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Un cerveau dans vos entrailles

Danny Raymond, le 15 février 2013, 11h19

L'instinct, semble-t-il, émerge souvent du ventre. L'expression anglaise gut feeling le décrit plus justement encore. Cette impulsion à l'origine de bien des décisions n'est pas le fruit du hasard. Un impressionnant embranchement nerveux relie votre corps à votre tête. Bienvenue dans votre deuxième cerveau!

Le système nerveux entérique, le "deuxième cerveau".
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Le système nerveux entérique, le "deuxième cerveau".

L’excellent magazine New Scientist a dévoilé en décembre dernier des propriétés fascinantes de notre système digestif. On parle d’un système nerveux indépendant qui part de l’oesophage à l’anus et relie 500 millions de neurones. Ce réseau de 9 mètres est baptisé le système nerveux entérique. Il est responsable de réguler autant vos émotions que votre système digestif!

La médecine connaît déjà le rôle du système nerveux entérique à assurer la digestion. En revanche, on ne comprend que depuis les années 1990 seulement son impact sur le bien-être mental et physique. Vos envies de vous empiffrer de croustilles, de biscuits au chocolat ou d’une poutine bien dégoulinante, et bien c'est grâce (ou à cause) de ce deuxième cerveau.

Digérer, avant tout!

À la base, le système nerveux entérique est responsable de la contraction musculaire cruciale à la digestion. Pour y arriver, il gère le mélange des aliments dans l'estomac et régule l'environnement biochimique, notamment les enzymes digestives.

Ce réseau de neurones est vital. Comme un bataillon, elles repoussent les bactéries et les virus. Si un intrus arrive à percer la membrane intestinale, les cellules immunitaires sécréteront en réponse de l'histamine pour repousser l'ennemi. Un signal est alors envoyé au cerveau pour induire rapidement le vomissement, la diarrhée ou les deux. Rappelez-vous la sensation, c’est exactement ce qui se passe dans votre ventre avant une allocution, une présentation importante ou un premier rôle dans la pièce amateur.

Le 2e cerveau, responsable du bonheur...

Les neurones du système nerveux entérique produisent autant de dopamine que le cerveau. La dopamine est surtout connue comme l'hormone du bonheur, responsable de la sensation de satiété après un bon repas ou celle de flotter en apesanteur après un doux baiser.

Plus étonnant encore, ce deuxième cerveau sécrète 95% de la sérotonine présente dans le corps! Un déséquilibre de la sérotonine provoque des problèmes psychologiques comme le stress, l'anxiété et la phobie. Ce neurotransmetteur contrôle aussi la température corporelle et le rythme circadien, le modulateur du sommeil.

La sérotonine précisément produite dans le système nerveux entérique répare les cellules endommagées des poumons et du foie. Elle assure surtout le bon fonctionnement du coeur et régule la densité osseuse. Beaucoup de responsabilités pour un système nerveux caché dans les entrailles!

... et de la dépression

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les gras trans et le bacon ruisselant nous rendent heureux. Voici un aperçu de la communication ventre-cerveau. Une bonne poutine sera détectée par les cellules de l'intestin. Hummmm, du gras! Ping, envoi de dopamine. Un message est alors transmis au cerveau avec la mention BONHEUR soulignée en majuscule!

D'autres preuves scientifiques ont montré la collaboration des deux cerveaux dans la réponse au stress. Quand les papillons nous tordent le ventre, par exemple, c’est le sang qui est drainé de l'estomac vers les muscles. C'est la réponse fight or flight ou combat-fuite, un geste de survie hérité de l'homme des cavernes.

Pourquoi manger en période de stress?

Quand on est stressé, le système digestif produit davantage de ghréline, une hormone modulatrice de l'anxiété et la dépression... mais augmente l'appétit! En 2011, Jeffrey Zigman de l'Université UT Southwestern Medical Center à Dallas au Texas a étudié ce phénomène. La dépression et le stress chronique produisent plus de ghréline. Dans notre société, où les aliments riches en gras sont offerts partout, pas étonnant d'observer la courbe de l’obésité explosée.

Les avancées scientifiques demandent parfois la réécriture de l’Histoire. Du moins certains dictons, comme «Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es» par «Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qu'est-ce que tu ressens»!

8 commentaires

Portrait de laurent

C'est le lieu, le cerveau, de mémoires très anciennes, sur le plan psychologique c'est là que vie l'enfant intérieur, celui qui a souffert. Et votre rôle est d'en prendre soin en lui créant un parent, cabale de l'écouter et de l'aimer.

Portrait de Danny Raymond

La réponse semble se trouver ici, que je vais résumer en 1 seul paragraphe demain ;)
Human Perceptions and Preferences for Fat-Rich Foods
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK53528/

Portrait de kcouillard

Ce bonheur ressenti lorsqu'on consomme des aliments gras pourrait-il être une relique évolutive d'une époque où ces aliments étaient plutôt rares dans l'alimentation des êtres humains? Les individus ressentant ces genres d'émotions recherchaient peut-être davantage les aliments gras, leur procurant ainsi un avantage évolutif en temps de disette.

Portrait de Danny Raymond

Voici un résumé plus substantiel qu'un simple hypertexte pour résumer notre besoin — nos pulsions même — de manger GRAS.

D'un point de vue évolutif, les besoins énergétiques de l'humain sont plus élevés que tous ceux des autres primates. C'est la taille de notre cerveau qui demande une ingestion supplémentaire de calories pour bien fonctionner. Aussi, l'humain détient le ratio de graisse corporelle la plus élevée parmi les primates, surtout dans les premières années de vie.

En conséquence, l'humain, surtout son cerveau, est particulièrement friand de gras polyinsaturé. On les retrouve principalement dans les huiles végétales (margarines, huile de maïs, de soja, etc.) et certains poissons.

Pour combler ses besoins nutritionnels en gras, surtout les acides gras polyinsaturés, l'humain en a développé disons une préférence assez marquée merci! Selon les neurosciences, ces préférences s'appuient sur l'odeur, la texture et le goût.

Aussi, les gras donnent de la saveur et de l'onctuosité aux aliments, explique Extenso. Voilà ce qui explique pourquoi on a trop souvent tendance à en manger avec excès.

Sources:
http://www.extenso.org/article/lipides/
Brain Metabolism and Human Body Composition: the Importance of Fat
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK53561/#ch1.s4

Portrait de kcouillard

Merci! C'est très intéressant.

On devrait tenir compte de cette préférence innée pour les aliments riches en gras lorsqu'on élabore des campagnes de sensibilisation à une saine alimentation. En effet, cela augmente peut-être le niveau de difficulté lorsque vient le temps de modifier nos habitudes alimentaires.

Portrait de Danny Raymond

Avec plaisir!
Je suis d'avoir avec vous!

Portrait de Danny Raymond

Les gras alimentaires jouent un rôle central au bon fonctionnement du corps humain et à la santé tout court. Le petit hic, c'est de trop en manger!
Les gras assurent l'assimilation de certaines vitamines (A, D, E et K)et maintiennent la température corporelle à la bonne température, notamment.
On comprend encore mieux aussi le mécanisme du plaisir lié à l'ingestion du gras.
Le poison est toujours dans la dose.

Portrait de Antoine Bonvoisin

Bonjour Danny,
Très intéressant cet article ! Il me vient du coup une question : faut-il manger gras pour être heureux ? Il semble que oui si la dopamine est libérée lorsqu'on mange des aliments gras. Donc à quelle alimentation peut-on relier un état psychologique donné ?