Le projet de ceinture verte autour de Montréal, bon pour la nature et pour les humains.

Par Michel Leboeuf

Avec l'empiétement d'Homo sapiens sur toutes les terres possibles, le monde naturel rétrécit et se morcelle en parties de plus en plus petites, de plus en plus isolées les unes des autres. C'est ce que l'on nomme la fragmentation des habitats.

De tous les phénomènes qui contribuent à éroder la diversité biologique de notre planète et à altérer les mécanismes naturels de régulation des écosystèmes, les deux plus importants sont la perte d'habitat naturel et le morcellement des parcelles restantes de nature qui en découle. Loin devant les changements climatiques, l'introduction d'espèces exotiques envahissantes, la pollution, la surpopulation, la surconsommation et l'exploitation intensive des ressources naturelles, la perte et la fragmentation des habitats viennent en tête de liste du palmarès des impacts humains sur la nature.

Le territoire québécois ne fait pas exception à la règle. Chez nous, la fragmentation des habitats est particulièrement intense dans la vallée du Saint-Laurent et, surtout, dans la grande région de Montréal, là où la densité de la population induit une pression énorme sur les écosystèmes naturels. Paradoxalement, c'est aussi cette région du Québec qui est l'une des plus riches en matière de biodiversité végétale et animale.

Dans un monde de plus en plus fragmenté, et de plus en plus urbain, la biodiversité préservée des métropoles et de leurs agglomérations périphériques représentera une part grandissante de la diversité biologique planétaire. La manière suivant laquelle nous aménagerons nos cités à l'avenir, pour y faire une place à la nature, sera déterminante pour sa sauvegarde.

Plusieurs villes, dont Londres et Ottawa ont, dès le début des années 1950, mis en place avec succès des Green Belt, des ceintures vertes, pour contrôler l'étalement urbain. Ce concept d'aménagement joue également un rôle de premier plan en conservation : il permet aux plantes et aux animaux de se disséminer dans un vaste territoire. En jouant le rôle de corridor écologique, la ceinture verte qui entoure une ville reconnecte des milieux naturels d'intérêt jadis épars, par exemple des zones humides ou des forêts feuillues matures, riches de centaines d'espèces, en péril en raison de leur isolation.

Un projet d'une grande ceinture verte est en gestation pour la région de Montréal. Car il n'est pas trop tard pour agir, loin de là. Persistent encore en périphérie de la métropole des forêts de grande valeur biologique : quelque 26 % de la superficie de la grande région montréalaise est toujours couverte de forêts, dont certaines abritent des espèces rares, voire menacées; un grand nombre d'espèces québécoises en péril y trouvent refuge.

La création d'une ceinture verte entourant Montréal permettrait non seulement de faire avancer la cause de la conservation des milieux naturels, mais aussi celle de la santé publique. En effet, en milieu urbain, les arbres sont de puissants dépollueurs atmosphériques. Ce sont aussi des alliés efficaces pour lutter contre les îlots de chaleur et agissent comme régulateurs des eaux de ruissellement; ils forment, en outre, des barrières contre le vent, contre la pollution sonore, contre la pollution visuelle...

Les arbres : partenaires indispensables pour un environnement urbain de qualité. Pour en savoir davantage sur le projet de ceinture verte de Montréal, téléchargez le rapport en ligne par la Fondation David Suzuki.

Michel Leboeuf, M.Sc. biol., est auteur et rédacteur en chef du magazine Nature sauvage.