Les restaurants McDonald’s des États-Unis afficheront sur leur menu, dès lundi, le nombre de calories contenues dans leurs hamburgers et leurs frites. Combien de temps attendrons-nous pour obtenir cette même mesure au Canada?

L’affichage des calories de façon bien visible sur le menu est utile au consommateur (du moins celui qui, comme moi qui se préoccupe de son poids, soit environ 15 à 20% de la population), pour faire des choix éclairés… pourvu qu’il sache s’en servir. Une éducation adéquate est donc nécessaire pour comprendre la signification des calories. Même en ayant cette information, une grande partie des consommateurs ne changera pas son intention d’achat parce que sa décision était probablement prise avant de se rendre dans une chaine de restauration, tel que démontré par de récentes études portant sur l’implantation de ce type de mesures.

À New York, la réglementation impose déjà aux chaînes de fast food d’afficher la valeur calorique de tous les plats. Globalement, en moyenne, le nombre de calories n’a presque pas changé (846 kilo-calories en 2007 contre 828 en 2009), même si une diminution modeste est observée. Néanmoins, trois chaînes de restauration ont montré une réduction significative de la teneur calorique des repas de leurs clients (McDonald’s: 829 contre 785 kcal; Au Bon Pain: 555 contre 475 kcal; KFC: 927 contre 868 kcal), alors que le contenu énergétique moyen avait augmenté chez Subway (749 vs 882 kcal, p

En 2009, seuls 15% des clients utilisaient ces renseignements pour composer leur menu et consommaient alors environ 106 kilocalories de moins (soit 757 kcal). En général, ces personnes étaient déjà sensibles aux problèmes de nutrition et motivées à diminuer leur apport calorique. Il faut donc compter du temps pour observer des changements dans les achats des consommateurs. Dans une étude de l’Université Yale publiée dans l’American Journal of Public Health, la consommation de calories diminue de 14% lorsque leur quantité est indiquée sur les menus de restaurants.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique, dans une analyse sommaire des initiatives adoptées dans différents pays par des restaurateurs qui voulaient bonifier leur menu, que 3 approches sont particulièrement prometteuses: offrir des menus moins riches en calories et ayant une meilleure valeur nutritive, afficher l’information nutritionnelle au point d’achat et réduire la taille des portions.

Un effet pervers de cette mesure est la possibilité de calculer le ratio calories/prix, soit l’indice qui permet de savoir exactement combien on en a pour son argent. Certains seront tentés de comparer les produits entre eux et faire les choix les plus «nourissants» pour un prix donné.

Selon un article publié sur le site lesaffaires.com, «Aux États-Unis, McDonald’s a pris cette décision avant l’entrée en vigueur imminente de règles qui imposeront à tous les restaurants américains comptant plus de 20 établissements d’afficher cette information.» Malgré les pressions des associations de consommateurs, l’industrie n’aura pas bougé sans l’intervention légale du gouvernement. Cela démontre le rôle bénéfique joué par les mesures réglementaires pour forcer les chaines à aider le client à faire des choix éclairés, moins énergétiques, dans un contexte de suralimentation et d’obésité.

Dans le contexte canadien, une telle mesure est souhaitée, mais sachant que Santé Canada mise davantage sur l’autodiscipline de l’industrie et que les preuves scientifiques du changement de comportement ne sont pas encore probantes, il serait surprenant que le Canada emboîte le pas maintenant. Ce qui n’empêche pas ces chaînes de restauration rapide d’offrir au Canada sur une base volontaire les mêmes mesures offertes aux É.-U.

À moins que le politique s’en mêle. En effet, le NPD ontarien a déposé en mai un projet de loi privé qui forcerait les chaînes de restauration à afficher sur leur menu le nombre de calories et la teneur en sel de leurs plats. Le premier ministre Dalton McGuinty s’est montré ouvert à l’idée. La Fondation des maladies de coeur de l’Ontario et l’Association médicale ontarienne appuient le projet de loi. Bien que plusieurs chaînes possèdent déjà les renseignements nécessaires sur la valeur nutritive, peu de consommateurs peuvent voir cette information lorsqu’ils commandent leur plat au comptoir.

À ce sujet, McDonald’s Canada réplique par communiqué qu’il offre déjà des renseignements nutritionnels complets à l’aide de différents outils en restaurant, comme des affiches, des napperons et certains emballages. Il offre également une calculatrice nutritionnelle en ligne et une application mobile.

Comme je le commentais dans l’article de Marie Allard dans La Presse, c’est bien intéressant, mais ce qui compte le plus, ce n’est pas la pseudo transparence d’accès à ces données sur Internet, utile pour les travaux scolaires des étudiants, mais la capacité du consommateur à prendre une décision rapide au moment de commander un menu au comptoir. Et en ce sens, l’affichage des calories est le premier pas… pas encore franchi au Canada par McDonald’s.

Ceci n’empêcherait pas dans un deuxième temps d’ajouter d’autre information au menu, comme la quantité de sodium et de sucre ajouté, et, j’en rêve, un logo santé universel présentant la valeur de la densité nutritionnelle. Certains restaurants offrent déjà cet affichage sur les menus au Canada. C’est le cas notamment de Tim Horton (du moins à l’aéroport de Toronto) et d’un comptoir de restauration rapide dans ce même aéroport.

«La chaîne envisage aussi d’ajouter à son menu, l’an prochain, des items meilleurs pour la santé, comme une version de son sandwich Oeuf McMuffin faite de blancs d’œufs servis sur un muffin de blé entier», peut-on aussi lire sur le site les affaires.com. McDo n’offrira pas ce nouveau sandwich par souci d’offrir un choix plus «santé» à ses clients, mais bien par souci de perte concurrentielle aux mains de Tim Horton qui offre déjà ce sandwich aux blancs d’œufs sur muffin de blé entier sans supplément de prix, alternative prisée par les consommateurs qui surveillent leur cholestérol, les personnes à la diète et les sportifs à la recherche d’un repas santé équilibré moins gras, élevé en protéines et en fibres.

Enfin, la chaîne de restauration rapide offre en option le choix d’un muffins anglais de blé entier et des bagels multigrains. Ça faisait 10 ans que j’attendais ce moment. Je m’étais dit, en 2002, alors que McDo entamait son virage santé avec l’offre de salades, que je ne donnerais jamais mon approbation à McDonald’s tant qu’il ne m’offrirait pas le choix d’un pain fait à 100% de blé entier ou de multigrains de qualité.

L’article avance aussi que «cette décision reflète par ailleurs la pression ressentie par McDonald’s et par d’autres chaînes dans un contexte où les responsables de la santé publique s’inquiètent de plus en plus de l’épidémie d’obésité». Je n’en crois rien; ça, c’est le discours officiel pour bien paraître. L’article dit enfin que les chaînes «doivent aussi réagir à la concurrence de chaînes comme Subway ou Tim Horton qui se présentent comme une alternative santé plus acceptable aux chaînes traditionnelles de restauration rapide». Ça, c’est la vraie raison, celle dictée par les lois du marketing, des parts de marché et de la concurrence.

Sources: 12 septembre. les affaires.com McDonald’s va afficher les calories de ses menus 13 septembre. La Presse. Marie Allard. Calories: McDonald’s dira tout… aux États-Unis

Référence(s) 1 Changes in energy content of lunchtime purchases from fast food restaurants after introduction of calorie labelling: cross sectional customer surveys. Dumanovsky T et al. BMJ 2011; 343: d4464 ↩