Voici une question un peu provocante mais pas totalement absurde. En dehors des qualités et des défauts purement artistiques que les films de science-fiction peuvent avoir (et dont nous n'allons pas parler ici), ils peuvent présenter des erreurs scientifiques qui se retrouvent ensuite dans la tête des spectateurs. C'est en tout cas ce qu'a montré un article paru dans la revue Journal of Science Education and Technology en 2006.

Dans cet article intitulé « The Impact of Science Fiction Film on Student Understanding of Science », cinq chercheurs du Boston College ont mené une expérience sur des écoliers américains (de 13-14 ans) à qui ils ont montré le film The Core de Jon Amiel (aussi connu sous les noms « Au cœur de la Terre » au Québec et « Fusion » en France et en Belgique).

Pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de voir ce film, voici un bref résumé de l'intrigue : pour des raisons inconnues, le noyau interne de la Terre s'est arrêté de tourner, entraînant une disparition progressive du champ magnétique terrestre et, « par conséquence », de multiples catastrophes tout autour du globe. Pour éviter la fin du monde, une équipe de scientifiques embarque dans un vaisseau ultra-moderne capable de se déplacer sous terre afin d'aller faire exploser une bombe atomique dans le noyau et ainsi relancer sa rotation. Une solution scientifique classique dans le cinéma hollywoodien.

Si certains éléments du film proviennent directement de l'imaginaire de la science-fiction, comme le vaisseau en « unobtainium » (un métal fictif), le film comporte beaucoup de simplifications et d'erreurs scientifiques. Cela va de la simple confusion dans le vocabulaire (« lave » à la place de « magma ») à des situations totalement impossibles d'après nos connaissances actuelles en géologie. Ainsi, dans une scène, le vaisseau des scientifiques traverse une « géode d'améthyste » : un espace vide au milieu du manteau terrestre. Or, en raison des pressions extrêmes que l'on rencontre dans le manteau, il est impossible que de tels « trous » se forment. Cet exemple n'en est qu'un parmi d'autres et les incohérences sont si nombreuses que certains se sont amusés à en faire la liste...

Revenons-en à l'expérience des chercheurs du Boston College. Celle-ci a été menée sur 80 écoliers qui suivaient un cycle de quatre semaines sur les sciences de la Terre. Le film a été montré à la moitié d'entre eux à l'issue de ce cycle et tous les élèves ont été plusieurs fois interrogés sur leurs connaissances en géologie (« Est-ce que tu sais où ont lieu les tremblements de terre ? », « Est-ce que tu peux me dessiner l'intérieur de la Terre ? », etc.). Les résultats de ces tests ont montré que ceux qui avait vu le film avaient plus de mal à comprendre la structure interne de la Terre que les autres alors qu'ils avaient tous suivis les mêmes cours. De plus, les élèves qui avaient vu The Core utilisaient principalement des éléments du film pour justifier leurs réponses alors qu'ils avaient eu plusieurs heures de cours et de travaux pratiques, ce qui révèle le fort impact du cinéma sur les spectateurs.

Les auteurs de l'article donnent trois causes possibles aux confusions des étudiants qui ont visionné le film : l'autorité scientifique du personnage principal, l'incompréhension basée sur la plausibilité et les effets spéciaux, plus mémorables que les travaux pratiques réalisés en classe. Le premier point est le plus intéressant. Le héros de The Core est le docteur Josh Keyes, professeur de géophysique à l'université de Chicago. Bien sûr, ce personnage, tout comme son grade, est totalement fictif et il ne dit que ce que les scénaristes ont écrit. Pourtant, ce titre prestigieux lui confère une véritable autorité scientifique auprès des élèves et la justification « le personnage est un professeur, il doit savoir ce qu'il dit » est récurrente. Cette autorité est renforcée par le fait qu'au début du film, Josh Keyes fait une description correcte de la structure générale de la Terre. Les élèves ont retrouvé dans cette scène ce qu'ils avaient appris en cours et se sont dit que si cette partie était vrai, le reste, qu'ils n'avaient pas vu en classe car faux, devait également être juste.

Cette étude montre a quel point le cinéma de science-fiction peut avoir un impact fort sur le public. Ici, un seul visionnement a suffit pour induire en erreur des élèves qui suivaient des cours de géologie. On peut imaginer que l'impact du film aurait été encore plus important sur un public non initié à cette discipline. Il faut donc toujours garder un esprit critique par rapport à ce que l'on voit au cinéma : le but premier des films de science-fiction n'est pas de faire apprendre des choses au spectateur mais de le divertir. Il ne faut donc pas s'étonner que parfois la véracité scientifique soit sacrifiée au profit du divertissement.