Nous sommes en Eurasie, il y a 40 000 ans. Au moins trois espèces humaines se partagent le territoire : les Néandertaliens, les Dénisoviens et les Homo sapiens, nos ancêtres. Il y a des rencontres, il y a des échanges. Si aujourd’hui deux de ces espèces sont disparues, des traces de leur passage persistent, au-delà du registre fossile et jusque dans le génome humain.

Une équipe de scientifiques américains, menée par la Dre Sharon Browning, a étudié les génomes de différentes populations humaines préhistoriques et montré que tout comme les Néandertaliens, les Dénisoviens se sont reproduits avec les homo sapiens, et ce, à au moins deux occasions.

Les Homo sapiens, les Néandertaliens et les Désoviens partagent tous un ancêtre commun qui vivait en Afrique il y a 700 000 ans. Des représentants de cette espèce ont évolué pour devenir les Homo sapiens. Les experts suggèrent que la migration des Homo sapiens vers l’Eurasie la plus significative a eu lieu il y a 60 000 ans.

En comparaison, certains représentants de cet ancêtre commun ont migré hors d’Afrique beaucoup plus tôt, il y a environ 500 000 ans. Les migrants se sont ensuite scindés en deux groupes. Un groupe a migré vers l’ouest de l’Asie et vers l’Europe pour devenir les Néandertaliens. L’autre groupe, qui est parti vers l’est, a engendré les Dénisoviens.

Les fossiles connus de ces mystérieux Dénisoviens totalisent trois molaires et un doigt, tous découverts dans la grotte de Dénisova en Sibérie. Par comparaison, les archéologues ont découvert les restes de plus de 300 Néandertaliens à divers endroits en Europe, en Asie et au Moyen-Orient.

Les experts ont extrait de l’ADN de ces fossiles pour réaliser des analyses génétiques telles que le séquençage des génomes néandertalien et dénisovien. Les analyses pour découvrir les liens entre les différents groupes humains préhistoriques se sont jusqu’à présent basées sur ces génomes de référence. Les analyses comparatives entre les génomes néandertaliens, dénisovien et celui de populations humaines ont permis de découvrir qu’environ 2 % du génome des non-Africains est constitué d’ADN néanderthalien et que 5 % du génome des Océaniens est constitué d’ADN dénisovien.

La nouvelle technique d’analyse génétique développée par la Dre Browning, Professeur à l’Université de Washington, permet d’identifier les traces des anciens humains sans génome préhistorique de référence. La technique se base plutôt sur l’identification, dans les génomes humains modernes, de certaines combinaisons de mutations génétiques caractéristiques des espèces humaines préhistoriques.

À la suite des analyses de 5639 génomes humains provenant de différentes populations d’Eurasie, Dre Browning a détecté l’ADN provenant de deux ancêtres denisoviens distincts. Le premier a contribué au génome de tous les Asiatiques et Océaniens. Le deuxième a seulement contribué au génome des populations est-asiatique (Chine, Japon, Vietnam).

Les résultats de l’étude du Dre Browning suggèrent que les épisodes de reproduction interespèce n’ont pas été des évènements isolés et se sont produit assez fréquemment pour avoir un impact sur le génome humain. Ses analyses génétiques révèlent également que les portions du génome humain qui proviennent de Néandertaliens sont enrichies en gènes impliqués dans le système immunitaire. Ce constat suggère que les gènes des humains préhistoriques ont favorisé l’adaptation des Homo sapiens aux conditions de vie du nouveau continent.

Malheureusement, les circonstances entourant la disparition des espèces humaines préhistoriques resteront peut-être toujours nébuleuses, mais force est de constater que nous n’arrêterons pas d’essayer de comprendre pourquoi nous sommes toujours là.