Le Québec souhaite devenir le champion de l'économie verte. Cette ambition connaît maintenant une nouvelle appellation, Écotech Québec, qui réunira les forces de l'université, de l'industrie et de la finance pour développer des technologies propres made in Québec.

L'annonce du lancement d’Écotech a été faite devant 150 décideurs réunis le 10 décembre dernier, à Montréal. L'organisme souhaite surtout exporter son savoir-faire. Ses dirigeants s'attaqueront à un marché planétaire avec des occasions d'affaires exponentielles.

La naissance d'Écotech s'inscrit dans une initiative plus large du gouvernement Charest. Depuis l'automne 2009, les annonces se sont multipliées. Québec a fixé des cibles ambitieuses de réduction de gaz à effet de serre (GES), à 20 % sous les niveaux de 1990. La semaine précédente, il avait créé une enveloppe de 650 M$ dédiés aux entreprises pour faciliter les opérations de biométhanisation et de compostage.

« Il était temps, puisque l'argent n'a pas toujours suivi les visées politiques sur l'environnement, confie un investisseur. Le Québec, comme le reste du Canada, accuse un certain retard dans le domaine des technologies propres. Les investisseurs se sont longtemps fait tirer l'oreille parce qu'ils ne connaissaient pas les risques et le potentiel économique des technologies soucieuses de l'environnement. Or, la situation est en train de changer et s'accélérera au Québec dans les prochaines années. » Une société en capital de risque entièrement québécoise comme Cycle Capital Management investit précisément dans ce créneau.

Des pays asiatiques comme la Corée, le Japon et l'Inde ont vite compris l'affaire, avec des investissements évalués à 2,5 milliards $ ces dernières années seulement, avance Nicholas Parker, président du Groupe CleanTech, le pendant ontarien d'Écotech Québec.

La conjoncture mondiale favorise le développement industriel plus responsable écologiquement. En Inde, chaque dollar dépensé dans les technologies vertes rapporte sept fois plus, tout secteur confondu. D'ici 2050, la population mondiale aura atteint 10 milliards d'individus, principalement concentrés dans 450 mégalopoles, estime le spécialiste. L'eau propre, déjà très convoitée, le sera plus que jamais dans quelques années. D’autant plus qu'à l'heure actuelle, nos infrastructures laissent s'échapper 50 % de nos réserves. Toutes ces pressions écologiques forcent la conversion de l'économie actuelle à une économie verte, prédit Nicholas Parker, qui félicite le Québec de sauter dans la mêlée.

Analyse du cycle de vie

L'annonce arrive à point nommé pour Daniel Normandin, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), dont la mission vise à générer, intégrer et interpréter les connaissances dans le domaine de l’analyse et de la gestion environnementale du cycle de vie des produits, procédés et services. « Nos recherches concernent l'analyse du cycle de vie (ACV), c'est-à-dire l'analyse de l'ensemble des impacts environnementaux potentiels d'un produit, d'un service, d'une technologie, de l'extraction des matières premières jusqu'à la fin de vie, en passant par la phase d'utilisation, explique-t-il. Ces technologies propres touchent à tous les domaines : l'eau, la machinerie, les transports, etc. » Et les entreprises québécoises sont très enthousiastes à les intégrer dans leurs opérations, soutient M. Normandin, afin de diminuer leurs frais d’exploitation à long terme et d'atténuer leurs impacts écologiques. Près de 1000 entreprises seraient actives dans le développement des technologies propres au Québec, d'après les chiffres d'Écotech Québec.

Dans les bureaux du CIRAIG à l'École Polytechnique de Montréal, une équipe d'une quinzaine d'analystes en cycle de vie s'occupent à plein temps de trouver un marché aux innovations développées en laboratoire, notamment pour répondre aux besoins des entreprises et des gouvernements. La création d'Écotech Québec viendra appuyer et faciliter leur travail.

Sur le terrain, des applications concrètes permettent d'en mesurer l'impact. Par exemple, certaines entreprises ont conçu des transmissions moins énergivores pour les génératrices. Celles-ci sont en forte demande particulièrement dans les nombreuses régions éloignées du pays. Économie d'essence, économie d'argent, bref une économie d'émissions polluantes, les avantages sont là et l'impact environnemental est amoindri. Des multinationales comme Bombardier Produits Récréatifs (BPR) l'ont aussi compris, puisque la compagnie développe des modèles de motomarines avec des réductions considérables de gaz d'échappement et de bruit.