Vous allez pouvoir continuer à tartiner vos toasts tranquilles. Selon une récente revue de la littérature scientifique, le gros de la recherche, à l’encontre de la croyance populaire, conclut que cela n’augmente pas les risques de maladies cardiaques.

Les origines de cette nouvelle

Il s’agit d’une méta-analyse — c’est-à-dire une synthèse d’autres études — portant sur des cohortes réparties dans 15 pays, totalisant 636 151 participants. Elle suggère que s’il existe un lien, il est très faible — et plusieurs des études penchent plutôt vers une absence de lien entre la consommation de beurre et les risques de maladies cardiovasculaires, le diabète et la mortalité. Par exemple, au sein de deux de ces études, totalisant 379 763 participants, chaque cuillerée de beurre (14 g) par jour augmenterait de seulement 1 % la mortalité générale. La méta-analyse a été rapportée par le magazine StatNews.

Les chercheurs américains et australiens concluent donc que ces résultats ne soutiennent pas l’emphase souvent mise dans les guides alimentaires sur la nécessité d’augmenter ou réduire la consommation de beurre.

« C’est une méta-analyse bien faite. Les gras suscitent tout un débat, c’est un peu la bête noire de l’alimentation », rappelle Marie-Josée Leblanc, nutritionniste et coordonnatrice chez Extenso, le Centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal.

La remise en question d’une diabolisation

Les recommandations alimentaires mettent souvent l’accent sur la nécessité d’éviter les gras saturés, trouvés dans les produits animaliers comme la viande rouge et les produits laitiers, dont la consommation augmente depuis les années ’70 dans de nombreux pays développés. Pourtant, la plupart des études sont aujourd’hui plus nuancées et questionnent ce que d’aucuns appellent une diabolisation des gras saturés.

Deux études québécoises se sont par exemple penchées sur les laitages et le gras laitier et leur impact sur le risque cardio-métabolique, dans le cadre de deux revues systématiques de la question publiées en novembre dans Advances in Nutrition. « Nous n’avons pas trouvé de données qui soutiennent les recommandations des guides alimentaires affirmant qu’une consommation riche en gras serait mauvaise pour le cœur », rapporte l’un des chercheurs, l’étudiant au doctorat en médecine expérimentale à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’Université Laval, Jean-Philippe Drouin-Chartier.

Pour les six maladies étudiées, ces chercheurs ont conclu que le risque était plutôt neutre ou diminuait les risques de maladies ; une des études a conclu à l’absence de bénéfice pour un régime faible en gras. Avec « une saine alimentation, tels que de nombreux fruits et légumes et des aliments non-transformés, cela ne devient plus un enjeu. Évidemment, le gros bon sens commande de ne pas faire d’excès », explique Jean-Philippe Drouin-Chartier.

La question de la condamnation possiblement prématurée du gras saturé était également posée dès 2014 par le journaliste Jean-François Cliche : « qui dit gras saturé dit mauvais cholestérol. Et qui dit mauvais cholestérol dit aussi culpabilité ».  Dans les faits, de nombreux chercheurs remettent en question « l’acharnement nutritionnel envers les gras saturés », comme on le lisait aussi en 2014 sur Extenso.

D’où vient la rumeur ?

Depuis les années ’60, un dogme s’est établi en faveur de la consommation des gras végétaux, qui seraient meilleurs pour le cœur que les gras animaliers. L’étude qui pourrait être à l’origine de ce dogme, l’expérience coronarienne du Minnesota (Minnesota Coronary Experiment, 1968-1973), a consisté à remplacer les gras saturés animaliers par de l’acide linoléique — un acide gras polyinsaturé oméga-6 — issu d’huile de maïs et de margarine polyinsaturée de maïs auprès de 9 570 adultes.

Toutefois, une réévaluation des données de cette étude publiée en avril par un chercheur des Instituts américains de la santé a plutôt démontré le contraire. L’équipe de Christopher Ramsden a conclu que les bénéfices de choisir des gras polyinsaturés étaient plus réduits que l’on pensait.

Le verdict

« Un aliment n’est pas mauvais en soi, explique la nutritionniste Marie-Josée Leblanc. Il faut le prendre dans le continuum de l’alimentation quotidienne. Si on consomme du beurre au quotidien, ce n’est pas pire qu’un autre mais cela reste un gras — et tout comme le sucre que cela soit du miel, du sirop d’érable, etc.— il importe de s’attacher à en prendre de manière modérée pour continuer à le savourer. »

Le beurre canadien a une mauvaise réputation, particulièrement depuis l’étude d’un chercheur canadien avançant qu’il serait riche en gras polyinsaturés — les fameux oméga-6 — à cause de la diète alimentaire de nos bovins. Inquiétant ? Pas pour le chercheur lui-même, Sanjoy Ghosh, de l’Université de Colombie-Britannique qui, interrogé par la CBC, nuance ses propos tout en pointant notre production céréalière comme cause probable du problème. Lui aussi soutient qu’il n’est toutefois pas plus mauvais de consommer du beurre que des huiles végétales et autres gras alternatifs.

La consommation de beurre par habitant est relativement stable au Canada (2,8 kg par an en 2015), bien que plus élevée que celle des États-Unis, du Mexique et des pays d’Amérique du Sud. Elle reste inférieure à de nombreux pays d’Europe, particulièrement la France (8 kg par personne en 2015).

Durant les fêtes, cette consommation serait plutôt à la hausse, ce qui a même poussé la Commission canadienne du lait à en importer l’an dernier. De quoi faire de nombreux petits biscuits de Noël !

 

Isabelle Burgun