En mars dernier, la Société canadienne de pédiatrie revoyait sa position sur la prévention de la conjonctivite néonatale. J'en parlais d'ailleurs la semaine dernière. Sa conclusion: l’érythromycine, l'antibiotique déposé dans les yeux des nouveau-nés, n’est peut-être plus utile et ne devrait donc pas être recommandée systématiquement. Un obstacle empêche toutefois ce changement de pratique. L'utilisation préventive d'antibiotique à la naissance est obligatoire au Québec.

La société canadienne de pédiatrie (SCP) est d'ailleurs au courant de cette disposition de la loi. «L’Association canadienne de protection médicale a toutefois attesté qu’en 2013, la prophylaxie oculaire néonatale avait force de loi en Alberta, en Colombie-Britannique, à l’Île-du-Prince-Édouard, en Ontario et au Québec,» peut-on lire dans le document de principes de la SCP. Cette loi est pourtant méconnue du grand public, de l'ensemble des professionnels de la santé et même du personnel de l'Association canadienne de protection médicale (ACPM).

En effet, lorsque contactée à ce sujet, Dima Hanhan, relationniste à l'ACPM, ne peut pas fournir d'explications supplémentaires. «Après avoir effectué des recherches en ce qui a trait à votre demande d’information, nous n’avons pas réussi à déterminer de quelle loi et de quel article de loi il s’agit au Québec, comme le précise l’article cité», explique-t-elle.

Pourtant, dans une lettre envoyée à la Dre Dorothy Moore, auteure du document de la SCP, le Dr John Gray, directeur général de l'ACPM, confirme qu'au Québec les nouveau-nés doivent être traités avec un «médicament efficace pour la prévention de l'ophtalmie purulente». Dr Gray fait ici référence à l'article 68 de la Loi sur les laboratoires médicaux, la conservation des organes et des tissus et la disposition des cadavres. Il s'agit d'un règlement qui en reprend un autre qui s'appelait avant le règlement d'application de la Loi sur la protection de la santé publique.

Selon Dre Moore, le fait que cet article fasse partie de la Loi sur les laboratoires médicaux, la conservation des organes et des tissus et la disposition des cadavres explique que plusieurs professionnels de la santé ne soient pas au courant de son existence. Ce n'est habituellement pas dans cette loi que se retrouvent les mesures médicales ou celles concernant la santé publique. L'auteure croit toutefois qu'avec la publication de son document de principes, la Santé publique devra se pencher avec attention sur ce problème. Elle rappelle également que la SCP recommande de faire abroger cette disposition de la loi et que la Santé publique en a été informée.

Il faut dire que l'existence d'une telle loi peut occasionner des situations particulièrement désagréables autant pour les parents que pour le personnel médical. C'est ce qui s'est produit à l'Hôpital Erlanger au Tennessee. Depuis quelques mois, l'hôpital a adopté une politique obligeant les infirmières à administrer l'érythromycine coûte que coûte. La direction suggère au personnel d'appeler la sécurité si les parents refusent. Si une infirmière n'accepte pas de procéder au traitement dans ces conditions, une autre infirmière ou un médecin doit le faire à sa place. Les infirmières qui s'opposent sont d'ailleurs menacées de poursuite.

Heureusement, ce n'est pas le cas actuellement au Québec, selon un médecin qui pratique des accouchements dans un hôpital de la région de Montréal et qui préfère garder l'anonymat. «À notre hôpital, il arrive que des parents refusent l'onguent en question. Nous leur expliquons pourquoi il est recommandé, mais s'ils persistent dans leur décision nous respectons simplement leur choix», raconte-t-elle.

Malgré tout, l'existence de cette loi risque de bloquer les changements de pratique. C'est pourquoi il est important de la faire abroger selon la SCP. Un beau projet pour la Santé publique!

Ce texte a d'abord été publié sur le site Maman Éprouvette.