Les Québécois sont médiocres en science. C’est ce que révèlent les sondages qui les comparent au reste du monde. Dans certains cas, ils sont dans la moyenne des pays industrialisés ; dans d’autres, ils sont en queue de peloton. La faute aux écoles, mais aussi aux journaux et réseaux de télévision. « Dans nos médias, on parle plus de politique scientifique que de science ! », déplore la présidente de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec, Stéphanie Thibault, en ouverture du congrès annuel de l’organisme à l’Institut national de la recherche scientifique, à Montréal, le 27 mai.

Ce qu’on appelle la littératie est « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités », comme l’a définie l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Or, il existe une littératie scientifique, c'est-à-dire la capacité de comprendre des notions de base en science. En 2012, l’OCDE a mené un sondage auprès des Québécois pour mesurer des éléments comme la « résolution de problèmes dans des environnements technologiques » : tout juste 32 % des Québécois atteignent les deux niveaux supérieurs (sur une échelle de trois), soit moins que la moyenne canadienne (37 %) et moins que celle des pays ayant participé au sondage (34 %).

« De nos jours, il faut savoir lire, écrire, compter… et manipuler un appareil électronique », a résumé l’astronaute Julie Payette, porte-parole du Centre des sciences de Montréal. Il faut aussi connaitre les grandes lignes de la théorie de l’évolution et maîtriser quelques notions d’astronomie, de génétique, de chimie... Ce que s’activent à faire les musées de science. Mme Payette n’a pas caché son agacement devant la grève qui avait forcé la fermeture du musée montréalais, le jour même du congrès où une partie des échanges devaient avoir lieu.

Éthicienne bien connue, Michèle Stanton-Jean a évoqué la grande maîtrise des Québécois en matière de hockey et a dit souhaiter qu’ils se passionnent autant pour la science et les technologies. « Des gens appellent aux lignes ouvertes sportives pour corriger le commentateur sportif sur les statistiques de Guy Lafleur ou de Jean Béliveau. Pourquoi ne sont-ils pas aussi compétents en science ? Parce qu’ils sont moins motivés », a-t-elle expliqué.

Les universitaires ont leur rôle à jouer dans la transmission des connaissances. « Je ne porte pas de sarrau et de lunettes de protection, mais je fais de la science », a rappelé Benoit Melançon, professeur de lettres à l’Université de Montréal. Comme les journalistes scientifiques, il s’attaque aux pseudosciences et aux fausses nouvelles. Quand il lit sur Histobook que quelqu’un a découvert une lettre inédite de Denis Diderot (1713-1784), il vérifie l'information. L’enquête démontre que la lettre n’était pas inédite. Il encourage ses étudiants à participer aux débats. Ce n’est pas parce qu’on s’intéresse à la littérature grecque de l’Antiquité qu’on ne peut pas apporter un éclairage sur la société actuelle. N’y a-t-il pas un lien à faire entre les amazones, ces guerrières grecques prêtes à se priver d’un sein pour mieux tirer à l’arc, et le mouvement des Femen qui apparaissent sein nu sur la place publique ?

Charles Tisseyre, animateur de Découverte, émission scientifique de Ici Radio-Canada Télé, a rappelé qu’à ses débuts à la société d’État, dans les années 1970, on considérait que la science ne faisait pas partie des nouvelles. Les choses ont changé aujourd’hui et son émission hebdomadaire attire jusqu’à 600 000 téléspectateurs.

Le journaliste Joël Leblanc animait un atelier portant sur « la science pour les pas snobs ». Appelé à présenter des sujets scientifiques à Radio X, une station grand public de Québec, le journaliste doit en quelques secondes amener l’auditeur à ne pas confondre OGM, couche d’ozone et perturbateurs endocriniens. Pour la chroniqueuse science du magazine La semaine, Brïte Pauchet, le défi est de trouver le ton et le sujet qui a le plus de chance d’attirer le lecteur et de garder son attention. Elle croyait bien avoir misé sur le bon numéro quand elle a parlé de moustiques. Malheureusement, c’est une mante religieuse qui illustrait son article. Un insecte aussi différent du maringouin qu’un léopard d’une chauve-souris.

À cet échange participait également Benjamin Bourque, rédacteur-concepteur de la chronique quotidienne « En cinq minutes » dans le Journal de Montréal. Cette pleine page présente des faits d’actualité, souvent scientifique, de façon succincte et rigoureuse. Par exemple : quels seraient les impacts à Montréal de l’explosion d’une bombe nucléaire comparable à celle qui a frappé Hiroshima en 1945 ? Que sont les insecticides à base de néonicotinoïdes ? Que représente la découverte d’une nouvelle barrière de corail ? De l’avis général, le fait d’approcher un public non initié constitue un défi intéressant et parfois plus pertinent que de prêcher sans cesse aux convertis.

Bref, beaucoup de brassage d’idées en deux jours intenses.

Mathieu-Robert Sauvé