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Les leçons du pétard mouillé

Pascal Lapointe, le 28 novembre 2009, 0h00

(Agence Science-Presse) Là où l’affaire des courriels piratés pourrait causer le plus de dommages, ce n’est pas sur la science du climat, qui est aussi solide qu’avant, mais sur la façon dont les scientifiques se comporteront. Car face à des tactiques qui, à leurs yeux, s’apparentent à du harcèlement, la tentation est grande de se retirer dans leur tour d’ivoire.

Les leçons du pétard mouillé
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Les leçons du pétard mouillé

Lire aussi le texte précédent: Le pétard mouillé de l'année

A lire: une intéressante mise en contexte, de l'évolution de "l'industrie du doute" jusqu'aux courriels piratés

Coup sur coup, la même idée est venue cette semaine de deux clans très différents : des scientifiques et des journalistes. Dans une lettre ouverte « aux étudiants et aux jeunes scientifiques », la climatologue américaine Judith Curry fait ainsi état de son inquiétude. En même temps, outre-Atlantique, le journaliste britannique George Monbiot dit « se sentir bien seul » devant les réactions des climatologues qui, interrogés sur le « climategate », préfèrent nier l'importance de la crise.

Pas une crise scientifique, puisque des études de toutes natures, révisées et confirmées et approfondies et retravaillées par des équipes indépendantes les unes des autres dans des dizaines de disciplines, des dizaines de pays et des dizaines d’années, pèsent de loin plus lourd qu’une poignée de courriels sortis de leur contexte. Mais crise de confiance, puisque les dizaines de milliers de commentaires qui ensevelissent depuis le 20 novembre la blogosphère conservatrice, n’émanent pas tous des plus acharnés des « enviro-sceptiques ».

« Au coeur du problème, écrit Judith Curry : comment des climatologues doivent-ils se comporter avec les sceptiques ».

Sur la base des réactions que j’ai reçues d’étudiants à Georgia Tech, je soupçonne que vous êtes confus, troublés ou inquiets par ce que vous avez lu sur le ClimateGate et le contenu de ces courriels... Ce qui a été absent de façon notable de la discussion, jusqu’ici, est une réaffirmation par les climatologues des valeurs de base de nos recherches : la rigueur de la méthode scientifique (incluant la reproductibilité), l’intégrité de la recherche et de l’éthique, l’ouverture d’esprit et la pensée critique. Nous ne devons, sous aucun prétexte, sacrifier la moindre de ces valeurs.

Comment se comporter, par exemple, avec des gens qui posent, parfois avec l’arrogance du croyant, des questions qui ont déjà été 1000 fois répondues (le Groenland, par exemple) et qui, en plus, semblent avoir déjà décidé qu’ils n’écouteront pas la réponse que vous allez donner? Certes, c’est profondément irritant mais, poursuit-elle, vous n’avez pourtant que trois choix : rentrer dans votre tour d’ivoire, développer une mentalité d’assiégé en attaquant « l’ennemi » sur ses motivations et en usant un peu trop de l’argument d’autorité, ou bien débattre avec les « sceptiques » à vos conditions (conférences ou blogues). C’est évidemment la troisième option qu’elle privilégie.

Passez du temps à vous promener dans la blogosphère, pour vous faire une idée des questions politiques entourant votre domaine. Une meilleure compréhension des énormes implications politiques devrait nous pousser à viser les plus hauts standards d’éthique en recherche. Améliorez vos talents de communicateurs; nous avons tous besoin de communiquer plus efficacement.

La façon déplorable dont la communauté scientifique a abordé cette crise, renchérit George Monbiot dans The Guardian, est révélatrice d’un plus large problème auquel est confronté la science. Oui, ces courriels peuvent s’expliquer par le processus courant de révision de l’information scientifique. Oui, les gens derrière ce piratage sont des fripouilles (scumbags). « Mais leur stratégie média fut impeccable ». Alors que la stratégie, si tant est qu’on peut l’appeler ainsi, de nombreux scientifiques, et en particulier du climatologue Philip Jones, celui par qui le scandale arrive, suggère « qu’ils n’ont rien appris après 20 ans d’assauts contre leur discipline. On dirait qu’ils n’ont aucune idée de ce contre quoi ils se battent ».

7 commentaires

Portrait de Daniel Paquet

Pascal, avant de vous plaindre du nombre de mes commentaires, pourriez-vous cesser de les tronquer? Cela m'éviterait d'avoir à les reposter.

Vous écrivez « Si vous voulez insinuer, comme d'autres commentateurs, que c'est la mort de la science du climat, c'est une association d'idées qui ne passe pas la rampe » et par la suite vous demandez « en quoi ces courriels invalident-ils la science du climat? »

...et moi je me demande pourquoi vous tenez tant à faire un lien entre les malversations présumées du Dr Jones et une invalidation de la science du climat?

[ Oh, qui sait, peut-être parce que 95% des commentateurs qui, sur les blogues depuis 3 semaines, commencent par dire que ces courriels hackés cachent quelque chose, finissent invariablement par dire que le réchauffement climatique est un canular, même s'ils se drapaient au début sous le manteau honorable du "doute" et du "scepticisme". ]

Pour ma part, je me suis limité à parler d'un aspect bien précis du « climategate » car je ne pense pas qu'on puisse débattre de recherche aussi complexe que celle du climat en quelques lignes au fond d'un blogue. Au mieux, peut-on échanger, sans trop d'acrimonie, sur quelques aspects de cette science. En l'occurrence, je trouvais intéressant de lire ce que vous pensiez des invitations répétées du Dr Jones à détruire données et courriels. Un comportement que, tant d'un point de vue scientifique que citoyen, je juge inacceptable.

Aviez conservé un esprit critique relativement au dossier du réchauffement climatique anthropique. Pouviez accepter que l'on en questionne, ne serait-ce qu'un seul aspect? Le RC est-il pour vous un dogme?

[ Et voilà. J'avais raison ou pas de m'attendre à ce genre de conclusion simpliste? :-) ]

La vitesse et la façon avec lesquelles vous m'avez classé comme hérétique ont été très parlantes.

Portrait de Daniel Paquet

1. Il n'y a pas un, mais bien trois courriels où le Dr Jones annonce son intention de bafouer la "Freedom Information Act" et où il invite ses collègues à effacer courriels et données.

[ Pascal: si vous lisez correctement les courriels que vous citez vous-même, vous verrez que dans un cas, il dit l'équivalent de "je préfère me pendre que de les envoyer à cet imbécile", le genre d'expression qui ne doit pas être toujours prise au pied de la lettre. Par ailleurs, vous ne savez toujours pas si ces courriels ont effectivement été effacés, de sorte qu'en concentrant toute l'attention dessus, vous induisez votre lecteur en erreur. Enfin, la question fondamentale, au regard de la présente discussion, demeure: en quoi un ou deux courriels, qui ont de surcroît été sortis de leur contexte, à côté de milliers de recherches qui ont été dûment analysées depuis 30 ans par les "sceptiques", en quoi ces courriels invalident-ils la science du climat? ]

Courriel 1212063122.txt
[...]Can you delete any emails you may have had with Keith re AR4? Keith will do likewise. [...]

Courriel 1107454306.txt
[...]If they ever hear there is a Freedom of Information Act now in the UK, I think I'll delete the file rather than send to anyone. [...]

Courriel 1074277559.txt
Mike, This is for YOURS EYES ONLY. Delete after reading - please ! [...]

Mon message précédent listait ces trois messages avec des liens pointant vers les courriels tels qu'ils sont accessibles sur le web. Je copie ici à nouveau cette liste au bénéfice des lecteurs pour qu'ils puissent juger par eux-mêmes, du moins partiellement, du contexte dans lequel le Dr Jones écrit.

http://www.climate-gate.org/cru/mail/1212063122.txt
http://www.climate-gate.org/cru/mail/1107454306.txt
http://www.climate-gate.org/cru/mail/1074277559.txt

Si l'éditeur de Science-Presse tronque à nouveau ce commentaire, de quelque partie que ce soit, je souhaite qu'il mentionne la modification et qu'il la justifie.

2. On ne sait pas si cela est volontaire, mais on sait qu'une bonne partie des données brutes (Raw Data) de mesure de température compilées ont été effacées.
http://www.timesonline.co.uk/tol/news/environment/article6936328.ece
[ Pascal: si vous remontez à la source de l'article que vous citez vous-même, vous verrez que ce n'est pas du tout de la même chose que ce dont on parle. Il s'agit de données effacées à une époque où la mémoire informatique coûtait une fortune. Même la NASA a effacé des données de ses voyages lunaires! ]

Portrait de Daniel Paquet

(C'est la seconde fois qu'un de mes commentaires postés ici est tronqué, sans mention et sans justification! Voici donc la partie manquante à mon précédent commentaire.)

--
L'enquête que mène maintenant l'université East Anglia doit établir s'il y a des preuves qu'il y a eu « suppressions de données contraires à la bonne pratique scientifique et qui remettraient en cause les résultats de recherche ». (Ma traduction) http://www.uea.ac.uk/mac/comm/media/press/2009/dec/CRUreview

3. Mon commentaire précédent n'insinue rien, votre réponse par contre, si. Je posais une question simple, à laquelle vous avez répondu, Pascal, d'une manière alambiquée, mais fort éclairante.
[ Eh bien cet incident vous aura permis d'intervenir 3 fois sans répondre du tout aux objections et en donnant du coup l'impression que vous appuyez l'idée voulant que le réchauffement soit un canular. Vous pourrez dire qu'on a accru votre visibilité. ]

Portrait de Daniel Paquet

Pascal,

Que pensez-vous des courriels où le Dr Jones annonce son intention de bafouer la "Freedom Information Act" et où il invite ses collègues à effacer courriels et données.

Il me semble que, tant d'un point de vue journalistique que scientifique, cela est condamnable! Non?

[ Il n'y a pas des courriels, il y a un courriel, et on ne sait pas si c'est arrivé. Si vous voulez dire que c'est condamnable, ça l'est. Si vous voulez insinuer, comme d'autres commentateurs, que c'est la mort de la science du climat, c'est une association d'idées qui ne passe pas la rampe ]

Portrait de ffi

Il me semble que dans cet article, il y a une notion, essentielle en science, qui est négligée : la vérité.

Contrairement à la politique, qui vise à rassembler une majorité autour d'une opinion pour guider l'action démocratique, la science a vocation à découvrir les causes des phénomènes physiques.

Le consensus est une mauvaise stratégie scientifique, car chacun doit régler son opinion sur la vérité d'un phénomène.

[ Pascal: attention à ne pas confondre la stratégie (la recherche de vérité) et sa conséquence (le consensus). La science ne vise pas le consensus, celui-ci se crée, parfois, par défaut. C'est pourquoi il y a consensus sur le fait que la Terre est ronde, sur l'évolution ou sur la dérive des continents. La différence, dans le cas du réchauffement, c'est qu'il existe un contre-discours, entièrement politique, alimenté par d'habiles stratégies de relations publiques. ]

Il suffit donc de regarder les courriels et de regarder ce qui a guidé l'action des "faiseurs" de donnée du GIEC.

Qu'y voit-on ? Des calculs politiques. Des stratégies de lutte contre ceux qui portaient des arguments contraires à la thèse soutenue (scientifiques et revues). Des "manipulations" de données issues de l'observation. De la rétention d'information pour empêcher tout débat contradictoire, pourtant essentiel en science.

[ Pascal: attention, on ne "voit" pas ça; ces courriels révèlent des fragments de conversations sortis de leur contexte et des pensées émises sous le coup de l'émotion. Ca ne nous dit rien sur la recherche scientifique publiée, qui est la seule chose solide dont on doit tenir compte dans un débat sur le climat ]

Le réchauffement climatique anthropogène a donc tout d'une fraude. Il était évident, pour quiconque a fait un minimum de physique que c'est le Soleil qui guide le Climat.

[ Pascal: ici, vous commettez une erreur factuelle; quiconque a étudié la physique peut vous parler de l'impact du CO2 sur l'atmosphère... depuis le 19e siècle! ]

Je comprends l'auteur de l'article. La révision des croyances est une chose difficile. Cela nous met un peu KO. Quand l'esprit contient un mélange de vrai et de faux, réviser le faux nécessite de "corriger" aussi toute la série de déduction basée sur le faux.

Cela ne sera pas facile : Le réchauffement climatique anthropogène était devenu une cause fourre-tout.
- La mer se retire au Cameroun ? Réchauffement climatique.
- La mer avance en Australie ? Réchauffement climatique.
- Tempête ? Réchauffement climatique.
- Inondation ? Réchauffement climatique.
- Sécheresse ? Réchauffement climatique.
- Biodiversité ? Réchauffement climatique.
...
Mais tout cela est faux.

En phagocytant tous les financements, cette hypothèse, a exclu toutes autres recherches qui aurait pu donner des résultats forts différents.

[ Pascal: ne mélangez pas tout; des industries et des groupes de pression ont investi des milliards de dollars dans la lutte contre le réchauffement; s'il y avait des recherches à mener conduisant à des résultats solides, ça se saurait ]

Il est malhonnête de vouloir prendre des mesures politiques avec des implications économiques aussi lourdes à partir d'une fraude scientifique.

Il est malsain, en science, de poser le problème de manière aussi manichéenne, comme une lutte entre deux camps antagonistes.

[ Pascal: si vous voulez être sceptique, soyez sceptique jusqu'au bout: c'est du côté de ceux qui s'affichent "sceptiques" face au réchauffement qu'on trouve le plus gros de ces arguments manichéens. Cela fait partie d'une stratégie. Demandez-vous pourquoi ]

Tout ceci est une question de vérité. Le consensus doit se faire parce que la chose est démontrée vraie et non en "assassinant" politiquement ceux qui porte des arguments contradictoires.

Or là, il faut cacher le déclin des températures ("Hide the decline"), car le fait est que globalement, les températures diminuent depuis 10 ans, alors que la quantité de CO² augmente. Conclusion : l'hypothèse CO² est fausse.

La rigueur scientifique impose donc de rejeter cette hypothèse erronée.

Les gardiens d'un dogme religieux feraient autrement, je n'en doute pas...

[ Pascal: la rigueur scientifique n'impose-t-elle pas plutôt de mettre côte à côte les milliers d'études et le courriel que vous citez, et de les comparer? ]

Portrait de LeBoss

Les vrais scientifiques suivront la conclusion de Gerlich et Tscheuschner, deux grands physiciens allemands dans leur traité : Falsification de l’effet de serre dû au CO2 dans le cadre de la physique (rev. 6 janvier 2009):

[ Pascal: Il faudrait tout de même que vous soyez logique avec vous-même: vous vous prétendez critique devant les "vrais scientifiques" qui, depuis le 19e siècle, ont analysé l'effet de serre, mais ces deux-là, vous les croyez sans hésiter. Si vous prétendez être critique sur l'effet de serre, soyez critique jusqu'au bout et cherchez Svante_August_Arrhenius dans Wikipédia ]

Quote
"Ce qui a été analysé visait à répondre à la question de savoir si l'effet de serre atmosphérique a un fondement en physique.
… il n'existe pas d'effet de serre atmosphérique et, en particulier, d'effet de serre dû au CO2, ni en physique théorique ni en thermodynamique.
Il est donc illégitime d'en déduire des prédictions destinées à proposer des solutions aussi bien pour l'économie que pour la politique intergouvernementale"
Unquote

Les vrais scientifiques du mondes ont envoyé de nombreuses pétitions et pas des moindres pour fustiger cet effet de serre dont aucune preuve n'existe alors que de nombreuses preuves qu'il n'existe pas sont faciles à trouver (le "Hot spot" prévu dans la troposphère par le GIEG n'existe pas après de très nombreuses mesures par satellites et ballon-sonde).
Je ne citerai que les 4000 Scientifiques qui ont signé 'L'appel de Heidelberg ' (dont 72 Prix Nobel, les vrais, les scientifiques).

Si bien sûr vous considérez que ce sont tous des farfelus isolés dans un monde de sauveurs de planète, alors vite, tirons l'échelle.

[ Pascal: hélas pour vous, l'Appel de Heidelberg est un mauvais argument: cette pétition, signée en 1992, ne remet pas du tout en question le changement climatique, bien que, par la suite, les blogueurs conservateurs l'aient récupérée ainsi. Voir ici. Vous ne trouverez par ailleurs aucune pétition qui, signée par un nombre significatif de scientifiques, mette en doute le réchauffement climatique, bien qu'il existe des pétitions signée entre autres par des météorologues de la télé, des astrologues et des homéopathes, que leurs promoteurs tentent de monter en épingle ]