifique, allons faire une expérience pour amener des preuves. Faisons une expérience à petite échelle, prenons un garage fermé pour la planète Terre et prenons une seul auto pour compenser tous les combustions émanés, les usines... etc. et prenons une seule personne qui fait fonctionner l'auto pour voir ce qu'il va se passer... Merde elle est morte...

Portrait de jipebe29

@Lucas
Vous n'avez pas compris le texte de Serge Galam, et votre parallèle n'est pas correct. Il n'y a rien de commun entre notre planète et votre garage fermé, d'autant que la Terre est un système très complexe et ouvert.

Galama a parfaitement raison : il n'y a aucune preuve scientifique de l'impact de l'homme sur le climat, que cela vous plaise ou non. Si l'on trouve des preuves irréfutables, je les accepterai bien évidemment, mais pour le moment il n'y en a aucune. Et votre garage n'y changera rien....

Portrait de lucas

Désoler si j'ai mal compris mais la Terre est belle et bien fermée. Ce qui est sur la Terre y reste, si on coupe tous les arbres et que l'on consomme tout l'oxygène désoler mon grand mais la Terre n'est pas ouverte à recevoir de nouvel oxygène. C'est comme un garage fermé si on chie dedans, on va se ramasser dans marde. C'est juste une discordance de logique. Moi je ne pense pas que notre pollution s'efface comme par magie comme tu le prétend. Tôt ou tard on va être "pogné" pour la respirer. J'aimerais ajouter que les territoires ne change rien. Je respire la même air que les japonais (dans un sens, à long terme). On est tous sur le même bateau, la Terre. Et croit moi on est sur le point de couler parce que des personnes comme toi banalise la fuite dans la cale.

Portrait de jipebe29

Le syndrome de la recherche unique s'applique en effet parfaitement au GIEC.

Or le fonctionnement du GIEC ne présente pas les normes de qualité et d'éthique qu'il devrait adopter.

Voici quelques conclusions de l'investigation de la journaliste canadienne Donna Laframboise sur le fonctionnement du GIEC:

-Pachauri clame sur tous les toits que le GIEC n’utilise comme sources que des publications dans des revues à comité de lecture : c’est faux !.... Plus de 30% des sources proviennent de littérature grise, et 21 chapitres sur 44 ont très peu de sources peer-review

- Pachauri clame urbi et orbi que le GIEC n’utilise que les meilleurs spécialistes mondiaux dans leurs domaines respectifs : c’est faux !... Comme le GIEC est construit sur une base d’équilibre entre 113 pays et sur le respect de la parité homme-femme, il y a nombre de contributeurs de seconde zone, dont plus de 20 sont des étudiants n’ayant ni terminé leur thèse, ni publié

- Le GIEC est infiltré par des scientifiques activistes

- Les contrôles des modèles numériques sont faits par les modélisateurs, qui bénissent leur excellent travail et gardent leurs jobs….

- Aucune transparence dans le processus de sélection des contributeurs.

- Aucun processus interne de contrôle qualité

- Refus de fournir les données ayant servi à élaborer une publication non encore acceptée par un comité de lecture, avec menace de virer du GIEC le demandeur de ces informations!...

Comment accorder quelque crédit à ce Grand Machin Bureaucratique qui ne respecte même pas ses propres procédures?...

Portrait de chria

Le plus grand troll dénégateur du RCA en France est bien sûr JPB29, alias jean pierre bardinet, qui a du poster des milliers de message sur internet dans les blogs afin de critiquer toute étude parlant du climat, il semblerait que ce monsieur soit un messie venu des âges profond afin de propager la bonne parole de la vérité : le RCA, ça n'existe pas.
A ce niveau on peut pas appeler une tel personne un sceptique, puisqu'il croit dur comme fer à sa vision des chose. D'ailleurs, son message reflète bien sa manipulation : il joue sur les mots, les idées, les théories afin de tromper les gens qui sont avides de complot et de découverte à contre-sens.

Portrait de jipebe29

@Plex
Voyez mon dernier commentaire, qui répond parfaitement à vos propos.

Quand les médias feront correctement leur travail, avec éthique et objectivité, il ne me sera plus nécessaire de faire des commentaires sur les carabistouilles qui sont publiées. Comme ce n'est pas le cas, je continue, ne vous en déplaise...

Portrait de jbouchez

J'ai essayé de trouver des articles scientifiques évalués par les pairs expliquant la résilience des "trolls" sur internet et sur les blogues mais ma recherche est restée vaine...

Portrait de jipebe29

Tous les prédécesseurs d'Einstein avaient tort, avec le paradigme du temps absolu et l'éther. L'auriez-vous oublié, par mégarde?

Auriez-vous oublié, également par mégarde, que le modèle radiatif d'Arrhénius, repris fort opportunément par le GIEC, avait été réfuté par les physiciens de son époque (et notamment par l'expérience de Wood)?

Et quid de Wegener, dont le modèle des plaques tectoniques a bousculé les idées reçues, mais qui est arrivé trop tôt pour être accepté (d'autant qu'il était climatologue et non pas géophysicien)?

La science est certes faite de progrès par petits pas, mais aussi de ruptures qui engendrent de grandes avancées scientifiques. Nier cela serait absurde.... Les deux approches sont complémentaires, mais le danger des petits pas est le psittacisme, le refus de la remise en question et l'abus d'autorité.... ce qui est bien le cas pour le GIEC et ses affidés....

Portrait de ydutil

Je suis toujours impressionné par les interprétations vaseuses de la méthode scientifiques construite autour d'exemple qui ne tiennent pas la route pour tous ceux qui sont familier avec l'histoire des sciences.

Par exemple, l'affirmation "prédécesseurs d'Einstein avaient tort, avec le paradigme du temps absolu et l'éther. " est fausse. Newton lui-même avec des doutes sur la question du temps absolu. De plus, Einstein avait eu des précurseurs, entre autre, Lorentz. C'est pourquoi il n'a pas reçu le prix Nobel pour la relativité mais pour l'effet photoélectrique. L'éther ce n'est Einstein qui a démoli l'idée, mais l'expérience de Michelson-Morley.

La référence au modèle d'Arrhénius face à l'expérience de Wood est assez niaiseuse merci. D'une part, Wood avait sous-estimé ses erreurs. D'autre part, le modèle radiatif est correct car validé par des millions de mesures de l'atmosphère. Il faut être déconnecté du monde réel pour ne pas le reconnaitre.

Quand à Wegener, son principal problème était qu'il n'avait aucune donnée pour étayer ces thèses. Ce n'est qu'au début des années 80 qu'elles sont apparue, comme d'ailleurs la plupart des idées modernes en géophysique.

Portrait de HFD

Etes-vous sûr qu’Einstein n’a pas eu le prix Nobel pour la théorie de la relativité restreinte parce qu’il s’était appuyé sur les travaux de ses précurseurs, et non parce qu’aucune expérience n’a jamais confirmé cette théorie ? Les expériences menées ont bien confirmé les phénomènes de dilatation du temps, de contraction des longueurs, de symétrie de point de vue des observateurs et l’équivalence entre la matière et l’énergie, mais ces notions étaient déjà incluses dans les équations de Lorentz et de Poincaré et n’ont pas besoin de la théorie de la relativité restreinte pour être décrites. En revanche, plusieurs notions n’apparaissent pas dans ces équations et proviennent directement de la théorie de la relativité restreinte, tel que le principe de relativité et le postulat selon lequel rien ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière.
Or, l’expérience OPERA actuellement en cours, semble montrer que des neutrinos se déplacent à une vitesse supérieure à celle de la lumière, et que le postulat qui affirme que rien ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière est faux. En revanche, cela ne remettra pas en cause les équations de Lorentz qui montrent uniquement qu’on ne peut pas accélérer un objet pour lui faire atteindre la vitesse de la lumière et donc la lui faire dépasser, mais qui ne disent rien sur ce qui pourrait se passer à une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière, si ce n’est que ces vitesses seraient réservées à des particules imaginaires (ce qui ne signifie pas forcément sans existence physique).
De même contrairement aux équations de Lorentz, le principe de relativité implique la notion de continuum d’espace temps, et donc qu’un objet qui irait plus vite que la vitesse de la lumière remonterait le temps et violerait ainsi le principe de causalité qui dit qu’un effet ne peut précéder sa cause. Mais là encore, même si on devait abandonner la notion de continuum d’espace-temps, on pourrait parfaitement conserver les équations de Lorentz et le principe de causalité, même pour des vitesses supérieures à celles de la lumière.
Ainsi, jusqu’à maintenant, aucune expérience n’est venue ni confirmer ni infirmer la théorie de la relativité restreinte, et l’expérience OPERA est la première qui permettra peut être d’y voir plus clair et de faire la différence entre ce qui prévu par les équations de Lorentz, et ce qui est prévu par la théorie de la relativité restreinte.
Est-ce que cette expérience aura autant d’impact que la catastrophe ultraviolette de la fin du XIXème siècle qui déboucha sur l’avènement de la mécanique quantique, il est encore trop tôt pour le dire, mais si les résultats sont confirmés, cela aura certainement un impact considérable sur les théories physiques actuelles.

Pour finir, l'hypothèse de l'éther est parfaitement compatible avec l'expérience de Michelson et Morley, mais elle n'est pas nécessaire, et donc superflux, et c'est pour cette raison qu'on l' a abandonnée, et non pour une histoire d'incompatibilité.

Cordialement