L'étude de notre invité de ce soir a fait mouche dans les médias ces dernières semaines ; elle a fait la une de la presse plus et fait l'objet d'un article dans le Soleil, entre autre. Au sein de la communauté scientifique, en plus d'être publiée dans la revue Nature, elle va devenir une étude de référence. Son premier auteur, notre invité Yacine Kherdjemil, est doctorant en biologie moléculaire à l'IRCM et à l'Université de Montréal dans l'équipe de la Dre Marie Kmita.

Ils étudient le développement des membres et une famille de gène en particulier : les gènes Hox. Chez les animaux qui ont une symétrie bilatérale, les gènes Hox contrôlent l'architecture de l'embryon. Ils ne sont pas tous activés en même temps pendant le développement. Certains de ces gènes contrôlent le développement des membres et des nageoires.

La question principale au départ est : pourquoi a-t-on 5 doigts ? C'est l'une des questions les plus fascinantes de l'évolution des vertébrés. Tout commence lorsque les animaux aquatiques sont sortis de l'eau il y a plus de 350 millions d'années. Ils ont eu besoin de sortir pour plusieurs raisons, sans doute le besoin de se nourrir, mais aussi de trouver une nouvelle source d'oxygène, parce que les rivières et les fleuves étaient nouvellement peuplés de racines d'arbres, d'algues, de bactéries... grands consommateurs d'oxygène. Les poissons de l'époque ont alors développé des poumons et des doigts, des pattes. Ils sont devenus des tétrapodes, des animaux avec des membres.

Comment s'est passée cette transition ?

Une équipe de chercheurs de Chicago a récemment publié ses résultats suite à l'inactivation des gènes Hoxa13 et Hoxd13 chez le poisson-zèbre. Ils ont découvert le lien entre les rayons des nageoires et les doigts des mammifères. Les rayons des nageoires et les doigts ont un lien moléculaire, ce sont les mêmes gènes qui assurent leur formation.

Quand Hoxa13 ou Hoxd13 sont désactivés chez les souris, elles n'ont plus de doigts ; chez les poissons, ils perdent l'extrémité de leurs nageoires.

Yacine, lui, a activé le gène Hoxa11 chez la souris de la même façon qu'il est actif chez le poisson, en l’occurrence aux mêmes endroits que Hoxa13. Chez le poisson, ces deux gènes sont exprimés au même endroit, ils se chevauchent. Et que se passe-t-il quand Hoxa11 est activé de cette façon ? La souris présente 6 ou 7 doigts, comme chez nos ancêtres les premiers tétrapodes sortant de l'eau, qui avaient entre 6 à 8 doigts. D'ordinaire dans les doigts de souris, Hoxa11 est inactivé, et elle a 5 doigts. C'est donc la régulation du gène Hoxa11, son activation ou son inactivation, qui explique la transition qui nous confère 5 doigts et pas plus. Écoutez Yacine nous en dire plus !

On reçoit ensuite Aline et Cédric, deux employéEs du Centre des sciences de Montréal, en grève depuis fin mai, soit près de cinq mois, pour améliorer leurs conditions de travail. Ils demandent, par exemple, des journées de congés maladies. On fera le point sur leurs revendications et le projet d'ateliers scientifiques offerts aux écoles pendant la grève. On entend dans les médias tous les employés du vieux port, parce que les employés du Centre ne sont pas les seuls en grève. Le Centre des sciences, comme les parking alentours appartiennent à la même société de gestion immobilière du Canada. Société fédérale qui possède d'autres domaines, dont la tour CN à Toronto. Son but est lucratif, elle doit rapporter de l'argent au gouvernement fédéral. C'est là que le bât blesse, le Centre des sciences a, lui, une vocation éducative, scientifique et culturelle. Comme toute installation de ce type, son but premier n'est pas d'être rentable. Depuis 2012, il a été affecté par plusieurs changements, a perdu des postes d'éducateurs-trices et son service de création d'expositions. L'avenir est incertain et les démissions s’enchaînent... On leur souhaite du courage pour les prochaines semaine, avec tout notre soutien.

Pour sa chronique d'actualité des sciences, Marion Spée aborde la diffusion culturelle chez les bourdons et les mâles veuves noires qui préfèrent les jeunes… pour rester en vie.

À l’image des occurrences de Pi, il y a des choses dans la vie qui ne sont jamais finies et à trop y penser on a vite fait de tourner en rond… Petit tour de la question à la manière de Madame Cosinus pour sa deuxième chronique avec L’œuf ou la poule.

On termine l'émission avec la sélection de Carine pour l'agenda scientifique.

Pour écouter l'émission en baladodiffusion, suivez ce lien : http://www.choq.ca/episodemp3admin/36547/

Bonne écoute !

L’œuf ou la poule ?, l'émission scientifique de choq.ca, est diffusée tous les lundis à 20h sur la radio web de l'Université du Québec à Montréal. L'émission est ensuite disponible en baladodiffusion sur la page de l'émission . Retrouvez les chroniques en vidéo sur notre chaîne Youtube . Nous complétons les entrevues en partageant des photos, des articles et des vidéos sur facebook et twitter.