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La guerre à l'intelligence?

Pascal Lapointe, le 12 octobre 2009, 21h00

(Agence Science-Presse) Ça commence par une visite hallucinante au Musée de la création du Kentucky, où les expositions montrent des humains et des dinosaures vivant en harmonie côte à côte. Ça se poursuit par un regard désabusé sur la radio-poubelle, la lutte jusqu'en Cour suprême contre le droit de mourir de Terri Schiavo, le débat sur le réchauffement climatique ou la façon malhonnête dont a été vendue la guerre en Irak. Le lien? L'idiotie au pouvoir.

La guerre à l'intelligence?
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La guerre à l'intelligence?

Dans Unscientific America, paru cet été, les auteurs réclament que la science prenne plus de place dans la société; que la vulgarisation devienne partie intégrante de la formation des scientifiques et que ceux-ci soient encouragés à intégrer d'autres carrières: culture ou, pourquoi pas, politique. L'auteur du livre Idiot America, également paru cet été, le journaliste Charlie Pierce, serait sûrement d'accord, mais il s'élance dans une direction très différente.

En fait, il ne parle pas juste de science, bien que sa visite dans ce musée du Kentucky l'ait visiblement marqué. Il regarde les familles qui y arrivent par autobus entier, et ne sait pas trop s'il faut en rire ou en pleurer. Le cas de ce dinosaure affublé d'une selle anglaise est la cerise sur le sundae de ce qu'il appelle une guerre contre l'intelligence: "Nous sommes attaqués par la frange éduquée et intelligente de notre culture", semble fier de dire un pasteur, pendant le procès de Dover, en 2004.

Ce que Pierce —qui attaque avec une plume féroce— appelle l'Amérique idiote, c'est celle qui valorise un tel musée et la radio-poubelle, celle qui applaudit Sarah Palin comme future vice-présidente, et celle qui a permis qu'après le 11 septembre 2001, l'irrationnel devienne non seulement accepté, mais récompensé:

Un employé de la Maison-Blanche (selon la rumeur, Karl Rove lui-même) donne au journaliste Ron Suskind, en 2004, la citation qui résume toute l'époque. Suskind, déclare cette source, "représente la communauté qui s'appuie sur la réalité (reality-based community) c'est-à-dire ces personnes qui croient que des solutions émergent d'une étude rigoureuse de la réalité observable... Ce n'est plus comme ça que le monde fonctionne.

Ce que Pierce dénonce, c'est que sa société —et pas juste la sienne, diraient à ce stade des Canadiens et des Français— en est arrivée au point où, pour qu'une chose soit décrétée vraie, peu importe qu'elle ait été vérifiée:

Première grande prémisse: toute théorie est valide si elle fait jaser. Si l'aiguille des cotes d'écoutes bouge suffisamment, alors l'animateur acquiert le titre d'expert. Deuxième grande prémisse: n'importe quoi peut être vrai si quelqu'un le crie assez fort... Troisième grande prémisse: un fait est ce en quoi un nombre suffisant de gens croient. La vérité est mesurée par la ferveur avec laquelle ils y croient.

Pour ceux qui s'intéressent aux relations entre science et société, d'autres lectures plus ciblées sont à recommander. Mais pour ceux qui auraient du temps pour creuser le contexte, Idiot America est en plein dans l'actualité.