Les coucous sont des sales parasites, mais saviez-vous que certains sont aussi de véritables maîtres-chanteurs?

Prenons le coucou gris (Cuculus canorus), très fréquent en Europe. Au lieu de construire son nid, couver ses œufs et nourrir ses jeunes jusqu'à leur émancipation, comme tout oiseau qui se respecte, il se cherche un pigeon (pardon, un hôte) à parasiter. Il, enfin elle puisque c'est la femelle qui s'y colle, repère un nid plein d'œufs dont les propriétaires se sont absentés. Elle gobe un des œufs, pond le sien (le compte est bon!) et s'en va. Les parents, des passereaux insectivores le plus souvent, reviennent et continuent à couver comme si de rien n'était.

Le jeune coucou est un précoce. Il éclot le plus souvent un peu avant ses congénères. Provisoirement seul dans son berceau, il profite outrageusement du peu de défense que sait opposer un œuf, fut-il légitime, à un poussin déterminé. Bien qu'encore aveugle, il n'est pas sans ressources et, se servant de son sens du toucher bien développé, il balance par dessus bord ses congénères encore empaquetés. Froidement. Un à un. Il s'appliquera ensuite à ouvrir un four immense, à crier comme un perdu et à ingurgiter toute la nourriture que pourront lui apporter ses parents adoptifs. Ces derniers le gaveront pendant des semaines, jusqu'à que l'emplumé soit assez grand pour aller perpétuer la tradition familiale chez une autre victime.

Minute! s'écrient en cœur les scientifiques. Faudrait quand même pas prendre les oiseaux pour des buses (pardon, pour des bécasses)! D'accord, la femelle coucou prend quelques précautions: il y a autant d'œufs dans le nid avant et après son passage puisqu'elle mange un de ceux de l'hôte, et elle prend aussi soin de peinturlurer son œuf de la bonne couleur (ne l'imaginez pas avec ses pinceaux, cela se passe lors de l'élaboration de la coquille). Mais tout de même! Regardez-moi cet étrange rejeton et osez me dire qu'il a le bec de papa ! Pourquoi les malheureux parents s'esquintent-ils la santé à nourrir un jeune qui n'est manifestement pas le leur au lieu de simplement le laisser tomber, pleurer un coup et aller élever une nouvelle couvée ailleurs? Ou mieux, interrompre l'importun en pleine guerre fratricide, le mettre à la porte et continuer à s'occuper de leurs propres jeunes comme si ce rien n'était? Ces deux derniers comportements ne sont-il pas plus avantageux, n'auraient-ils pas dû être favorisé par la sélection naturelle?

L'explication de ce paradoxe apparent est terrifiante: tout serait de la faute de la mafia. Prenez le terrible coucou geai (Clamator glandarius). Lui, sa cible préférée, ce sont les corvidés, les pies par exemple. Il procède un peu différemment de son cousin gris dont nous avons parlé plus haut puisque le jeune coucou geai n'élimine pas ses collègues de nid. Mais malheur aux pies qui s'avisent de lui faire le moindre mal! Si elles touchent à une seule plume du petit parasite, les représailles sont terribles: les parents du coucou geai vient détruire le nid de la pie, gober ses œufs ou même l'attaquer directement, allant jusqu'à la blesser mortellement.

Voici un parfait exemple de ce qu'on appelle une stratégie mafia adoptée par un parasite. En imposant un coût supplémentaire aux hôtes non-coopératifs, il sélectionne chez ceux-ci le comportement qui l'intéresse, c'est à dire ici la coopération. Éliminer le parasite n'est plus avantageux d'un point de vue évolutif pour l'hôte: s'il s'en prend au jeune parasite, il ne perdra certes pas son temps et son énergie à élever un jeune qui n'est pas le sien, mais il va perdre tous ses jeunes, voire risquer propre peau. Paradoxalement, c'est la coopération qui devient la moins coûteuse: l'hôte élève un poussin supplémentaire pour du beurre mais ce comportement lui permet aussi de produire quelques descendants. Et c'est donc ce comportement qui est conservé par la sélection naturelle.