Intéressante convergence ces jours-ci. Deux blogueurs de science, un de chaque côté de l’Atlantique, publient un livre de leurs meilleurs billets. Ce qui représente aussi un intéressant pied de nez... des deux côtés de la barrière numérique.

Il y a d’abord Pierre Barthélémy, journaliste au Monde, qui a publié le 4 septembre une sélection des meilleurs billets de son blogue Passeur de sciences , sous le même titre. Et il y a Olivier Bernard, ci-devant connu sous le nom du Pharmachien, qui publie le 16 octobre un livre « 100% Pharmachien-style ».

Pied de nez à ceux qu’on appelle amicalement les dinosaures, pour qui le blogue est une sous-littérature indigne de leur intérêt et qui seront obligés de s’ajuster: «Ah, tiens, si c’est publié dans un livre, ça doit être bon...» Et pied de nez à ceux pour qui un blogue, c’est numérique, et le papier, euh, ben...

Au-delà du coup de chapeau à Barthélémy et Bernard pour avoir ainsi ajouté leur petite pierre au work-in-progress de la vulgarisation, on doit se réjouir de voir ces ponts se construire. Parce qu’on a plus que jamais besoin de ces ponts. Le journalisme scientifique se porte encore plus mal que les médias qui l’ont traditionnellement soutenu, et chaque fois qu’il subit un recul supplémentaire, personne n’en sort gagnant. De leur côté, les scientifiques francophones qui bloguent sont encore trop peu nombreux, trop peu actifs et trop peu conscients de leur éparpillement, comme un débat l’avait rappelé l’an dernier, et ils ont drôlement intérêt à ce que des locomotives comme Barthélémy ou Bernard émergent ici et là.

Bien sûr, en écrivant ces lignes, je pense aussi à notre anthologie des Meilleurs blogues de science en français . Le scepticisme de certains blogueurs il y a deux ans —un livre? C’est quoi, l’idée?— fait aujourd’hui sourire. Mais en dépit de la production prolifique d’un Barthélémy ou originale d’un Bernard —«très peu de texte, entièrement illustré»— la partie n’est pas gagnée pour autant: ces deux-là vont être en concurrence, dans les librairies, avec des milliers d’autres livres parus cette année en français.

Reste que chaque nouveau lecteur sera un nouvel allié de la blogosphère scientifique francophone. C’est à encourager.