Publicité
lesdebrouillards.jpg

Les débrouillards

Autre action

Actualité

Cancer: trouver ce qui fonctionne bien

Agence Science-Presse, le 4 février 2008, 14h00

(Agence Science-Presse) On associe traditionnellement le cancer à quelque chose de défectueux. Or, ce sont peut-être des gènes tout à fait normaux qui sont responsables de la « bonne » croissance d’une tumeur.

Une lutte dans l'infiniment petit

La lutte contre le cancer devient de plus en plus microscopique —donc, de mieux en mieux ciblée, si on la compare aux bombardements de rayonnements (radiothérapie) ou de médicaments (chimiothérapie).

- En 2005, les National Institutes of Health, le méga-organisme subventionnaire de la recherche en santé aux États-Unis, ont débloqué 1,5 milliard$ (sur 9 ans) pour la constitution du Cancer Genome Atlas : la recherche des gènes qui ont subi une mutation liée aux diverses formes de cancer.
- De leur côté, des scientifiques, dont le biologiste Gregory Hannon et le généticien Stephen Elledge, à la tête des deux équipes dont il est question dans l’article, ont choisi la voie de la « génomique fonctionnelle », c’est-à-dire la quête des gènes qui sont indispensables au bon fonctionnement d’un organisme cancéreux. Il leur a fallu pour cela développer des outils basés sur notre molécule d’ARN, qui examinent ces gènes, littéralement un par un, en les désactivant ou les réactivant, afin de voir ce qui se passe alors. Ils estiment avoir inséré entre 10 000 et 40 000 de ces micro-ARN, un par un, dans des cellules de cancers du colon, de cancers du sein, et dans des cellules saines, en laboratoire.

Pourrait-on bloquer ces gènes? C’est la question qui se pose à présent que des généticiens ont annoncé avoir identifié des gènes « normaux » qui semblent liés à la croissance de certains cancers. Une question d’autant plus importante qu’elle ouvre la porte à un traitement ciblé : « éteindre » les gènes en question bloquerait les cellules cancéreuses, sans perturber les cellules saines des environs.

Régler le problème à la source

Lorsque nous pensons cancer, nous pensons généralement au combat traditionnel : cherchez la tumeur et détruisez-la. Ces chercheurs-là ont suivi une autre piste, moins connue, mais tout aussi fructueuse depuis 10 ans : cherchez qui nourrit la tumeur.

Autrement dit, une croissance, pour se développer, a besoin d’être « nourrie » par des vaisseaux sanguins, et le processus par lequel de nouveaux vaisseaux se développent dans notre corps pour aller alimenter une tumeur, est de mieux en mieux connu. Au point où des généticiens, depuis des années, travaillent avec acharnement à identifier les gènes qui « ordonnent » aux vaisseaux sanguins d’aller nourrir la tumeur.

Ce qu’on n’attendait pas, c’est que des chercheurs nous annoncent que ces gènes malfaisants seraient en réalité tout à fait normaux —ce qui expliquerait, au passage, pourquoi des gens sont plus susceptibles au cancer que d’autres.

Il suffirait donc, en théorie, de désactiver ces gènes —des milliers de gènes, tout ce même, ce qui n’est pas rien— et les généticiens proposent, dans l’édition du 1er février de Science, une méthode pour les désactiver rapidement et pour « relativement » peu cher. Du moins, les premiers pas d’une méthode : reste à choisir lesquels parmi les fragments d’ARN seront les plus efficaces.

« Il faudra du temps pour distinguer lesquels sont les meilleures cibles pour un médicament, mais le plus important, c’est que nous les avons trouvés », résume Stephen Elledge, de l’Hôpital des femmes de Boston.

S’ils ont raison, l’annonce de cette semaine est le premier pas vers une nouvelle génération de médicaments anti-cancer, moins dommageables pour l’organisme et avec moins d’effets secondaires, puisqu’elle ciblerait avec une précision absolue les cellules cancéreuses.