En 12 ans, le nombre de personnes décédant du sida au Brésil a diminué de moitié, rapportait Le Monde récemment. Sur le site de « MST-SIDA » du Brésil, on indique que l’espérance de vie pour les personnes atteintes est passée de 5 à 58 mois. Bien qu’il y ait toujours plus de 600 000 personnes atteintes au pays de Lula, la prévention, l’éducation, la distribution de condoms, le dépistage et surtout, l’accès gratuit aux soins a grandement freiné la pandémie. Le modèle brésilien de lutte contre le sida est à présent cité en exemple par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Médecins sans frontières.

Rappelons que le gouvernement brésilien a voté en 1996 pour un accès universel et gratuit aux traitements pour les personnes atteintes du VIH-sida. Ce faisant, il créait un précédent dans la lutte contre le sida au sein des pays émergents.

Le Brésil contre les Big Pharma

Il faut dire que le Brésil s’est lancé dans une guerre ouverte face aux compagnies pharmaceutiques, surnommées Big Pharma. C’est que le pays n’avait pas les moyens financiers pour traiter sa population malade. Il a donc décidé de ne pas respecter les brevets de certains médicaments afin de produire des médicaments génériques : on appelle ainsi des « copies » de médicaments originaux.

C’est qu’en vertu de certaines clauses de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la propriété intellectuelle, le Brésil pouvait outrepasser ces règles en raison d’un état d’urgence au pays; la prévalence du sida chez les adultes rejoignait presque celle de l’Afrique du Sud, qui était alors d’environ 20%. Depuis 2000, le taux de personnes atteintes du virus s’est stabilisé à 0,5%

Les pays émergents s’organisent

Josianne Gauthier, pharmacienne travaillant avec des patients atteints de VIH-sida à Montréal, explique le contexte : « Il faut comprendre qu’au Brésil, le pourcentage de personnes qui avaient accès aux traitements était tellement faible – oubliez l’assurance maladie et l’assurance médicament comme c’est le cas au Canada – que le pays a décrété l’état d’urgence pour pouvoir contourner certaines règles mises en place par l’OMC. Résultat? Le Brésil produit à présent ses propres médicaments génériques contre le sida ou bien les achète de pays en voie de développement comme l’Inde ou la Thaïlande.

Justement, en septembre dernier, le Bureau des brevets brésiliens refusait la demande de brevet pour le médicament tenofovir disoproxi fumarate (TDF) de la compagnie pharmaceutique américaine Gilead Science, qui aurait coûté 1387$ par an par patient. Le Brésil s’est alors tourné vers l’Inde, où des compagnies offrent un équivalent générique à 158$ par an par patient. Par cette action, le Brésil contribuait une fois de plus à faire baisser le prix des médicaments antirétroviraux (VIH-sida) dans le monde.

Les prochains défis de la lutte contre le sida

«Environ 600 000 Brésiliens sont aujourd’hui porteurs du VIH, sans compter les personnes qui ignorent être porteuse du virus. Cela pourrait se traduire par une facture de 520 millions$, si toutes devaient être soignées par le cocktail d’antirétroviraux produit par les Big Pharma. »

Mais même si le Brésil aimerait bien se passer des Big Pharma, il lui est difficile de se les mettre complètement à dos. Selon la pharmacienne Josianne Gauthier, il deviendra de plus en plus difficile pour le Brésil de satisfaire les besoins en médicaments des personnes atteintes de sida : «la médecine est à présent confrontée à des souches de virus qui ont déjà été traitées; elles se trouvent à être résistantes aux médicaments. Il devient donc extrêmement coûteux de traiter ces patients car ils ont besoin des derniers traitements disponibles sur le marché.»

Un autre des effets perfides des médicaments génériques, c’est qu’il deviendra encore moins intéressant pour les compagnies pharmaceutiques d’investir en R&D pour des maladies touchant surtout les pays en voie de développement (dengue, chagas, malaria, fièvre jaune, etc.). À quoi bon développer ce créneau si de toute façon, les acheteurs potentiels ne paieront pas pour les brevets?

Donner au suivant

Le Brésil veut à présent transférer son expertise de fabriquant de médicaments génériques au Mozambique, soit le pays de langue portugaise le plus atteint par le sida. Pedro Chequer, le coordonateur du Brésil du Programme des Nations Unies sur le VIH/SIDA, estime que le Mozambique pourra produire tout genre de médicament sans aucune restriction, parce qu’il n’a pas signé le Droit international des brevets. Farmaquinhos, une entreprise pharmaceutique brésilienne responsable de production et de distribution gratuite des médicaments antirétroviraux au pays, assumera la responsabilité de ce projet, qui impliquera la construction d’une usine de production de médicaments génériques, dans ce pays africain un taux de prévalence du sida de 16,2%.

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