Nous avons tous un jardin secret. Le mien n’est plus, détruit par le zèle immobilier des constructeurs de condos urbain. Un jardin de ville que je pleure…

Le «Jardin de la fabrique» a disparu. Gommé, effacé du quartier Ville-Marie de Montréal, l’un des moins verts de la ville, ce jardin faisait dos à l’Usine C, le centre de création artistique. Il avait germé sur un terrain vacant de l’ancienne usine de confiture Raymond, entre la rue Panet et la rue Larivière.

Dès que l’on y posait le pied, on était séduit: d’immenses arbres, des chants d’oiseaux, des bancs et des enfants. Véritable petite forêt urbaine, le jardin d’interprétation se consacrait à l’ornithologie et au compostage. Il foisonnait de plantes indigènes et tropicales et accueillait volières et poissons et surtout comptait de nombreux arbres immenses et vénérables.

Ce petit paradis figurait dans la liste des 8 jardins du Circuit Jardins de l’organisme Sentier urbain et accueillait des enfants, des familles, des voisins et des musiciens —pour de mémorables concerts de plein air. Il tenait des animations horticoles pour les petits, comme pour les grands, des animations captivantes car elles se déroulaient dans un lieu véritablement enchanteur. Le circuit des jardins avait remporté en 2012 le Phénix de l'environnement, dans la catégorie Protection des milieux naturels!

Le jardin perdu

Lorsque je regarde les images de ce jardin perdu —la vidéo de Sentier urbain s’ouvre dans le défunt jardin—, je pense à ma fille, et à tous les enfants à qui ont été privés d’un rare havre de paix dans la bourdonnante métropole.

Devant la terre à nue et quelques morceaux de troncs mis à terre, je m’interroge sur nos choix. Alors que l’on s’inquiète que nos enfants grandissent loin de la nature, ce qui serait dommageable pour leur santé et leur bon développement —lire à ce sujet l’ouvrage de Richard Louv, «Last Child in the Woods : Saving our Children from Nature-Deficit Disorder» , ou celui de François Cardinal, «Perdus sans la nature».

Alors que la ville parle d’«avantages économiques du capital vert » —verdissement, lutte aux ilots de chaleur, etc.— le nombre de ses jardins diminuent tout comme celui de ses animateurs horticoles, une profession en disparition elle aussi. Ce paradoxe ne nous gardera pas en santé.

Se battre pour les jardins urbains

Si j’ai manifesté souvent dans ma vie, il m’est arrivé seulement deux fois de descendre dans la rue pour recueillir des signatures pour une pétition: la première fois, c’était pour la consultation publique sur l’agriculture urbaine lancée par le CRAPAUD —en collaboration avec différents autres organismes de promotion de l’agriculture urbaine qui a recueilli plus de 29 000 signatures!— et la seconde fois pour sauver ce petit coin de paradis. Malgré toutes les signatures et l’indignation des concitoyens de Ville-Marie, la ville de Montréal a vendu le jardin aux promoteurs.

Alors que la ville de Montréal combat l’argile du frêne, je ne compte plus les arbres coupés des rues de mon quartier. Alors que mon jardin communautaire est à son tour menacé par les loups de l’immobilier, il nous faut nous battre pour préserver les derniers jardins de nos quartiers. J’en cherche un autre à adopter…