Les Biélorusses, privés de tout espoir de rémission, sont résignés à la réalité qui les touche et continuent, 20 ans après Tchernobyl, de s’exposer aux radiations, notamment en mangeant le fruit d'une terre contaminée. " On va tous mourir, alors autant mieux mourir le ventre plein ! "

Cette déclaration d'une vieille dame fait partie du film La vie contaminée, que présentait la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), dans le cadre d'un forum Tchernobyl tenu le 26 avril pour commémorer les terribles évènements de 1986. Ce film a reçu le Grand prix du festival du film sur l'environnement et le Grand prix de l'Unesco, en 2001. À l’intérieur d’un voyage de 350 kilomètres, de Minsk, la capitale biélorusse, à Tchernobyl, il expose le triste sort de la population touchée par les retombées toxiques.

On y apprend que, malgré les fréquents contrôles de radioactivité menés par les autorités gouvernementales pour s’assurer que la nourriture vendue dans les magasins est propre à la consommation, rien n’empêche la population biélorusse de retourner sur les terres contaminées du sud pour y cultiver ce qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir en ville.

Michel Freitag, conférencier invité au forum et professeur de sociologie à l’UQAM, confirme que la tragédie de Tchernobyl tuera encore plus dans les années à venir, car la population comble ses besoins en pratiquant l’agriculture en zone contaminée. De plus en plus de personnes seront atteintes de maladies et de cancers. Selon lui, le fait que la population soit devenue indifférente, sinon résignée, aux risques de contamination est une sonnette d’alarme. " Il faut qu’on enseigne autre chose aux enfants ", explique-t-il.

Pour sa part, Joanna Survilla, présidente en exil du Conseil de la République biélorusse et ex-présidente du Fond d’aide aux victimes de Tchernobyl, accuse la dictature en place de tenter de faire oublier la culture, l’histoire et la beauté de la Biélorussie et d’empêcher son peuple de s’en sortir en nuisant à l’aide internationale. Elle ajoute que le gouvernement a accepté de transformer une zone " propre " en dépotoir de déchets nucléaires en plus d’obliger les nouveaux diplômés à occuper pendant deux ans des fonctions en territoire contaminé.

Pas facile, dans ce contexte, de vendre l’énergie nucléaire. De fait, les gens présents au forum de l’UQAM ont tenu à défendre l’idée que l’énergie nucléaire est superflue au Québec et qu’il serait temps de mettre la clef dans la porte de la centrale de Gentilly, près de Trois-Rivières. Quelques-uns, dont un travailleur ayant participé à la construction de ces centrales et une Française gravement contaminée par irradiation nucléaire, ont voulu partager leurs difficultés à faire reconnaître par les autorités que le nucléaire est responsable des maladies dont ils sont affectés. D’autres, enfin, ont évoqué leurs craintes du nucléaire. Globalement, tous souhaitaient la disparition du nucléaire.

Pourtant, devant l’éventualité d’une crise énergétique liée à la baisse des réserves mondiales de pétrole, l’engouement pour l’énergie nucléaire ne risque pas de faiblir. Peut-être faudrait-il penser à mieux gérer cette énergie, appliquer de meilleurs protocoles de sécurité et faire preuve de plus de transparence envers la population pour la convaincre du bien fondé de ce type d’énergie ?

Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, a projeté un nuage de particules radioactives qui a principalement affecté la Biélorussie, pays sis entre la Pologne, et la Russie, à 20 kilomètres au nord de l’Ukraine, et fait sentir ses effets sur la majeure partie de l'Europe.