Quoi que ce soit qui ait tué l’homme de Néandertal, ce n’est pas l’ère glaciaire. Plus on en apprend, et moins on trouve de liens entre sa disparition et le refroidissement de la planète.

Les derniers chercheurs à ajouter une pierre à cet édifice sont allés chercher des données climatiques jusqu’au Venezuela, dans l’espoir d’y trouver quelque corrélation avec ce qui s’était passé en même temps chez les Néandertaliens, là-bas, alors qu’ils reculaient vers leurs derniers bastions, dans le Sud de l’Europe.

Et cette comparaison ne fait que confirmer ce que d’autres chercheurs avaient déjà dit : les dates probables de l’extinction des Néandertaliens —un proche cousin à nous, qui n’aurait pas laissé de descendants— ne collent pas avec quelque événement climatique que ce soit. L’ère glaciaire qui s’étendait alors, il y a moins de 30 000 ans, pourrait avoir été un facteur, mais certainement pas le facteur dominant.

Ce qui renvoie donc à l’Homo sapiens. Serions-nous le facteur dominant? Nous sommes entrés en Europe il y a environ 40 000 ans. Dix mille ans plus tard, l’Homo neanderthalensis avait reculé sur tous les fronts. Les toutes dernières traces qu’on a de lui sont dans la région de Gibraltar, il y a 28 000 ans —certains experts avancent,, sur la foi de datations contestées, 24 000 ans.

« De toute évidence, admet l’auteur principal de cette nouvelle recherche, l’humain moderne est le suspect numéro un, mais il faut tenir compte du fait que l’extinction s’est produite pendant la dernière ère glaciaire, alors que le climat changeait ».

Une difficulté est de dater avec une précision de quelques siècles les ossements néandertaliens —les paléontologues se contentent souvent d’une précision de quelques millénaires. C’est pourquoi ces chercheurs sont allés chercher des réponses au Venezuela : en comparant la datation au radiocarbone des outils néandertaliens de Gibraltar avec des sédiments vénézueliens, les chercheurs ont pu préciser des dates, écrivent-ils dans Nature. Le climat au Venezuela est un reflet du climat en Europe, affirme Chronis Tzedakis, de l’Université de Leeds (Angleterre), à cause du Gulf Stream : lorsque celui-ci s’infléchit, tout le monde en subit les conséquences en même temps. Autrement dit, s'il y avait eu un refroidissement subit en Europe il y a 28 000 ans, on en aurait trouvé des traces au Venezuela.