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Femmes en science: talons pointus et rouge à lèvres

Pascal Lapointe, le 25 juin 2012, 9h04

Ce que font les femmes en science? Elle portent des talons effilées, dansent dans les labos et se prennent pour les Charlies’s angels, voyons. Quoi d’autre?

Femmes en science: talons pointus et rouge à lèvres
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Femmes en science: talons pointus et rouge à lèvres

Le point de départ : une intéressante initiative de la Commission européenne visant à attirer les jeunes femmes vers des carrières scientifiques. D’autres documents, plus valables, peuvent être trouvés sur ce site.

Un peu de science: deux psychologues de l’Université du Michigan ont même vérifié si une telle campagne promotionnelle pouvait attirer des filles de 11 à 13 ans vers les sciences. On leur a montré des (fausses) publicités : celles affichant des femmes scientifiques très ouvertement sexy ont eu pour effet de... diminuer l’intérêt pour une carrière scientifique!

Ci-bas: le vidéo incriminant.

Du moins, s’il faut en croire un vidéo promotionnel invraisemblablement sexiste, et néanmoins financé par rien de moins que la Commission européenne. Mis en ligne jeudi, le 21 juin, dans le but d’attirer les filles en science, la Commission a produit ce document « éducatif » d'une minute, Science: It’s a girl thing!, qui semble n’avoir rien trouvé d’autre en matière de « girl thing » que de parader et porter des lunettes coûteuses. Ah oui, et le titre est écrit avec du rouge à lèvres, subtil, non?

Les twitteux et les blogueurs n’en ont fait qu’une bouchée vendredi dernier, tant et si bien qu’en moins de 24 heures, le vidéo a été retiré de YouTube par ses auteurs. Mais Internet étant ce qu’il est, vous pouvez encore le trouver ici (et ci-contre), pour votre plus grand (dé)plaisir.

« Je suis pas mal sûre que mon professeur de chimie aurait immédiatement jeté hors de son laboratoire quiconque l’aurait contaminé avec autant de poudre », écrit l’astronome Nicole Gugliucci. « Et je serais très en colère contre quiconque oserait venir près de mon télescope avec un tube de rouge à lèvres. »

La firme de relations publiques qui a fait ce travail peut être blâmée pour ne pas avoir songé à montrer le vidéo à de vraies femmes scientifiques (vous savez, des fois que...), mais on peut aussi s'intéresser à ce que cela révèle de leur vision de la science : c’est ennuyeux, c’est gris, comment diable y intéresser des « vraies filles »?

Oui, ces communicateurs —et quiconque, à la Commission européenne, a approuvé le vidéo— ont de la science une vision terriblement réductrice (et mâle) mais peut-on le leur reprocher quand c’est l’image que traîne aussi une large partie de la population? Cette vision, pour nos contemporains, c’est souvent celle héritée... de l’école, hélas. Pour beaucoup d'entre eux, le seul souvenir qu'ils traîneront toute leur vie de « la science », c’est le souvenir de cours ennuyeux et sans liens avec la vie quotidienne.

Vendredi après-midi, une discrète réaction (contrite?) est venue de la Commission européenne sur Twitter, une fois le vidéo retiré : « OK scientifiques, nous vous avons entendu et voulons continuer à vous entendre. Aidez-nous à construire une liste de #realwomeninscience : https://t.co/A2LX24ym »

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Portrait de asp

Un universitaire norvégien, membre d'un "groupe d'experts sur les genres" consulté pour cette campagne de l'Union européenne, se demande pourquoi aucune de leurs recommandations n'a servi: lettre dans The Guardian, 29 juin.