C’est le moment de vérité pour l’accès libre à la recherche: il y a un an, le plus gros organisme subventionnaire de la recherche aux États-Unis, le NIH (National Institutes of Health), transformait en obligation le fait de rendre accessible gratuitement, dans les 12 mois, toute recherche financée par ses soins. Les 12 mois sont maintenant écoulés. Où en sont les chercheurs?

En fait, cette politique date de beaucoup plus que 12 mois, mais la volonté des scientifiques de s’y soumettre a été grandement influencée par le fait... qu’elle soit devenue obligatoire. C’est ce qu’admettait le mois dernier l’ancien directeur des NIH, Harold Varmus —aujourd’hui membre du cabinet Obama. En effet, dès 2005, le NIH avait demandé aux chercheurs de commencer à déposer leurs articles dans la base de données publique PubMed. Mais c’était alors une mesure volontaire, et un an plus tard, moins de 4% des chercheurs s’y étaient soumis. En avril 2008, résultat d’une mesure votée au Congrès, le NIH se faisait plus contraignant. Et encore la légalité de cette mesure continue-t-elle d’être contestée par des éditeurs.

Cette résistance n’est pas nouvelle : il y a au moins 18 ans qu’on parle d’accès libre à la recherche, depuis qu’un obscur professeur de l’Université Cornell, Paul Ginsparg, a fondé le serveur ArXiv, invitant ses collègues physiciens et mathématiciens à y déposer toutes leurs recherches avant publication. Mais l’expansion d’Internet —qui facilite les contacts entre chercheurs et accélère les discussions— ajoutée à la multiplication des revues savantes et à leurs coûts prohibitifs —qui handicape les universités les moins riches— ajoutée aux controverses autour du brevetage des gènes —qui font craindre une « privatisation » de la recherche au profit des plus riches— ont donné une foule d’arguments à ceux pour qui toute la recherche scientifique devrait être accessible à tous, gratuitement.

En mars 2009, 6425 articles originaux ont été déposés dans la base de données PubMed, contre 1852 en mars 2008.

C’est une évolution qui a souvent été racontée dans ces pages, par exemple à travers le mouvement militant Public Library of Science ou à travers l’ouverture de plus en plus favorable des gros organismes subventionnaires : —le nerf de la guerre. L’évolution, quand on l’observe de l’extérieur de la communauté scientifique, semble irréversible, mais la résistance, dirigée en particulier par les revues qui craignent d’y perdre leurs revenus d’abonnement, rend difficile de prédire l’avenir. Cette politique, proteste l’Association des éditeurs américains, « impose un modèle spécifique de publication que, à notre avis, le gouvernement n’a aucun droit d’imposer. »

D’où l’importance du succès ou de l’échec de la politique de la NIH. La revue Nature signale que l’essentiel de la croissance des auteurs qui s’y soumettent a eu lieu depuis l’automne dernier, soit depuis que la NIH a expédié un rappel par courriel.

Public Library of Science, en attendant, a doublé ses tarifs d’abonnement depuis 2006, en plus d’augmenter ce qu’il en coûte à un auteur qui souhaite voir son article publié dans une des revues du groupe (2300$). Promoteurs de l’accès libre, certes, mais néanmoins en quête de revenus...