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Quand Mickey chope la rougeole!

Bruno Geoffroy, le 19 janvier 2015, 15h36

À Disneyland en Californie, on s’amuse, on rit. Espièglerie en bandoulière, rêve de gosse assumé et pan, la rougeole vous assaille fin décembre. Pas la mascotte, non: la vraie de vraie rougeole. Infectieuse à souhait. Parlez-en aux neuf visiteurs qui sont repartis avec le virus incognito. De quoi propager la «bonne nouvelle de Noël» à au moins 51 personnes en Californie (45 cas), Utah, Colorado et dans l’État de Washington.

Credit I woz ere (Flickr CC)
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Credit I woz ere (Flickr CC)

Les autorités sanitaires californiennes disent déjà que l’épidémie est la pire depuis 15 ans (infographie du Los Angeles Times). Au niveau national, 2014 a pourtant été un excellent millésime pour la rougeole: 644 cas dénombrés contre 189 en 2013. En Californie, on recensait 70 cas en 2014 contre 18 en 2013.

Étonnante, cette épidémie? Pas tant que ça. Pensez-y Disneyland est un formidable incubateur pour une maladie infectieuse. Comme l'écrit David Gorski dans son blogue, on y concentre sur un petit territoire des indigènes et des étrangers, plus ou moins exposés à des foyers de rougeoles dans leurs pays ou provenant de zones où le taux de vaccination des enfants est très bas. Transmission garantie!

Mais ne rejetons pas la faute sur les étrangers. Si l’épidémie est partie du comté d’Orange où se situe le fameux parc à thèmes, c’est un peu de la faute des Californiens-visiteurs du coin. Dans ce comté, il subsiste des «poches» connues où le taux de vaccination est très faible. La faute aux croyances personnelles des parents qui demandent à tour de bras des exemptions pour leurs enfants.

Le casse-tête californien

Comme le relatent des journalistes du Los Angeles Times , les exemptions à la vaccination sont fortement liées au revenu du ménage. Comprendre que plus il est élevé, plus les chances sont grandes pour que l’enfant ne soit pas vacciné.

Dans le comté de Los Angeles, adjacent à celui d’Orange, on recense le même phénomène: plus de 150 écoles ont un taux d’exemption de 8% ou plus. À ce stade, la non-vaccination menace directement l’immunité collective, celle du troupeau humain!

Mais que fait l‘État, vous demandez-vous? La loi californienne oblige les enfants qui entrent à la maternelle d’être vaccinés notamment contre la rougeole. Néanmoins, les parents peuvent demander des exemptions sur la base de leur croyance du genre «les vaccins ne sont pas bons si administrés trop tôt» ou «les vaccins causent l’autisme». Sur la simple base de leur croyance, on croit rêver! On est à des années-lumière d’une décision basée sur la science. Laxiste, l’État laisse pourtant faire et vient de prendre un méchant retour de boomerang.

Allez, il est temps de rééduquer ces parents dévoués qui se nourrissent de théories anti-vaccins sur des sites frauduleux comme Vaxtruth.org ou auprès de médecins irresponsables et immoraux comme le très populaire Dr Bob Sears (The Vaccine Book) ou le Dr Jay Gordon (lire ses échanges hallucinants avec le chirurgien-blogueur David Gorski). On vit une époque formidable.

1 commentaire

Portrait de ninoirniblanc

Pourquoi réduire le débat des vaccins à deux antipodes, alors que pourtant le débat est autrement plus large.. Un médecin comme Dr Sears ne sont pas antivaccination au sens strict. Pour avoir lu Dr Sears, il me semblait clair qu'il recommande et encourage les vaccins, mais propose un calendrier différent. Doit-on l'assimiler à un site frauduleux et tous les mouvements antivaccination purs ? J'en doute. Doit-on le traiter d'irresponsable et immoral ? Cela me semble nettement exagéré.

De même entre les parents suivant à la lettre les calendriers et ceux ne donnant aucun vaccin, il existe tout une gamme de possibilités : de retarder certains vaccins même si on les accepte, d'en refuser certains totalement, de modifier le nombre de doses, etc.. Les calendriers de vaccination varient déjà selon les pays même en se basant sur une même "science".

Il existe des raisons scientifiques à retarder des vaccins et même à en refuser certains, tout comme la proposition d'un calendrier vaccinal ne tient pas compte que de la science mais aussi de considérations économiques et pratiques.

Vous parlez d'immunité collective menacée par la vaccination mais on aborde peu le fait que la vaccination modifie l'immunité collective des bébés naissants avant leur vaccination, que la vaccination par exemple repousse les cas à des âges différents et modifie aussi le risque relié aux maladies et surtout on ne parle pas beaucoup que l'avantage des vaccins dépend d'un paquet de facteurs et que tous els vaccins ne sont pas équivalents.