La neuroimagerie reste malgré ses pas gigantesques une technologie assez limitée dans ses conclusions. A l’aide de sa capacité à «voir» dans le cerveau, la neuroscience permet de plus en plus de caractériser des associations d’anatomie et activité cérébrale avec des comportements humains: impulsivité, violence, agressivité, immoralité, mensonge, antipathie, etc…

Certains se posent la question est-ce que dans un futur proche, la neuroscience pourra servir à déterminer la responsabilité pénale? Distinguer la moralité de l’immoralité? Prédéterminer la violence et l’agressivité chez un enfant afin de lui imposer des conséquences? Si la réponse est oui, alors les neurosciences vont avoir un lien étroit avec la police, la justice, et même peut-être les compagnies d’assurances.

Selon Nita Farahany, professeur de droit à l’université Duke aux États Unis, le nombre de jugements des tribunaux américains qui présentent des arguments neuroscientifiques entre 2005 et 2011 a plus que triplé. Les avocats de plusieurs meurtriers ont fait appel aux technologies de la neuroscience. Grâce aux résultats de la neuroimagerie, les avocats ont présenté des arguments démontrant que les meurtriers souffraient de déficits dans certaines régions cérébrales impliquées dans l’impulsivité. Ces déficits «biologiques» empêchent, selon leurs dires, les fonctions mentales de planification des actes et la maîtrise des émotions de leurs clients. Parmi les autres arguments des avocats on cite: le cerveau ne fonctionnait pas normalement, il n’envisageait pas les conséquences, il a subi plusieurs traumatismes dans des régions impliquées dans la violence, l’agressivité et l’impulsivité.

Pour faire un pas de plus, des chercheurs ont récemment publié un article investigant la «neuroprédiction» du risque de récidive criminelle chez des délinquants, en analysant leur activité cérébrale aussi par le neuroimagerie. À leur sortie de prison, 96 prisonniers ont été suivis pendant quatre ans pour d'éventuels actes de récidive. Les résultats de neuroimagerie démontrent que les délinquants qui présentaient un faible niveau d'activation dans le cortex cingulaire antérieur (dans la partie frontale de notre tête) présentaient un taux de récidive deux fois supérieur à celui des anciens détenus caractérisés par un niveau d'activation normale du cortex cingulaire antérieur. Est-ce ces résultats peuvent un jour prédire la sortie ou non de la prison?

C’est la faute à qui? À la neuroscience? Non… C’est une science qui cherche à comprendre le système nerveux normal et pathologique. Alors c’est la faute à la neuroimagerie ? Non…. C’est une machine qui permet de répondre aux questions posés par les neuroscientifiques pour comprendre le cerveau. Donc, c’est la faute aux avocats, au tribunal et aux neuroscientifiques qui acceptent de répondre à ces avocats??? Peut-être.

Afin de limiter les risques d’utilisations abusives des résultats des recherches neuroscientifiques, nous avons besoin d’un débat Science-Société. La vulgarisation des résultats des recherches neuroscientifiques a besoin d’être organisée, structurée et ciblée.