Comme tous les êtres humains, les scientifiques veulent que leur boulot les rende heureux, ce qui signifie bien souvent dans leur cas de publier des résultats qui vont être considérés comme un apport scientifique notable. Mais comme tous les êtres humains, les scientifiques peuvent aussi être l’objet de biais cognitifs importants. Et c’est là que ça peut devenir problématique, quand l’impératif de rigueur scientifique entre en collision avec le biais cognitif inconscient !

C’est ce que met en lumière une étude publiée il y a un mois dans la revue PLoS ONE par Stephanie Coronado-Montoya et ses collègues de l’université Mc Gill, à Montréal. L’article démontre que les expériences sur les effets de la méditation pleine conscience (« mindfulness », en anglais) sur la santé mentale ont tendance à rapporter de façon sélective les résultats positifs au détriment des résultats négatifs. L’équipe de McGill en arrive à cette conclusion après avoir analysé 124 études où des résultats positifs ont été rapportés 60 % plus souvent que ce qui était statistiquement probable. À l’opposé, des 21 autres études considérées qui avait été inscrites dans des banques de données comme ClinicalTrials.gov, 62 % n’avaient tout simplement pas été publiées 30 mois après avoir été terminées, une indication de résultats négatifs, selon Stephanie Coronado-Montoya et son équipe.

Cela n’implique pas que ce type de méditation n’ait pas d’effets positifs sur la réduction de stress par exemple, ce qui est confirmé par plusieurs cliniciens comme le psychologue Brett Thombs, auteur sénior de l’article. Mais il plaide pour plus de transparence dans ces études afin de mieux comprendre pour qui cela fonctionne et dans quelles conditions.

L’un des problèmes est le faible nombre de participant.es de plusieurs études, un problème classique souvent mis en lumière dans les études d’imagerie cérébrale , par exemple. Plus largement encore, il s’agit aussi sans doute d’un des effets pervers du fameux « publish or perish », la pression de publier des résultats positifs qui s’exercent sur les scientifiques par une certaine tradition de financement de la recherche et par le système d’avancement au sein d’une institution académique.

Ce n’est donc pas étonnant de constater à quel point ce biais favorisant la publication de résultats positifs (alors que, scientifiquement parlant, un résultat négatif a autant de valeur) est très répandu dans plusieurs domaines de la recherche médicale, de la psychologie, de la santé mentale, etc. Ces problèmes sont bien connus et maintenant grandement débattus comme je l’ai constaté en découvrant ce long article publié dans la revue Nature en octobre dernier et qui passe en revue plusieurs de ces failles méthodologiques et leurs remèdes potentiels (deuxième lien ci-dessous).

L’article de Nature intitulé « How scientists fool themselves – and how they can stop » est aussi, d’une façon générale, particulièrement éclairant sur les inépuisables capacités humaines à l’autotromperie , un exemple typique étant l'effet placebo . Ainsi, en recherche, on rencontre beaucoup de « myopie à nos hypothèses » (ne pas voir les données qui contredisent notre hypothèse de travail), « d’attention asymétrique » (vérifier rigoureusement des résultats inattendus, mais être très laxistes avec les résultats attendus) ou de « just-so storytelling » (inventer une histoire apparemment logique pour rationaliser les résultats obtenus).

On peut pourtant développer de bons réflexes critiques pour neutraliser ces mauvaises habitudes et l’article en liste plusieurs, en commençant par leur prise de conscience pure et simple et la considération d’hypothèses alternatives. Un exemple plus spécifique en rapport avec l’étude sur la méditation rapportée plus haut serait ce qu’on appelle les études préenregistrées (« pre-registerring studies », en anglais) où une revue scientifique s’engage à publier une étude avant même que les données ne soient disponibles, uniquement sur la pertinence de son protocole expérimental. De cette façon, que les résultats soient positifs ou négatifs, ils seront publiés.

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Parlant de liste, en voici deux autres, en terminant, qui complètent bien le sujet d’aujourd’hui. Dans la première, Deric Bowns résume un certain nombre d’erreurs psychologiques classiques qui nous affligent (troisième lien ci-dessous) à partir d’un article de Gary Belsky publié en mars dernier dans le New York Times. Encore une fois, bien des processus inconscients nous font croire que nous savons prendre de bonnes décisions dans une situation incertaine, alors que c’est loin d’être toujours le cas. La peur de perdre, l’excès de confiance, la justification a posteriori, le désir de bien paraître, de se donner beau jeu, d’être toujours trop optimiste ou le même biais de confirmation qui afflige tant de scientifiques sont en effet toujours au rendez-vous…

Finalement, une dernière liste répertoriée récemment par Bowns à partir d’un autre article du New York Times, celle-ci sur un certain nombre de « clés du bonheur » (dernier lien ci-dessous). On y retrouve plusieurs points déjà soulignés dans ce blogue notamment l’importance de notre réseau social, de nos proches et du temps de qualité passé avec eux. Bonheur, bien-être et santé vont aussi bien entendu de pair, et tout ce qui fait du bien à notre corps-cerveau nous rend aussi plus heureux ( exercice , absence de stress, bonne alimentation, stimulation intellectuelle, etc.). Finalement, le point « if all else fails, fake it » ("si tout le reste échoue, faites semblant…" d’être heureux !) m’a fait sourire tant il concluait bien le sujet d’aujourd’hui. Renvoyant aux études d’Amy Cuddy , il montre la puissance de l’autotromperie et de l’influence de notre corps sur notre pensée : lever les bras en l’air en signe de victoire nous rend plus confiant et un sourire, même forcé (ou même un peu fatigué à la fin de la rédaction d'un article...), peut nous mettre dans un état d’esprit plus positif !

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