Depuis 2003, on célèbre la « Journée de l’ADN » autour du 25 avril, jour de la publication en 1953 de trois articles dans la revue Nature sur la structure de l’ADN.

Malgré la publication simultanée de ces articles dont les principaux auteurs étaient James Watson, Francis Crick, Rosalind Franklin et Maurice Wilkins, le rôle qu’a joué Rosalind Franklin dans la découverte de la structure de l’ADN n’a été reconnu que plusieurs années plus tard et n’a pu être honoré par le prix Nobel. En effet, ce prix n’étant pas remis de façon posthume et Franklin étant décédée en 1958, elle n’a pas partagé cet honneur avec Watson, Crick et Wilkins en 1962.

Des groupes de chercheurs concurrents ou complémentaires? La paternité de la découverte de la structure de l’ADN est couramment attribuée à Watson et Crick, mais l’histoire de cette percée – comme toute percée dans le domaine scientifique – montre qu’elle est le résultat du travail fait au préalable et concurremment par d’autres. En science, les travaux des uns et des autres contribuent à trouver la solution finale au problème posé. Avant que le tandem Watson et Crick ne travaille sur l’ADN, il y eut Astbury, Chargaff, Pauling, Wilkins et Gosling qui ont chacun apporté leurs pièces au casse-tête. Rosalind Franklin a joint le laboratoire de Wilkins à l’Université de Londres à peu près au même moment où Watson rejoignait Crick à l’Université de Cambridge. Physicienne, spécialiste de la technique de diffraction des rayons X pour élucider la structure de molécules, elle appliqua (avec son étudiant Raymond Gosling) son expertise à la molécule d’ADN. Elle détermina que l’ADN avec sa structure cristalline en forme d’hélice pouvait prendre deux formes (A et B) dépendant de la quantité d’eau qui y était associée et que de ce fait les phosphates devaient être à l’extérieur de l’hélice et les bases à l’intérieur. Ayant entendu ces informations lors d’une conférence donnée par Franklin, Watson et Crick qui bâtissaient un modèle physique de l’ADN avec du fil de fer et des pièces de métal, essayèrent d’incorporer ces éléments dans leur modèle, mais n’y arrivèrent pas.

De comportements douteux à l’espionnage scientifique En mai 1952, Franklin et Gosling produisirent leur 51e image de diffraction (image B 51) qui confirma qu’il y avait une distance de 0.34 nanomètre entre les bases de l’ADN, qu’il y avait 10 bases par tour d’hélice et que le diamètre de la molécule était de 2 nanomètres. Durant cette période, il y avait des tensions entre Franklin et Wilkins à savoir qui devait travailler sur le projet de l’ADN dans le laboratoire. Dans ce contexte de conflit, Gosling remit l’image B 51 à Wilkins qui la montra à Watson lors d’un souper informel. Avec l’image B 51 en main, Watson et Crick travaillèrent sur un autre modèle, mais il manquait encore des éléments.

Watson et Crick cherchèrent à savoir si Franklin avait découvert d’autres informations pertinentes sur la structure de l’ADN qui n’avaient pas encore été présentées lors de conférences ou dans une publication. Pour ce, ils contactèrent une connaissance au Medical Research Council, organisme qui subventionnait les travaux de Franklin, et obtinrent le rapport de fin d’année que celle-ci avait produit – rapport sensé être confidentiel. Effectivement, Franklin avait avancé dans son interprétation de l’image B 51 et les hypothèses avancées dans son rapport permirent à Watson et Crick d’élucider la structure finale de l’ADN publiée dans Nature en avril 1953. Dans leur article, le tandem donna le crédit aux chercheurs qui avaient également contribué à cette découverte. Cependant, ils n’ont pas donné tout le crédit dû à Franklin qui avait fourni les éléments critiques à leur idée finale, parce qu’ils avaient obtenu ces données sans sa permission. Ils ont d’ailleurs été critiqués pour ce comportement non éthique et finalement, en rétrospective, ils ont fini par reconnaître l’apport de Rosalind Franklin à la découverte qui a fait leur renommée.

Rosalind Franklin : femme en science dans les années 1950 À l’époque de Rosalind Franklin, seulement 5 % des diplômes en sciences physiques avaient été décernés à des femmes. Il semble que Franklin s’inquiétait que son travail ne soit pas pris au sérieux parce qu’elle était une femme. En fait, ce fut exactement le contraire : son travail fut pris au sérieux et fut crucial dans la « course » à l’élucidation de la fameuse molécule d’ADN. Et ce, même si Watson et Crick avaient eu peu de contact avec elle et discutaient davantage avec Wilkins. En 1968, James Watson publia "La double hélice, compte-rendu personnel de la découverte de la structure de l'ADN", dans lequel il se permet de faire des commentaires sur Franklin, considérés sexistes par plusieurs : des commentaires sur son apparence, ses vêtements, sa mère, son caractère, etc. Il l’accuse d’être féministe et d’empêcher Wilkins de pouvoir réfléchir sans contrainte au problème de l’ADN. Finalement, dans l’épilogue de son livre (10 ans après la mort de Franklin), Watson admet qu’il s’était trompé sur le compte de Franklin dans ses premiers jugements, que le travail de celle-ci avait été superbe et qu’elle avait dû faire face à des barrières en tant que femme en science.

Peut-être un grand scientifique, mais un personnage controversé

Voici quelques affirmations de M. James Watson au cours sa carrière :

"If you could find the gene which determines sexuality and a woman decides she doesn't want a homosexual child, well, let her.” (1)

"Whenever you interview fat people, you feel bad, because you know you're not going to hire them." (2)

À propos de créer la beauté par le génie génétique: "People say it would be terrible if we made all girls pretty. I think it would be great.” (3)

"[I am] inherently gloomy about the prospect of Africa [because] all our social policies are based on the fact that their intelligence is the same as ours—whereas all the testing says not really." (4)

Suite à ces derniers commentaires en 2007, il fut suspendu de ses responsabilités administratives au Cold Spring Harbor Laboratory et finalement démissionna de son poste de recteur. Évoquant des difficultés financières, en 2014, il mit sa médaille de prix Nobel à l’encan et en récolta 4.1 millions $ US.

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Références et information additionnelle

Citations de James Watson : (1) Macdonald, V. "Abort babies with gay genes, says Nobel winner", The Telegraph, February 16, 1997. (2) Abate, T. "Nobel Winner's Theories Raise Uproar in Berkeley Geneticist's views strike many as racist, sexist", San Francisco Chronicle, November 13, 2000. (3) Williams, Susan P. (November 8, 2007). "The Foot-in-Mouth Gene". The Washington Post. (4) Milmo, Cahal (17 October 2013). "Fury at DNA pioneer's theory: Africans are less intelligent than Westerners"

The structure of DNA: Cooperation and competition

Livres - James D. Watson, The Double Helix: A Personal Account of the Discovery of the Structure of DNA (1968), Atheneum. (en français : La double hélice, compte-rendu personnel de la découverte de la structure de l'ADN) - Anne Sayre, 2000, Rosalind Franklin and DNA, W. W. Norton & Company - Maddox, B. 2003. The Dark Lady of DNA. London: HarperCollins (en français: Rosalind Franklin : La Dark Lady de l'ADN)

Video : Rosalind Franklin vs. Watson & Crick - Science History Rap Battle

Article "Rosalind Franklin, génie incompris réhabilitée par Google"

Doodle honorant Rosalind Franklin: http://www.google.com/doodles/rosalind-franklins-93rd-birthday