Doit-on attendre que les catastrophes naturelles s'amplifient pour agir face au réchauffement climatique?

Le titre est provocateur, à dessein. Alors que les experts du climat et les spécialistes alertent la communauté mondiale sur les différents seuils que nous sommes en train de franchir, alors que la concentration moyenne de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint 400 ppm, alors que l’érosion de la biodiversité est 1000 fois plus rapide que le rythme naturel, alors que les océans se vident à vitesse grand V, alors que l’étendue de la banquise arctique a atteint un minimum record en 2012, certains commencent à se demander s’il ne faut pas souhaiter que les choses empirent sensiblement pour que l’opinion publique prenne conscience que nous sommes en train de foncer droit dans le mur.

Dans le livre « Combien de catastrophes avant d’agir » (2002, Éditions du Seuil), un plaidoyer pour l’action politique et la prise de conscience citoyenne, Nicolas Hulot concluait par ces mots :

« Combien de Catastrophes avant d’agir? C’est-a-dire avant que les politiques prennent leurs responsabilités et donnent enfin à la politique de l’environnement la place qui doit lui revenir. Et avant que nous-mêmes, citoyens, électeurs et consommateurs, sortions de notre insouciance pour conjurer les périls qui sont déjà en la demeure, qui ne peuvent que s’amplifier encore si nous persistons dans les errements écologiques actuels et qui préparent immanquablement, à nous et à nos descendants, une forte dégradation de nos conditions de vie : non pas la fin du monde, mais une vie pourrie sur une planète abîmée de manière irréversible. Nous refusons donc, à l’égard des politiques, l’attitude si répandue du « il n’y a qu’à » : chacun de nous est un consommateur dont les comportements pèsent sur l’environnement – plus encore à un moment où nos modèles occidentaux de croissance et de consommation s’étendent à toutes les populations de la planète. »

On passera sur la nécessité de savoir si les tornades aux États-Unis ou ailleurs dans le monde seront plus sévères et plus nombreuses. À ce stade de nos connaissances scientifiques, il s’avère très difficile de prédire l’impact du réchauffement climatique sur l’intensité des tornades. Cela ne veut pas dire cependant que ce ne sera pas le cas et considérant la dévastation que ces phénomènes naturels peuvent engendrer sur leur passage, le principe de précaution devrait au moins nous guider.

Cependant, les modèles climatiques s’affinent tellement que la science arrive désormais à dégager les grandes tendances planétaires. Par exemple, il est maintenant clair que le réchauffement climatique est en train d’augmenter la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Dans un précédent billet, je citais une récente étude de la NOAA (en partenariat avec un institut de recherche, deux universités et une entreprise privée) selon laquelle les données recueillies permettent de conclure à une augmentation de 20 à 30 % de l’humidité de l’atmosphère sur la période 2071 à 2100 aux États-Unis. Cela aurait une influence importante sur la valeur des précipitations maximales probables en un lieu et donc sur les phénomènes de crues subites et d’inondations. Certains diront que 2071, c’est loin et qu’ils seront sûrement 6 pieds sous terre. Mais rappelez vous que les modèles tablaient sur une ouverture du passage du Nord-Ouest vers 2020-2030. Les relevés satellites de la NASA démontrent que ce sera le cas probablement dès 2015. La diminution beaucoup plus rapide que prévue de la banquise par les modèles a également surpris les experts qui tablaient vers une quasi disparition de celle-ci vers la fin du XXIème siècle. Or, il s’avère que cela pourrait se produire dès la fin de la prochaine décennie.

Sur le plan des températures maintenant, une étude conduite par l’Institut Potsdam et l’Université Complutense de Madrid révèle que le réchauffement climatique a pour conséquence l’augmentation d’un facteur 5 de la fréquence des records mensuels de chaleur sur la planète et ceci par rapport à une planète qui ne subirait pas le réchauffement climatique à long terme. La NOAA avait, de son côté, annoncé en 2012 que les canicules sont en train de devenir une routine. Autrement dit, les périodes de canicule comme celle qu’a connue l’Europe en 2003 ou l‘Australie l’été dernier sont entrain de devenir la norme. On rentre donc dans une nouvelle normale à l’échelle planétaire.

Pas plus tard qu’hier (le 24 mai), la NOAA émettait un communiqué dans lequel elle prédit une saison des ouragans active en 2013 pour l’océan Atlantique. Va t-on revoir des événements comme Katrina ou Sandy? Rappelons-nous que la saison des ouragans en 2005, durant laquelle Katrina avait frappé la Louisiane et la Nouvelle-Orléans, avait battu de nombreux records : record de la quantité de tempêtes formées, soit 26 en tout. Record du nombre d’ouragans, soit 13, dont 7 considérés comme majeurs. D’ailleurs 4 de ces ouragans majeurs avaient touché terre aux États-Unis, encore un autre record. 3 ouragans durant cette saison avaient atteint la catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, également un record (respectivement, Katrina, Rita et Wilma). 1300 morts suite au passage de Katrina et un record du coût des dégâts occasionnés par un ouragan.

Alors? Alors, on se dit que l’homme agit seulement quand il est face au mur et qu’il ressent pleinement le danger. J’ose donc dire que j’ai hâte que des catastrophes comme Katrina, comme les canicules en Australie ou en France se reproduisent. Apparemment, ce sont ces types d’événements qui font en sorte que le grand public se réveille et que les politiques prennent conscience de l’urgence de la situation.

Vive les catastrophes naturelles donc!