Alors que je complétais mon baccalauréat en génie physique à l’université Laval, j’ai eu la chance de connaître, grâce à l’un de mes confrères étudiants, le Groupe interuniversitaire de recherches océanographiques du Québec (Giroq), aujourd’hui Québec Océan. Je suis allé rencontrer le directeur de cet organisme et après une entrevue d’embauche, j’ai obtenu un poste d’assistant de recherche pour un projet qui se déroulait à Eastmain, dans le sud de la baie James. J'ai passé deux étés à Eastmain, pour un total de huit mois dans ce magnifique village Cri. Le premier été, j'ai aidé l’équipe de chercheurs et d’étudiants gradués à échantillonner dans l’estuaire de la rivière Eastmain et le secteur côtier adjacent de la baie James. Le second été, j’ai occupé le poste de capitaine de l’Épinoche, un catamaran de recherche de 9 m qui avait été construit pour le projet. Ces huit mois ont vraiment été formidables. J’ai eu la chance d’effectuer des travaux dans plusieurs sphères de l’océanographie – biologie et géologie marines, et océanographie physique –, de voler pendant de nombreuses heures en avion de brousse et en hélicoptère, et surtout d’être convaincu que l'océanographie était un domaine scientifique qui me convenait parfaitement.

Les Bahamas

Suite à mon second été passé à Eastmain, j’ai eu une autre opportunité exceptionnelle grâce à l’une de mes belles-sœurs. Lors d'une discussion, celle-ci m'a mentionné que l'un de ses amis se cherchait un capitaine pour son voilier et qu'elle pouvait me recommander pour ce poste. Sa recommandation a porté fruit, car quelques semaines plus tard je devenais le skipper de Tellina, un voilier de 11 m basé à Nassau, aux Bahamas.

C'est ainsi qu'après avoir passé l'été dans le grand nord, je me retrouvais dans le sud à faire du charter dans les eaux bahamiennes, une expérience formidable! Le plus cocasse, c’est que mon séjour de six mois aux Bahamas a fait que l'automne suivant, je me suis retrouvé à l'université McGill comme étudiant à la maîtrise en océanographie physique. Par quel concours de circonstances?

L’un des groupes de personnes qui ont loué le voilier pendant l’hiver 1980-81 comprenait un scientifique travaillant à Pêches et Océans Canada. Voulant travailler pour ce ministère avant de commencer mes études graduées, j’ai fait parvenir par l’entremise de Réjean une lettre d’intérêt au directeur du Centre Champlain des Sciences de la Mer, à Québec – c’était avant l’époque de l’Institut Maurice-Lamontagne de Sainte-Flavie. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu ma réponse : Je pourrais avoir un emploi d’été au CCSM à la condition d’être inscrit à la maîtrise. Des contacts avaient été pris avec un chercheur de l’université McGill, le Dr. Grant Ingram, et ce dernier acceptait de me prendre comme étudiant. Je n’avais plus qu’à faire ma demande d’admission et m’inscrire!

Avant mon séjour aux Bahamas, j’avais peur d'étudier dans une université anglophone à cause de la qualité de mon anglais : peut-être échouerais-je mes cours simplement à cause de la barrière de la langue. Mais là, à l'exception des discussions avec mes passagers, ma vie se déroulait entièrement en anglais et je me débrouillais très bien. Alors, let’s go McGill!

L’université McGill

En septembre 1981, je me présentais donc au Eaton Building de l’université McGill et commençais mes cours en océanographie. Lorsque vint le temps de discuter de mon projet d’études avec mon directeur de mémoire, je lui proposai d’aller faire mon travail de terrain à la Barbade, là où l’université McGill avait un institut de recherche : le Bellairs Institute. « Je ne travaille pas à la Barbade, répondit Grant, mais dans le nord du Québec! ». Il avait effectivement en main les données d'océanographie physique qui avaient été recueillies dans l'estuaire de la rivière Eastmain alors que j’étais assistant de terrain et capitaine de l’Épinoche. J’étais donc le candidat parfait pour analyser ces données. Moi qui rêvais de retourner dans les eaux turquoises des Caraïbes, j’ai accepté avec un peu de regret le projet proposé par mon directeur, mais en fin de compte j’ai beaucoup aimé le travail de recherche auquel je me suis attaqué.

Dans le cadre des travaux d'aménagement du réservoir LG2, maintenant Robert-Bourassa, 80% du débit fluvial de la rivière Eastmain a été détourné vers ce réservoir. Les données océanographiques recueillies dans l'estuaire de la rivière visaient à étudier les effets de cette coupure de débit sur l'hydrodynamique et sur les organismes aquatiques vivant dans le milieu estuarien. Mon projet consistait à réaliser un model numérique des effets de la coupure de la rivière sur les courants, les niveaux d’eau et la salinité estuarienne en me servant des données recueillies sur le terrain pour calibrer mon modèle. J'ai eu à contourner quelques difficultés, mais j'y suis parvenu à ma satisfaction et celle de mon directeur. Voici un lien qui permet d’accéder à un article scientifique (en anglais) résultant de ces travaux : http://www.sergelepage.com/media/Salinity_Intrusion_in_the_Eastmain_River_Estuary_1986.pdf

Une autre pause

Au printemps 1984, ma maîtrise était terminée et avant de commencer des études doctorales, en janvier 1985, j’ai participé à titre de conseiller scientifique à la réalisation d’une exposition sur le Saint-Laurent, lors des fêtes de Québec 1984. Dans le cadre de cette exposition présentée dans le Pavillon H2O, j’ai eu l’occasion de faire de la recherche documentaire, de la recherche d’éléments d'exposition, d’écrire des textes de vulgarisation, exercice que j’ai beaucoup aimé, et de fournir de nombreuses photographies prises lors de mes sorties sur le terrain. Cette participation à un projet muséologique n’a pas été sans suite, comme j’en parlerai dans un prochain billet, mais auparavant il y avait d’autres cours à venir.