1791. Emilia Regina, une esclave d'origine africaine, et son fils métis de 7 ans, Hans Jonatan, fuient l'île de Sainte-Croix dans les Antilles danoises (aujourd'hui les Îles Vierges des États-Unis) pour rejoindre le Danemark et une vie meilleure. L'intégration reste difficile dans la mère patrie. À l'âge de 17 ans, Hans s'enrôle dans la marine danoise. Malgré son patriotisme, il est toujours considéré comme esclave. En 1802, il immigre en Islande pour vivre en homme libre. Il laissera les traces de ses racines africaines dans le génome de ses descendants islandais.

Une équipe de généticiens de l'Université de Reykjavik et de la compagnie deCODE genetics a reconstruit une partie de la portion maternelle africaine du génome de Hans Jonatan par le biais de l'analyse génétique de 182 de ses descendants. Le résultat de ces recherches est publié dans le numéro de février 2018 de la revue Nature Genetics.

L'étude a été réalisée en exploitant les données génétiques du peuple islandais conservées dans les banques de données de la compagnie deCODE genetics. Depuis sa fondation en 1996, cette compagnie a rassemblé les données de plus de 160 000 volontaires qui représentent plus de la moitié de la population islandaise adulte. Ces données génétiques ont déjà permis des percées considérables dans l'identification de gènes de susceptibilité aux maladies sans toutefois échapper à la controverse.

Sauf pour les apports de l'immigration très récente, le génome islandais est très homogène, ce qui en fait un outil précis pour les études génétiques. Par exemple, les portions d'origine africaine du génome des descendants de Hans Jonatan portent des variations génétiques complètement distinctes du génome islandais de référence. Ces différences permettent d'identifier ces portions comme les morceaux éparpillés d'un casse-tête. L'équipe de généticiens a reconstruit plus de 38 % du génome maternel de Hans Jonatan en replaçant les morceaux de ce casse-tête.

Les généticiens ont également comparé le génome de Hans avec ceux de représentants de différentes populations africaines. Les résultats suggèrent que sa mère Emilia, ou les parents de celle-ci venaient probablement du Bénin, du Nigéria ou du Cameroun.

Selon les auteurs de l’étude, il s'agit du premier exemple de reconstruction du génome d'un ancêtre né il y a plus de deux siècles à partir de l'ADN de ses descendants. Cet exploit ouvre la porte aux études virtuelles de l'ADN fossile, c'est-à-dire à l'étude de l'ADN d'êtres vivants depuis longtemps disparus sans avoir accès à des biospécimens fossilisés. La technique pourrait non seulement être utilisée pour reconstruire le génome de personnages historiquement intéressants, mais également celui d'individus médicalement intéressants pour lesquels il est impossible d'avoir un échantillon d'ADN.

Il faudra attendre encore un peu pour connaître l'étendue de l'héritage d'Emilia et de Hans.