Le biopic (film biographique) semble un bon moyen de vulgariser des découvertes importantes de la science et de montrer comment travaillent les scientifiques. Néanmoins en y regardant de plus près, c'est toujours la même image de la science qui nous est montrée.

Présentant la vie d’un scientifique (ou au moins un morceau de celle-ci), le biopic montre des découvertes majeures de l’histoire des sciences. Le spectateur est amené à voir le scientifique faire sa découverte et la dévoiler au monde. Mais la recherche scientifique passe par de nombreuses étapes et est assez longue. Il n’y a que rarement de grands moments Eurêka sans un long travail en amont qui a permis à la réflexion du scientifique d’aboutir.

La recherche passe tout d’abord par une étape de recherche de l’état actuel des connaissances, le plus souvent par une recherche bibliographique. Cette étape n’est jamais présentée dans les biopics, les scientifiques semblent toujours à jour sur les dernières avancées. Je n’ai vu qu’une exception dans le film Seul contre tous (Concussion) avec une très brève séquence, mais le film s’apparente plus au biopic sur le lanceur d’alerte que sur le scientifique, bien que le héros soit médecin (et fasse des recherches). Certes cette partie du travail de recherche n’est pas facile à rendre de façon intéressante, mais elle est indispensable. Souvent méconnue, son absence intensifie le côté solitaire du chercheur (ou de l’équipe de recherche) et ne permet pas de montrer la recherche scientifique comme provenant d’un réseau de scientifiques, s’inspirant mutuellement.

De même, la publication des résultats, bien que présente, se limite souvent à la publication d’un article ou surtout d’une conférence de présentation des résultats. Le temps que demande la rédaction d’un article et les retours de la communauté scientifique, soit à travers des reviewers d’un article, soit à travers des questions lors de conférences, n’est pas montré. À la limite, dans une conférence, une personne reformulera la conclusion des travaux du héros et les jugera ridicules, sans plus d’arguments comme dans Une Merveilleuse histoire du temps. Encore une fois, cela ne rend pas compte de l’importance de la discussion entre scientifiques autour de résultats, pour leur acceptation par la communauté et de la constante remise en question des théories. Cela ne rend pas non plus compte du temps de la recherche, entre le moment où un scientifique a une idée de recherche et le moment où ses résultats sont rendus publics.

Par contre, un moment toujours présenté est l’expérience, l’observation ou les calculs pour les sciences plus abstraites (parce que les traitements statistiques des expériences ou des observations ne sont jamais montrés). Néanmoins, ces passages ne sont pas très longs en général pour éviter un effet répétitif. Un des contre-exemples est le film Experimenter , où l’expérience de Milgram est montrée pendant les 34 premières minutes. Cette durée permet de montrer différentes réactions des sujets, ainsi que de donner à voir la réalité des résultats (la proportion de personnes se soumettant et allant au bout de l’expérience).

Au-delà de montrer la science en train de se faire, le biopic est aussi un moment pour faire de la vulgarisation scientifique autour de la ou des découvertes scientifiques du héros et de pourquoi ces découvertes sont importantes ou ont marqué les sciences. Cela passe souvent par un moment « explication » du héros à l'intention d'un autre personnage. Régulièrement, cette explication est destinée à l’intérêt amoureux du héros. Ce type de scène a l’avantage d'avoir une justification et un vocabulaire non scientifique. Cependant, parfois, cette vulgarisation se fait à travers les discussions avec les pairs scientifiques. Mais alors, cette discussion se fera de préférence avec des scientifiques moins au fait du travail du héros (responsables administratifs, collègues travaillant sur d’autres problématiques) ce qui donne encore l’impression d’isolement du scientifique dans son travail.

Mais plus que de la vraie vulgarisation des idées du héros, les biopics proposent plutôt des anecdotes scientifiques. Souvent, le fond du travail des scientifiques est trop complexe pour vraiment l’expliquer donc le film pose la question centrale du travail comme le temps pour Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps ou les grands nombres pour Ramanujan dans The Man who Knew Infinity . De plus, les explications sont assez rapides et sont facilement oubliées, car elles apportent peu au récit.

On peut tout de même contrebalancer cette tendance par le film The Big Short : Le casse du siècle, même si ce n’est pas un biopic sur un scientifique (bien qu’un des personnages principaux soit un mathématicien). Ce film vulgarise des mécanismes économiques liés à la finance pour que le spectateur comprenne bien ce qui se passe et ce qui est dénoncé (l’enfumage des gens par un discours pseudosavant). Cette vulgarisation se passe par des pastilles qui sortent le spectateur de l’histoire et est présentée par une célébrité : une explication simple, mais qui se veut exacte. Cette compréhension du fait économique est importante à la compréhension des enjeux du film et donc oblige le spectateur à être attentif et à retenir cette explication, au contraire des biopics qui préfèrent s’intéresser plutôt à des défis plus personnels que scientifiques. Certes, ce choix s’explique par une volonté de toucher le spectateur et de lui permettre de s’identifier au scientifique sans lui faire « peur » avec de la science compliquée.

De fait, si le biopic montre une image positive du scientifique, il renforce l’idée que la science est un domaine complexe qui est inaccessible au commun des mortels et faisant du scientifique, une personne avec un savoir important. Cela est moins vrai pour les scientifiques des sciences humaines qui sont perçues comme moins complexes. Néanmoins, certains films sortent du carcan du genre du biopic et explorent plus la science comme l’excellent Experimenter.