Arrêter de manger nous permettrait d’être plus en forme. C’est l’hypothèse que soutiennent quelques scientifiques. Des illuminés? Pas forcément… Depuis plus d’un siècle, des études menées aux quatre coins de la planète semblent leur donner raison.

Prouvé scientifiquement

Ce sont des médecins russes qui, les premiers, ont étudié pendant plus de 40 ans les mécanismes du jeûne sur des humains. Leurs travaux n’ont jamais été traduits et c’est Otto Buchinger, médecin allemand, qui a popularisé la notion de jeûne thérapeutique au début du 20e siècle.

Plus récemment, Valter Longo, un biologiste américain, a publié de nombreuses études faites sur le rat. Il démontre notamment qu’un jeûne court, de 24h ou 48h, a un effet significatif sur le traitement du cancer. Bien entendu, il ne s’agit pas de se contenter de limiter sa nourriture pour guérir, mais il a remarqué qu’au cours d’un jeûne, les cellules saines se protègent, c’est-à-dire qu’elles diminuent leur besoin en énergie. Au contraire, les cellules cancéreuses n’ont pas ce réflexe et continuent de dépenser autant d’énergie qu’en temps normal, tout en cherchant un apport énergétique. Durant cette phase, un tiers des cellules malades meurent. Puis, lorsque le patient subit une chimiothérapie, ce sont les cellules cancéreuses qui absorbent le traitement les premières! Le jeûne pourrait donc être un allié de choix pour améliorer l’impact de la chimiothérapie. Il ne reste plus qu’à prouver que cela fonctionne aussi chez l’humain...

Une question d’argent

En 2011, un documentaire, « Le jeûne, une nouvelle thérapie? », avait levé le voile sur ces études méconnues. Son réalisateur, Thierry de Lestrade, publie cette année un livre du même nom. Interrogé dans l’émission scientifique française « La tête au carré », il avoue avoir écrit son livre pour susciter le débat car si le documentaire avait été plébiscité par le public, il n’avait en revanche déclenché aucune réaction de la part des scientifiques.

D’après Thierry de Lestrade, si aussi peu d’études sont menées sur le sujet, c’est qu’elles n’attirent pas le financement. En effet, se sont le plus souvent les industries pharmaceutiques qui subventionnent les recherches en santé. Elles espèrent en échange pouvoir déposer un brevet dont les revenus les dédommagent de la somme engagée. Dans le cas du jeûne, prouver ses bienfaits ne rapporterait aucun brevet, donc pas de retour sur investissement.

En attendant

En Allemagne, les cliniques privées proposant un accompagnement au jeûne se multiplient. Elles se vantent en particulier de pouvoir guérir des maladies chroniques telles que l’asthme, le diabète et les allergies ou bien juste d’améliorer notre bien-être. Contre toute attente, alors que dans l’imaginaire collectif, l’absence de nourriture se doit de nous rendre amorphe et irritable, c’est le contraire qui est observé. Après quelques jours sans nourriture, les patients seraient en plus grande forme, plus dynamiques et plus joyeux. Toutefois, les cures proposées par les établissements privés sont particulièrement onéreuses… Pas sûr que tout le monde ait envie de débourser une fortune pour recevoir en contrepartie un bouillon de légume le soir!

Que l’on soit convaincu ou pas, les quelques résultats obtenus à ce jour méritent que le débat soit porté sur le devant de la scène. Puisqu’au final, tant de choses nous échappent encore à propos du corps humain, autant ne négliger aucune piste!

À ne pas oublier : Chez les personnes malades, le jeûne représente un risque, il nécessite un suivi médical.

Article écrit par Caroline Matet pour le blogue de la chaîne Explora