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Les Manchettes scientifiques d’Ariel Fenster

Les nosodes-vous connaissez?

Ariel Fenster, le 15 décembre 2014, 16h59

Récemment, l'émission de consommateurs de la chaîne anglophone de Radio-Canada, Marketplace, a révélé que certains praticiens de «médecine alternative» suggèrent aux parents d'utiliser des nosodes à la place de vaccins pour des maladies infantiles telles que la rougeole, la coqueluche ou la polio.

Les nosodes-vous connaissez?
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Les nosodes-vous connaissez?

Les Manchettes scientifiques d’Ariel Fenster

L’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill présente des capsules hebdomadaires sur des sujets défrayant l’actualité scientifique. Plus de renseignements sur ces sujets, ou d’autres d’intérêt général, sont disponibles en communiquant avec Ariel Fenster.

Pour ceux d'entre vous pour qui le terme est nouveau, les nosodes sont des concoctions homéopathiques préparées à partir de tissus ou de secrétions d'individus souffrant d'une pathologie que le nosode est sensé prévenir. Par exemple, le nosode pour se protéger de la polio nécessite le liquide céphalorachidien obtenu par ponction lombaire sur des patients atteints de la maladie. Comme les principes de de l'homéopathie l’exigent ces extraits sont dilués; dans ce cas particulier une dilution de 12 CH. C’est-à-dire que chaque dilution se fait par un facteur de cent et que l'opération est répétée 12 fois. Après chaque dilution la solution est «dynamisée» en la secouant vigoureusement. Heureusement à ces niveaux de dilution, la possibilité qu'il reste dans la solution finale une quantité mesurable de pathogène est essentiellement nulle.

Mais comme l'a révélé l'émission Marketplace, le danger n'est pas là. En caméra cachée on peut voir les homéopathes recommander les nosodes comme substituts aux vaccins en affirmant qu'ils offrent un niveau de protection comparable. D'autre part, certains d'entre eux minimisent les dangers de maladies contagieuses comme la rougeole qui pourtant tue plus de 1000 enfants chaque année à travers le monde. La raison pour laquelle maladies infantiles sont rares aujourd'hui au Canada provient du fait que suffisamment d'enfants sont immunisés pour prévenir la contamination chez ceux qui ne le sont pas. Malheureusement, les craintes injustifiées au sujet d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l'autisme ont provoqué un déclin du taux de vaccination. Au Canada, dans certaines communautés jusqu'à 40% des enfants n'ont pas les vaccins requis pour leur âge. D’autre part, les vaccins sont tellement efficaces pour prévenir de sérieuses maladies, comme la polio, que le public a tendance à relativiser les dangers que ces maladies posent. Lorsque j'étais enfant en France les épidémies de polio étaient courantes et je me souviens combien nous étions pétrifiés à l'idée que nous pourrions en être victime.

Plus de 150 nosodes sont approuvés à la vente au Canada en tant que préparations homéopathiques. On peut se demander comment il est possible que des produits qui n'ont pas prouvé leur efficacité puissent être approuvés par une instance gouvernementale. Tout simplement parce que contrairement aux médicaments «classiques» les préparations homéopathiques n'ont pas à prouver qu'ils sont efficaces; il est suffisant d'indiquer qu'ils ont été déjà utilisés en homéopathie.

Santé Canada insiste que les nosodes ne sont pas approuvés comme substituts et que ceci doit être indiqué par une étiquette d'avertissement sur le produit. Cela n'a pas l'air d'avoir un grand effet chez les tenants de médecine alternative qui font la promotion de «vaccins homéopathiques, sans produits chimiques».