Laissez-moi vous parler un peu de mes recherches à titre de nutritionniste. La professeure au département de nutrition de l’Université de Montréal que je suis, mise sur la pertinence et l’utilité des résultats à découvrir pour entamer de nouvelles recherches.

Si certains chercheurs ont des laboratoires et des animaux, ce n’est pas mon cas. Mes outils de travail sont l’Internet et l’être humain. Internet me permet de me tenir à jour sur les recherches portant sur les divers sujets qui m’intéressent, tels que les comportements alimentaires.

Chaque jour, je reçois des courriels décrivant des recherches publiées sur ces sujets. Je regarde le tout - rapidement car je pourrais y passer la journée - et je m’attarde sur certaines recherches plus que sur d’autres. Je trouve ainsi des idées de recherche ou des tendances à étudier pour lesquelles nous avons peu de données.

Mes étudiants, guidés par moi, se concentrent ensuite sur un sujet et ensemble, nous trouverons un bon angle de recherche. Je trouve aussi du matériel pour mettre à jour mes cours.

Les coulisses de mon travail

Règle numéro 1 : le sujet de la recherche doit être passionnant pour l’étudiant, et pas seulement pour moi, car il va passer plusieurs mois sur le sujet… à lire, à colliger des données, à analyser des données et en faire une discussion. Le tout donnera un travail d’environ 100 pages lorsque l’étudiant est à la maîtrise.

Règle no 2 : Il faut vite apprendre à organiser ses idées de manière claire pour bien les écrire et apprendre aussi à maîtriser les bons outils pour analyser les données. Mais le tout s’apprend avec de bonnes méthodes de travail qui se développent dès le secondaire, par exemple l’écriture.

Je n’ai pas de laboratoire avec des animaux mais les humains de tous les âges, et de toutes les cultures, sont sollicités pour mes travaux. Je rassemble souvent les résultats de nombreuses entrevues individuelles et plusieurs centaines de questionnaires complétés. Cela représente donc des heures de plaisir pour donner un sens à ces « trésors » rassemblés sur ma table – ou dans mon ordinateur.

L’assiette des solitaires

Une de mes étudiantes s’est penchée sur les comportements alimentaires des hommes de 18-24 ans qui vivent seuls en appartement. Ce fut le premier projet de recherche où nous avons demandé aux participants de prendre des photos et de nous les remettre. Eh oui, nous voulions des photos de l’intérieur de leur frigo ! De leur congélateur ! De leurs bacs à recyclage ! Des endroits où ils mangent, etc.

Une fois les photos prises, ils sont venus individuellement rencontrer l’étudiante en entrevue pour répondre à un certain nombre de questions. Je peux vous confirmer que si je vous demande de me parler de vos habitudes et que vous le faites en regardant avec moi des photos que vous avez vous-mêmes prises, vous serez très jasant.

Nous avons analysé la méthode et ce qu’ils nous racontaient. Très peu de chercheurs s’intéressent aux hommes... même s’ils mangent aussi ! Encore moins de chercheurs s’intéressent aux comportements alimentaires des personnes qui mangent seules. Et très peu utilisaient alors la caméra! Nous avons fait le mélange des 3. Vous aimeriez voir des photos j’en suis certaine…. Vous pouvez en voir quelques-unes ici dans un article scientifique que nous avons publié.

Blogues et boîtes à lunch

D’autres exemples en rafale … celui de notre amie la boîte à lunch. Nous avons mené des entrevues avec des mères pour qu’elles nous rapportent leurs expériences avec la boîte à lunch. Un véritable cauchemar pour vos mères !

Plus amusant encore, une analyse de contenus de blogues tenus par des femmes qui abordent la nutrition. Eh oui, les blogues s’analysent et nous révèlent bien des choses. Une analyse des articles parus dans le magazine Châtelaine entre 1960 et 1990 abordant la nutrition et l’alimentation. Un retour dans le passé !

Vous êtes curieux, allez voir sur le site des Bibliothèques de l’Université de Montréal quelques travaux des étudiants ayant fait leur maîtrise et leur doctorat en nutrition que vous pouvez lire dans leur version intégrale - lisez ici. Des heures de plaisir car vous pouvez circuler dans différentes disciplines.

Mes étudiants sont aussi curieux que moi, quelques fois nerveux à l’idée de mener des projets d’envergure mais nous y allons une étape à la fois. Lorsque nous avons toutes les données, c’est avec créativité qu’ils les analysent et en discutent. Lorsque la maîtrise est complétée ils sont très fiers du chemin parcouru. Leurs amis et leurs parents le sont également.

Qui sait, vous serez peut être l’un deux dans les prochaines années. Rappelez-moi alors que vous aviez lu ce billet. J’ai le temps de vous enseigner d’ici ma retraite!