Peut-on détecter un cancer par une simple prise de sang ? Rien de nouveau, on le fait pour le cancer de la prostate. Mais un seul test pour les huit cancers responsables de la majorité des décès par cancer suffisamment précocement pour en guérir les porteurs ? Cela est envisageable dans les prochaines années. Un groupe de chercheurs dirigé par Nickolas Papadopoulos de l’Université John Hopkins a publié une étude décrivant la mise au point d’un nouveau test, CancerSeek, le 18 janvier 2018 dans la prestigieuse revue Science.

Cette étude a été réalisée en analysant certains marqueurs dans le sang de 1005 patients atteints de cancers de l’ovaire, du foie, de l’estomac, de l’œsophage, du pancréas, du côlon (incluant le rectum), du poumon et du sein et de 812 donneurs sains. L’originalité de l’approche des chercheurs réside dans le fait que des protéines et de l’ADN tumoral circulant ont été analysés simultanément et ont fait l’objet d’analyses algorithmiques complexes. Ce test a permis de détecter plus de 90 % des cancers de l’ovaire et du foie, mais seulement 33 % des cancers du sein. La performance médiane pour l’ensemble des cancers est de 73 %. Sept volontaires sains sur 812 ont eu des résultats positifs : le test ne détecterait pas de cancer à tort dans 99 % des cas. La performance du test était également affectée par la quantité de tissu tumoral, les cancers les moins avancés (stade 1) n’étant détectés, en moyenne, que dans 43 % des cas.

Du laboratoire à l’utilisation clinique

On peut émettre quelques réserves quant à l’application clinique de CancerSeek : les seuils de positivité du test ont été établis chez des patients qui étaient traités pour des cancers et la cohorte de volontaires sains était sélectionnée. Il n’est pas exclu que les taux de faux positifs (patients avec un test positif, mais sans cancer) soient plus élevés dans une population plus générale qui peut être atteinte d’autres maladies, inflammatoires, par exemple, qui pourraient affecter des marqueurs analysés. 

Tout bien portant est un malade qui s’ignore ?

Une autre question qui se posera : doit-on dépister des cancers qui n’auront peut-être pas d’impact sur la vie des gens ? Détecter des petites tumeurs ne permet pas forcément d’établir si elle entraîneront des symptômes chez les personnes qui en sont atteintes : lors de la pratique d’autopsies, il est fréquent de détecter fortuitement des cancers qui ne sont pas en relation avec le décès ou les symptômes des personnes décédées. Le cancer de la prostate, que l’on retrouve chez plus de 30 % des hommes de plus de 75 ans, n’entraîne pas forcément le décès ; l’utilisation du dosage de l’antigène prostatique spécifique (APS) dans le dépistage du cancer de la prostate nécessite certaines précautions.

Dépistage et diagnostic

Un test de dépistage positif nécessite des investigations supplémentaires pour confirmer qu’il y a bien un cancer et en préciser la nature. Des radiographies, des tomodensitométries (ou « scanner ») et ultimement une biopsie, un prélèvement de la lésion que l’on estime être une tumeur, sera analysée par un pathologiste pour permettre de choisir le meilleur traitement.

Les mammographies et les coloscopies sont encore là pour quelque temps !