La manipulation de la mémoire ne se pratique maintenant plus uniquement dans les films de science-fiction. Des neuroscientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont réussi pour la première fois à implanter de faux souvenirs dans l’esprit de souris endormies. De quoi faire halluciner les adeptes de Total Recall !

Les résultats de leurs recherches ont été publiés dans le magazine Nature Neuroscience cette semaine. Les expériences effectuées en laboratoires consistaient à stimuler les cellules du cerveau des souris qui sont associées à la géolocalisation lorsque celles-ci étaient endormies. La connaissance de ces cellules est toute récente, et a valu l’année dernière un prix Nobel aux chercheurs qui les ont découvertes. Elles permettent aux individus de savoir où ils se trouvent et sont à l’origine du sens de l’orientation.

Les scientifiques du CNRS ont donc permis aux rongeurs de découvrir un environnement qui leur était d’abord inconnu. En observant l’activité cérébrale des souris, les chercheurs ont identifié quels groupes de cellules étaient stimulés en fonction de l’endroit où se trouvait l’animal. Puis, une fois la souris endormie, ils ont stimulé à l’aide d’électrodes les cellules de positionnement désirées, situées dans l'hypothalamus, ainsi que la partie du cerveau qui provoque le plaisir ou le sentiment de récompense, appelée le «median forebrain bundle», ou circuit de la récompense en français.

Les résultats ont été concluants. Une fois réveillées, les souris qui ont reçu les électrochocs à un endroit précis de leur hypothalamus ont passé quatre à cinq fois plus de temps dans les lieux qu’elles associaient désormais au plaisir. Les sujets témoins, qui n'ont reçu des stimuli nerveux de façon aléatoire, semblaient se déplacer sans but précis.

Des chercheurs avaient déjà réussi l’année dernière à implanter dans le cerveau de souris une fausse association de douleur avec un endroit. Cette nouvelle recherche démontre toutefois l’importance du sommeil dans la consolidation des souvenirs par le cerveau. Et bien que l’application de cette expérience sur les humains ne soit pas envisageable demain matin, les chercheurs disent espérer que cette découverte contribuera à la recherche de technologies pouvant venir en aide aux personnes ayant des troubles de mémoire ou souffrant de maladies mentales dans lesquelles la mémoire est impliquée.

Camille C.