Adolescent, « j’avais pas demandé à venir au monde ! ». Bon, personne ne le demande, c’est vrai ! Mais avec un surplus d’attitude, une face pleine de boutons et une incapacité chronique à faire une phrase cohérente sujet-verbe-complément, disons que « j’étais pas sympathique » pour personne. Ma sœur Élise, qui a subi pendant des années mes passes de lutte me le confirmera des années plus tard. Grâce à moi, elle est pourtant aujourd’hui une femme accomplie. Ce qui ne tue pas rend plus fort, non ?

« J’étais donc pas du monde » et « j’aimais pas l’école ». Quel ado dirait ça de toute façon? Alors je me réalisais ailleurs. Bon, comme j’étais geek, ça passait par Donjon Dragon et les combats médiévaux fantastiques. Je lis tes pensées. Oui, je m’assume pleinement. « Ma gang et moi » avions même organisé une nuit blanche médiévale à l’école. Ça avait pogné « au boutte », même avec « les normaux » (pour vrai!). Quel gars « aime pas » en taper un autre en pleine tronche avec une épée (en mousse)? J’avais juste pas prévu que, le lendemain, les séries du hockey scolaire commençaient à 9h. Ça a été ma première rencontre avec le café. Un pot de yogourt de café. Le Red Bull n’existait pas à l’époque. 1 nuit blanche + 3 matchs de hockey = 0 présence d’esprit. Sérieusement, faites pas ça à la maison !

J’aimais bien le hockey. Faute de m’aider dans mes relations avec les filles, ça a probablement sauvé ma vie sociale. Et ça me permettait de me défouler, plus que des épées en mousse. Le hic, c’est que j’étais beaucoup trop courageux (lire : baveux) pour ma grosseur. Ça pis le fait que j’ai pratiqué le hockey avant que les commotions cérébrales ne soient « inventées ».

Même si j’étais « vedge » - on dit encore ce mot là ? -, il me restait assez de jugeote pour être « pas pire » à l’école. C’était le cas en anglais. Un prof de cette matière, M. Garantis, m’a même donné le goût de lire et d’aller au théâtre en me faisant écouter du punk révolutionnaire et en sautant au plafond à partir de son bureau. C’était avant les tableaux interactifs et la réforme de l’éducation.

Là où j’excellais vraiment, c’était en science et en math. Ces cours-là étaient « moins pires ». J’avançais vite, alors je pouvais jouer à Dragon Smaug, le genre d’Angry Bird de l’époque, sur ma calculatrice. Oui, avant les téléphones intelligents, on jouait à des jeux sur des calculatrices… Je lis tes pensées. Oui, c’était pénible. Quand même, un prof m’a convaincu que j’aimais ça la science. « Genre ». Assez en tout cas pour que, déjà, je commence à m’intéresser à la recherche scientifique, sans trop connaître ça. Je me suis donc inscrit en sciences de la nature au Cégep de Trois-Rivières. Les cours sont devenus plus concrets, je me suis rapproché de mes intérêts et, surtout, j’ai quitté la maison de mes parents (YEAH!). La lumière se pointait au bout du tunnel. Et un gros nuage.

Au milieu de mon Cégep, pour la première fois, mon père ne nous a pas accompagnés au championnat canadien de balle rapide. J’ai eu une de mes pires performances en carrière. Malgré tout, on a fini 4e, tout juste au pied du podium. La pire position pour certains. La plus cruelle, apparemment. Après la défaite crève-cœur, un spectateur viendra nous féliciter et nous dire qu’« au moins, vous avez la santé ! ». « J’voulais le frapper ». Avec du recul, il avait raison.

Pendant qu’on jouait, mon père s’occupait de ma mère. Le diagnostic était tombé quelques semaines avant le championnat : cancer des ovaires. 40 % de chance de survie à 5 ans. 40 %, c’est comme un frappeur qui frappe quatre (4) coups sûrs en dix (10) présences. Une moyenne digne des stars des ligues majeures. Dans ma tête, y’en avait pas de problème.

En tout cas, pour mon choix de carrière, y’en avait de moins en moins. La recherche m’intéressait. Dorénavant, ce sera la recherche… biomédicale.

À la prochaine!