La manchette de la semaine dernière traitait de l'introduction de pièces de monnaie, surtout en argent, comme outil pour les échanges commerciaux. Celles-ci ont longtemps dominé les marchés, mais ont été à la longue remplacées par la monnaie en papier.

Le problème avec l'argent-métal, comme monnaie, c'est que les quantités de métal disponibles sont limitées. Face à ce problème, d'autres métaux furent introduits. La Chine en particulier se tourna vers le bronze. Un métal meilleur marché, mais exigeant des quantités importantes pour des transactions courantes.

Dès le 8e siècle, cela amena les Chinois à introduire des billets représentant une valeur fixe de pièces de bronze qui, elles, restaient entreposées chez des marchands. Chaque billet était unique et pourvu d'un numéro de série pour minimiser la contrefaçon.

À l'origine les billets étaient imprimés sur du papier fait d'écorce de murier, mais au 13e, celui-ci fut remplacé par de la soie. C'est cette monnaie de « papier » qui fascina Marco Polo, mais qui laissa les Européens complètement incrédules, car ils ne pouvaient pas s'imaginer une monnaie sans valeur matérielle.

La monnaie-papier ne fut introduite en Europe qu'au 12e siècle, en Suède. La monnaie-métal qui y était utilisée était faite de cuivre, avec des « pièces » consistant en des plaques de cuivre de 20 kg, chacune valant un « dalle » ou l'équivalent d'un « thaler » en argent de 28 g. À cause du peu de valeur du « dalle », chaque transaction nécessitait le transfert de vastes quantités de cuivre. Cette situation amena la Banque de Stockholm à créer, en 1661, les premiers billets de banque européens. Les billets étaient numérotés à la main et portaient les signatures des directeurs de la banque.

Pour lutter contre la contrefaçon, les billets contenaient un filigrane, une image produite dans le papier dans le processus de sa fabrication.

Depuis cette époque, les banques centrales introduisent continuellement de nouvelles techniques pour déjouer les faussaires. Celle qui a été la plus utilisée à travers le monde est la gravure en taille douce. Elle donne des images en relief qui sont difficiles à imiter. Il y a aussi les éléments de sécurité fluorescents sous la lumière ultraviolette. À ce sujet, il est intéressant de noter que sur les vrais billets seuls ces éléments de sécurité sont fluorescents alors que pour les faux, la totalité du billet apparait en fluorescence.

Jusqu'en 2011 le Canada détenait l'un des taux de faux billets les plus élevés de tous les pays industrialisés. Ceci changea avec l'introduction des billets en polymère. Ces billets de BOPP (Biaxially oriented polypropylène) sont très difficiles à contrefaire. Le terme provient du fait que le film est étiré de manière longitudinale et transversale durant sa production. Un processus qui rend le plastique transparent et surtout très résistant. Prévenez-moi si vous arrivez à déchirer un billet en polymère de vos mains, je vous paye l'apéritif!

Aussi, si vous oubliez quelques billets dans vos poches et mettez tout ça à la machine à laver, vous récupérez vos billets… propres comme… un sou neuf!

Pour terminer quelques informations en vrac :

• La plus grande coupure au Canada est le billet de 1000 dollars. Bien qu'il ait toujours cours légal il n'est plus émis depuis l'année 2000 afin prévenir le blanchiment d'argent. La Banque du Canada estime qu'un million de ces billets est toujours dans la nature. Les États-Unis ont émis des billets de 100 000 dollars, mais ils étaient seulement utilisés pour les transactions interbancaires.

• En parlant de blanchiment d'argent, dans les années 1920, il était courant aux États-Unis, de laver, sécher et repasser les billets avant de les remettre en circulation, car ils contenaient du lin ce qui les rendait plus résistants. C'est aussi à cause de la présence de fibres de lin que les coupures américaines ont une affinité particulière pour la cocaïne. Des études ont démontré que jusqu'à 90 % des billets étaient contaminés avec cette drogue.

• La plus grande dénomination en circulation dans le monde dans des conditions « normales » est le billet de 10 000 dollars de Singapour. Mais en période d'inflation, les montants peuvent devenir complètement irréalistes. Le Zimbabwe, pendant une période d'hyperinflation, a produit des billets de 100 trillions de dollars. (100 000 000 000 000 $). Aujourd'hui le Zimbabwe, pour maîtriser les prix est obligé d'utiliser le dollar américain. Ce que font d'autres comme l'Équateur, le Salvador, le Timor Leste et le Panama. Une des raisons pour laquelle près 80 % de la monnaie papier américaine est utilisée en dehors des États-Unis.

• On peut se demander pendant encore combien de temps la monnaie papier aura cours. Déjà 97 % de nos échanges commerciaux se font de manière électronique. On s'y habitue, mais nos cartes bancaires n'auront jamais le charme des billets de banque d'antan.