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La barrière de l'acceptation du consensus scientifique

Jérémy Bouchez, le 25 novembre 2012, 17h25

Comment l'acceptation de la réalité d'un consensus scientifique modifie notre perception du réchauffement climatique.

Illustration du consensus au sein de la communauté scientifique sur la relation entre les émissions de CO2 d’origine humaine et le réchauffement climatique. (John Cook).
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Illustration du consensus au sein de la communauté scientifique sur la relation entre les émissions de CO2 d’origine humaine et le réchauffement climatique. (John Cook).

Jusqu’à quel point le grand public ajuste son opinion en fonction de la perception qu’il a des consensus scientifiques dans certains domaines clés comme le réchauffement climatique d’origine anthropique ? Plus clairement, changeons-nous notre point de vue sur un sujet si nous voyons que la majorité des experts scientifiques du domaine sont d’accord entre eux ? La réponse à cette question peut couler de source mais elle n’est pourtant pas si évidente.

C’est ce qu’ont voulu vérifier Stephan Lewandowsky (School of Psychology, University of Western Australia) et ses collègues Gilles-Eric Gignac et Samuel Vaughan dans une étude parue dans la revue Nature Climate Change fin octobre. Par l’intermédiaire de plusieurs questionnaires portant sur des thèmes comme le lien entre les émissions de CO2 et le réchauffement climatique, la relation entre le cancer du poumon et la cigarette ou encore le lien de cause à effet entre le VIH et le sida, l’étude fait ressortir trois résultats qui viennent confirmer le rôle de pivot du consensus scientifique dans la perception qu’a le grand public sur différents enjeux clés.

Le premier résultat intéressant est que l’attitude du grand public vis-à-vis de la science est un mélange d’opinions spécifiques et d’un facteur général. Lewandowsky prend l’exemple de la position des répondants sur la science du climat ou sur le lien entre cancer du poumon et cigarette et également sur l’attitude générale du grand public face aux propositions de la science.

Cela signifie que la perception qu’ont les gens de la science en général influence partiellement leur point de vue sur des sujets en particulier comme le réchauffement climatique ou le lien entre le virus du VIH et le SIDA et que cette perception générale est corrélée avec la perception d’un consensus au sein de la communauté scientifique. Comme le notent les auteurs, cela n’est pas une découverte, notamment pour la science du climat, mais c’est la première étude qui démontre clairement que l’attitude générale du grand public face à la science influence partiellement ses opinions en science du climat.

Il n’est pas étonnant donc que les groupes d’intérêts qui nient le lien entre réchauffement climatique et émissions anthropiques de CO2 cherchent à désinformer l’opinion publique sur le consensus pourtant clairement établi et vérifié notamment par deux études publiées en 2009 et 2010 et qui ont démontrées que 97 % des experts du climat sont d’accord avec le lien de cause à effet entre les émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine et le réchauffement climatique.

L’autre résultat pertinent est que les répondants qui n’étaient pas informés d’un consensus scientifique établit vis-à-vis du réchauffement climatique étaient moins à même d’accepter la réalité du réchauffement climatique que ceux à qui on présentait cette information avant de répondre aux questions. Enfin, les répondants ont à chaque fois sous-estimé la valeur du consensus au sein de la communauté scientifique, surtout ceux qui adhéraient au libre-marché comme idéologie. L’étude démontre d’ailleurs que l’information du consensus scientifique a paradoxalement plus influencé les défenseurs du libre marché.

Ces résultats démontrent l’importance de la communication d’un consensus scientifique dans certains domaines et donnent des clés à la communauté scientifique et aux communicateurs scientifiques afin de mieux faire accepter des faits établis sur des enjeux importants.

4 commentaires

Portrait de dcarter

Il serait intéressant d'avoir un recherche similaire sur le consensus scientifique en matière d'OGM, soit que ceux-ci présentent les mêmes risques que les cultures conventionnelles
(GM Science Review, Organisation mondiale de la Santé, FAO...)

Portrait de Dr. Goulu

Je commence par affirmer que pour moi aussi, le réchauffement climatique mesuré est principalement du à l'activité humaine, comme ça on me pardonnera peut-être la suite.

Cela dit, la science n'est pas une démocratie. Elle ne fonctionne pas par consensus. Il n'y a pas de "consensus scientifiques dans certains domaines clés comme le réchauffement climatique". Il y a beaucoup mieux que ça : des faits mesurés et des liens de causalité établis.

Mais le petit gars en rouge dans votre graphique peut parfaitement avoir raison contre tous les autres s'il apporte de nouvelles mesures ou des liens de causalité mieux établis. Exemple récent et frappant où c'est arrivé :

http://novusordoseclorum.discutforum.com/t7462-la-science-du-ridicule-a-la-redemption_l-histoire-des-quasi-cristaux

Donc même si je fais partie des 97%, j'écoute avec attention le petit gars en rouge et ses deux copains gris, pour autant qu'ils apportent de nouveaux FAITS.

Portrait de jbouchez

Et si vous apprenez que le petit gars en rouge est payé par un groupe d'intérêt ayant des liens avec l'industrie pétrolière ou gazière, l'écoutez vous toujours ?

Portrait de geoffm

Le point est que même si le petit gars en rouge est payé par des groupes d'intérêt, ça ne veut pas dire qu'il a pas raison. Et ça veut pas dire qu'il a raison non plus.
D'un point de vue strictement scientifique, c'est pas "la démocratie" qui détermine qui a raison. Mais pour quelqu'un qui n'y connait rien, l'argument peut servir à départager. Quand tu n'y connais pas assez dans la matière et que t'as aucun autre indicateur pour te brancher sur qui croire, tu peux te demander qu'Est-ce qui est le plus probable, que les 97% de "réchauffistes" ont raison ou que les 1% de négationnistes aient raison?

Les propagandistes ammènent souvent l'argument "Copernic était seul à croire à l'héliocentrisme et il avait raison". Ça ne veut pas dire que les scientifiques négationnistes, puisqu'il sont seuls à croire que l'effet de serre existe pas, ont raison comme Copernic...