Pas besoin d’alcool pour perdre la tête en altitude; il suffit d’y être! C’est ce qu’une équipe de chercheurs en psychiatrie de la Medical University Innsbruck en Autriche a démontré dans son étude sur la psychose isolée de haute altitude publiée au début de décembre 2017 dans la revue Psychological Medicine.

Similaire à l’ivresse des profondeurs dont peuvent être victimes les plongeurs, l’ivresse des montagnes ou psychose isolée de haute altitude est elle aussi un trouble neurologique dont les symptômes s’apparentent à ceux de la schizophrénie. Certains alpinistes rapportent avoir eu des hallucinations auditives et visuelles et d’autres ont subi la perte de toute rationalité et de contact avec la réalité. Il ne serait donc pas surprenant de voir des alpinistes se déshabiller pour faire un bain de neige une fois parvenus au sommet ou encore décider de sauter en bas de la montagne pour redescendre plus rapidement!

Jusqu’à ce jour, de nombreux épisodes psychotiques avaient été observés chez des alpinistes en haute et extrême altitude, mais jamais analysés cliniquement en profondeur et reconnus comme étant un trouble psychologique distinct associé à un diagnostic médical. Ce trouble apparaît le plus souvent à des altitudes supérieures à 7000 mètres, mais dans certains cas il a été observé à partir de 3500 mètres. Il résulte d’une difficulté pour le corps humain à s’adapter à un gain trop rapide d’altitude. Il n’aurait cependant rien à voir avec l’œdème cérébral de haute altitude, soit un manque de coordination neuromusculaire accompagné d’un trouble de l’état de conscience, ou le mal aigu des montagnes, caractérisé par des mots de tête, des vertiges, des nausées, des troubles du sommeil et une perte d’appétit.

Malgré que les causes précises de cette psychose soient encore inconnues, la combinaison d’un gain rapide en altitude avec certains facteurs environnementaux auxquels se retrouvent fréquemment exposés les alpinistes, tels que la privation de nourriture, les engelures et la prise d’oxygène pressurisée, ont été étudiés. Les chercheurs de la Medical University Innsbruck ont démontré qu'ils affectaient tous significativement l’incidence de la psychose isolée de haute altitude.

Bien qu’entièrement réversibles, les épisodes psychotiques entraînaient dans la presque totalité des cas, des accidents ou des blessures physiques survenant pendant la psychose. Pour éviter tout problème lié à l’altitude lors de l’ascension, l’Himalayan Rescue Association recommande une montée d’un maximum de 300 à 400 mètres par jour, des paliers d’acclimatation d’une durée d'une journée à chaque 1000 mètres d’ascension, une utilisation adéquate de l’oxygène pressurisée, beaucoup de repos, une diète riche en hydrates de carbone, éviter l’alcool et boire de 3 à 4 litres d’eau par jour.

À la vue de la découverte des chercheurs autrichiens, les amateurs d'alpinisme peuvent s'attendre à avoir littéralement la tête dans les nuages lors de leur prochaine expédition en haute altitude !