À quelques mètres d’altitude, la journaliste lambda et sa fille retrouvent les joies de la patinoire glacée pour s’élancer les bras en croix et une jambe en l’air. Enfin, pour cela, il faut avoir moins de 11 ans et aimer —ou plutôt «A-DO-RER»— glisser comme une bille folle de vitesse sur un plan incliné glacé!

Une fois grande, on se contentera de se balancer sur un pied sur l’autre avec l’air inspiré, en tâchant de ne pas perdre son précaire équilibre devant la colonie de petits manchots goguenards aux tuques bariolées.

Il faut le faire: venir à North Vancouver pour patiner et skier alors qu’à Montréal, il pleut des cordes durant la période des fêtes. Alors que mademoiselle hésite encore entre chausser des skis et enfiler de nouveau ses patins brillants, je tombe sur un article fort à propos du magazine Smithsonian.

En d’autres mots, nous n’avons plus les hivers québécois d’antan et les journées à patiner à l’extérieur diminuent en raison des changements climatiques. En 2090, les patinoires extérieures pourraient bien être moitié moins longtemps praticables qu’aujourd’hui. Bon, vous allez me dire: je ne serais pas là pour regretter ce joli temps et nul ne sait si ma fille pourra, à son grand âge, encore chausser des patins!

La glissade reste tout de même considérable. D’une moyenne de 58 jours, en 1972, nous passerons à moins de 50 jours en 2040 et guère plus que 28 ou 29 jours à l’aube du nouveau siècle, comme le résume l’article en citant les données parues dans Nature Climate Change.

Ces estimations seraient même très optimistes selon les auteurs de l’Université McGill. Les futures saisons de patinage risquent d’être encore plus courtes en raison de l’accélération des changements climatiques.

De quoi raccrocher ses patins?

Au moment où j’écris ces lignes, la plus longue patinoire sur rivière au Québec, celle de l’Assomption n’a pas encore ouvert son miroir glacé. La semaine dernière, des experts en hydro-météorologie ont recueilli plus de 6725 données pour caractériser le couvert de glace, de l’épaisseur à la portance, à l’aide de radar et de forages.

Les pluies abondantes et les grandes variations de températures ont ainsi freiné la préparation de nombreuses patinoires extérieures —à la frustration de nombreux concitoyens! À Montréal, la situation varie d’un quartier à l’autre. Alors que les patinoires du Parc Lafontaine glissent de bonnes à mauvaises, celles de mon quartier (Ville-Marie) affichent d’excellentes conditions de glisse.

Avant d'enfiler leurs patins, les amoureux de glisse peuvent se brancher sur RinkWatch. Le site, lancé il y a deux ans par des géographes de la Wilfrid Laurier University, offre une surveillance environnementale des patinoires et autres rivières gelées où l'on se promène patins au pieds. Là, c’est à votre tour de rapporter les conditions de glace dans votre cour arrière!

D'ici février...

Moment magique pour tous les amoureux du patinage extérieur. La 45ème saison de la patinoire du Canal Rideau vient d’être lancée. La célèbre piste naturelle de la Ville d’Ottawa ouvre enfin son lit étincelant - ses premiers tronçons qui se patinent seulement depuis le 10 janvier dernier. Site patrimoine mondial de l’UNESCO, la plus longue patinoire au monde avec ses 7,8 km glisse jusqu’au lac Dows traversant le cœur de la capitale canadienne. Avec un peu de chance et une température peu clémente, les patineurs chevronnés et les touristes y patineront jusqu’à fin février… une saison assez courte pour les passionnés de glisse, comme ma fille!