On le sait, il ne faut jamais parler d'argent, de politique ou de religion dans les soupers de famille. Ce que l'on sait moins, par contre, c’est la raison pourquoi! Le psychologue américain Jonathan Haidt lance une théorie provocante. Au fond, l'humain est un manipulateur né!

Selon le spécialiste, notre cerveau serait programmé surtout pour manipuler l'opinion des autres à nous donner raison, beaucoup moins à nous faire entendre le point de vue de l'autre. La thèse est développée notamment dans son dernier livre The Righteous Mind : Why Good People are Divided by Politics and Religion. L'auteur s'inscrit en faux contre la philosophie rationnelle. L'humain est un être d'intuition et d'émotions d'abord, de raison ensuite.  

Né pour avoir raison! Pour arriver ces conclusions, Jonathan Haidt cite des études par imagerie qui ont montré l'activité cérébrale des participants recrutés pour répondre à un questionnaire sur des questions morales plutôt loufoques. Quand un chien meurt, pourquoi ne devrions-nous pas le manger? Est-ce que vous trouvez acceptable que l'on défèque dans un urinoir? Feriez-vous l'amour à votre propre soeur, avec son consentement?

Sans surprises, les participants ont rapidement rejeté toutes ces questions. Mais quand on leur a demandé pourquoi, ils l'expliquaient difficilement!

Notre cerveau serait programmé surtout pour manipuler l'opinion des autres à nous donner raison, beaucoup moins à nous faire entendre le point de vue de l'autre.

Ce n'est pas du tout une preuve de l'incapacité des gens à raisonner, explique Jonathan Haidt. Dans l'étude, les participants se sont très rapidement positionnés sur les scénarios proposés. Quand on a observé leurs activités cérébrales pendant qu'ils justifiaient leur point de vue, les zones activées étaient celles qui étaient dévolues à trouver des arguments pour leur donner raison et à justifier leurs propres réponses.

Des conclusions qui, selon l'expert, prouvent notre égocentrisme naturel et montrent que nous ne sommes pas du tout enclins à entendre le point de vue de l'autre.

L'Évolution, encore le grand responsable L'Homme a toujours été en compétition pour obtenir un statut et grimper dans la hiérarchie sociale. Les individus les plus convaincants ont été les plus avantagés dans cette lutte de pouvoir.

C'est cette propension naturelle à vouloir convaincre les autres qui nous privent d'en apprendre plus sur eux, explique Jonathan Haidt.

Écouter l'autre, c'est possible! Croyez-vous possible un jour d'asseoir un souverainiste convaincu et un fédéraliste côte à côte à votre prochain brunch de Pâques? Bien sûr, mais sous certaines conditions.

En premier, il faut s'ouvrir à l'autre et à ses idées, précise Jonathan Haidt. Avec un peu de volonté, on peut ensuite apprendre à connaître l'autre et à accepter les opinions discordantes. Et enfin, il faut surtout éviter de qualifier une personne de vilaine parce qu'elle entretient une pensée contraire à la vôtre. Rappelez-vous la phrase assassine de Georges W. Bush avec son fameux Axis of Evil. Et surtout ses dérives.