Avec le début chargé de la session à l'université, je n'ai malheureusement pas eu le temps de reprendre mes billets aussi tôt que je l'aurais souhaité. J'espère me rattrapper dans les prochaines semaines.

Ceci dit, comme l'a mentionné Yvan Dutil, j'ai participé à une conférence d'astrobiologie en juillet dernier. Cette conférence, intitulée "Bioastronomy 2007", s'est déroulée à Porto Rico sur une période de 5 jours et a réuni près de 250 spécialistes en astrobiologie. Yvan a d'ailleurs publié le journal de bord de Stéphane Dumas qui participait aussi à la conférence. Voici mes propres impressions.

Contrairement à la plupart des domaines scientifiques, l'astrobiologie est une science multidisplinaire. En général, les astrobiologistes sont donc des spécialistes dans une (parfois deux) discipline bien précise (et souvent étroite), mais pas dans les autres. Les conférenciers doivent donc s'assurer que leur présentation soit suffisamment simple pour être compréhensible par la vaste majorité des auditeurs non-experts, tout en étant assez étoffée pour les collègues paratgeant la même expertise. Tout un défi!

Le défi de la communication interdisciplinaire a été relativement bien relevé par la vaste majorité des conférenciers. Il y a eu quelques petits accrochages, surtout lorsqu'un conférencier s'aventurait à faire des commentaires dans un domaine hors de son champ d'expertise. Mais dans l'ensemble toutes les interventions étaient pertinentes et à point.

Deux éléments ont particulièrement retenus mon attention au cours de cette conférence. Le premier est celui de la recherche de vie sur la planète Mars. Dans ce dossier, la piste à suivre, telle que proposée par la NASA, est celle de l'eau. Puisque la vie sur notre planète dépend essentiellement de la présence ou non d'eau, la logique dicte que la détection d'eau sur Mars serait un préalable essentiel à celle de la vie sur cette planète. Les diverses sondes envoyées vers et sur Mars ont donc pour objectif de caractériser les milieux humides présents ou passés. Comme on s'en doute, l'interprétation et la présentation des résultats montrent une grande diversité et beaucoup de divergences. Il y a essentiellement deux écoles de pensées, soit celle de la NASA et celle de l'ESA (agence spatiale européenne). Jean-Pierre Bibring, chercheur principal pour la sonde européenne Mars Express a d'ailleurs fait une présentation particulièrement incisive surtout en ce qui à trait à la présence et à l'emplacement géographique des minéraux hydratés sur Mars. Les divergences d'opinion qu'il a relevé entre l'interprétation de la NASA et celle de l'ESA sont cruciales pour le succès des missions à venir sur la planète rouge, surtout celles visant à y détecter la vie. Étant donné les coûts exhorbitants des missions vers Mars, il faut espérer que les divergences pourront être gommées avant que les missions à "caractère biologique" soient lancées vers Mars.

L'autre aspect qui m'a frappé lors de cette conférence est le peu d'emphase mis sur la détection de formes de vie intelligente ailleurs dans l'Univers. Lors de la conférence, la session "SETI" était la dernière de la semaine (le vendredi après-midi). En général, la dernière session d'une conférence est celle qui attire le moins d'auditeurs puisque plusieurs ont déjà quitté. Par effet "boomerang", puisqu'il y aura moins d'auditeurs lors de la dernière session, les organisateurs programment souvent le sujet le moins percutant pour cette dernière. Le simple fait de programmer un thème pour la dernière session est donc une indication que ce thème est considéré comme moins important.

Il peut sembler étrange que la perception de ce thème, qui apparait souvent comme le plus intéressant de l'astrobiologie, du moins au yeux du grand public, soit désormais moins excitante pour les spécialistes du domaine. Mais elle s'explique aisément.

L'astrobiologie a longtemps été identifiée à la recherche de la vie intelligente dans l'Univers. En fait, mis à part les programmes de recherche de style SETI (détection de signaux radios en provenance de civilisations extraterresttes), il n'existait pratiquement aucun autre domaine de recherche en astrobiologie. Cependant, au cours des 20 à 30 dernières années, l'astrobiologie s'est étendue à l'étude de l'origine et de l'évolution de la vie sur Terre en incluant la biochimie, la géologie, la paléontologie, et la climatologie. Elle s'est aussi enrichie d'un tout nouveau domaine astronomique, celui des planètes extrasolaires. L'astrobiologie est désormais une science véritablement multidisplinaire dans laquelle les programmes SETI occupent un petit créneau.

De plus, malheureusement pour les programmes de recherche de vie intelligente, aucun signal significatif n'a été détecté à ce jour. Dans ce cas bien précis on peut dire que l'astrobiologie est une "science sans sujet" qui doit se contenter de spéculations. C'est tout le contraire pour les autres domaines de l'astrobiologie, car même si on n'a encore détecté aucune forme de vie, même bactérienne, les progrès ont été fulgurants en ce qui concerne la détection de planètes extrasolaires ou l'identification des premières formes de vie sur la Terre. Pour tous ces autres domaines, les spécialistes ont de quoi se mettre sous la dent!

Dans cet aspect, il faut espérer qu'un premier signal radio (ou autre) significatif soit détecté bientôt, sinon les programmes SETI deviendront bientôt davantage folkloriques que scientifiques...