SAO PAULO, Brésil – La pollution ferait plus de morts à São Paulo que les accidents de la route... et le sida combinés! Quelque 7000 personnes meurent chaque année de complications diverses causées par la pollution de l’air dans cette mégalopole de 20 millions d’habitants.

Et le grand responsable? L’automobile. Les 6 millions de véhicules généreraient 80% des polluants dans l’air. Et comme le rappelle le Dr. Paulo Saldiva, la voiture n’est pas seulement polluante; elle est inefficace : « au 16e siècle, on se déplaçait à cheval à environ 12 km/h. Aujourd’hui, on atteint le même rendement… en voiture! »

« En 2007, il fallait en moyenne 1 heure 45 minutes à un Pauliste (habitant de São Paulo) pour se rendre à son travail chaque jour. En 2008, la moyenne a atteint 2h10! » a soulevé le Dr. Saldiva, qui ne possède pas de voiture... mais cinq bicyclettes!

On doit à ce pathologiste de l’Université de São Paulo la création récente de l’Institut national d’analyse intégrée des risques liés à l’environnement (Instituto National de Analise integrada do Risco Ambiental) : « 60 projets seront mis sur pied pour identifier les responsables, les victimes et les coûts de la pollution à São Paulo », lisait-on le 19 janvier dans le journal Metro de São Paulo (www.metropoint.com).

« Quels sont les facteurs de vulnérabilité de ce 10% de la population gravement affecté par le haut taux d’ozone? Quelles sont les caractéristiques de cette population en terme d’âge, de nombre de maladies déclarées, de profil génétique, etc.? C’est le type de questions auxquelles notre institution veut être capable de répondre », a indiqué le Dr. Saldiva, également coordonnateur du Laboratoire expérimental sur la pollution atmosphérique de la Faculté de médecine de l’Université de São Paulo.

Sao Paulo est la sixième plus grande agglomération urbaine du globe (environ 20 millions d’habitants), derrière Tokyo (Japon), New York , Mexico, Séoul (Corée) et Mumbai (Inde).

Agir sur différents fronts

La particularité de cette entité? Son approche intégrée : différentes approches doivent être prises en compte. « En tant que scientifique, je peux mesurer les risques liés à la pollution, mais il faut ensuite trouver des solutions. Et pour cela, on a besoin d’ingénieurs, de chargés de projets, etc. Sonner l’alarme, ça n’est plus assez; il faut changer les croyances et savoir communiquer afin d’atteindre nos différents publics : 1) les scientifiques, 2) les fonctionnaires et les politiciens, 3) les journalistes et les communicateurs, 4) la population. »

Grâce à un budget de 3 millions de réais (environ 1,6 million $ canadiens), venu du secteur public (FAPESP, la Fondation de soutien à la recherche de l’État de Sao Paulo), du privé et de l’étranger (Université Harvard), l’institut mobilisera 50 organisations brésiliennes et quelque 90 scientifiques. D’ici 6 mois, les premières conclusions commenceront à circuler, mais il faudra attendre 3 ans avant qu’elles soient toutes disponibles.

Faire entrer le facteur humain dans l’équation

Il faut à présent, insiste le Dr Saldiva, que le facteur humain soit pris en compte dans le coût des produits fournis par différentes industries, à commencer par celle de l’industrie automobile. Il estime à environ 800 millions $ canadiens le coût annuel des frais d’hospitalisation liés à la pollution.

Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. D’autres pays très peuplés comme l’Inde et la Chine, tendent eux aussi à s’occidentaliser… et à s’acheter des voitures. D’énormes répercussions environnementales en perspective pour ces pays, mais aussi pour le reste de la planète.

Références:


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