La quantité d'eau renouvelable au Canada a diminué de façon inquiétante au cours des 30 dernières années. Pourtant, personne ne sait exactement qui est le coupable entre l'homme ou le climat — ou les deux.

C'est ce qui ressort d'un rapport publié récemment par Statistique Canada, basé sur des données fournies par plus de 2900 stations d'observation dispersées sur le territoire canadien.

Sur 30 ans, le document fait état d'une perte de plus de 8 % de la ressource hydrique pour le sud du Canada — une perte annuelle équivalente à « l'eau contenue dans 1,4 million de piscines olympiques », précise Statistique Canada. Cette baisse affecte principalement la région des Prairies, où, annuellement, le volume d'eau disponible a diminué chaque année de 0,56 kilomètre cube.

Jim Abraham connaît bien ces données, puisqu'il en est responsable, à titre de directeur général de la surveillance météorologique et environnementale des Services météorologiques du Canada. À son avis, deux explications sont possibles: une plus grande consommation d'eau des Canadiens ou les changements climatiques.

Les aléas du climat « provoquent une très grande variabilité dans la quantité d'eau disponible, mais c'est généralement d'une année à l'autre », explique Jim Abraham. Pour trouver l'explication de la diminution d'eau, « il faut aussi regarder du côté de l'évolution de la consommation, qui va de pair avec la croissance de la population » ajoute-t-il, précisant que d'autres études devront être faites pour expliquer le phénomène.

Le problème, c'est que le Canada ne possède pas de données précises de toutes ses ressources en eau. Difficile, donc, d'évaluer la consommation. Sur une longue période de temps toutefois, si la tendance se maintient, la menace pourrait devenir réelle, confirme Jim Abraham. La consommation d'eau pourrait être plus grande que le rythme auquel cette ressource se renouvelle. Une telle pression se fait déjà sentir, notamment dans la vallée de l'Okanagan, en Colombie-Britannique.

« Une baisse de 8 % en 30 ans », c'est significatif, note de son côté Frédéric Lasserre, spécialiste de l'eau au département de géographie de l'Université Laval. Même si la diminution n'est pas, selon lui, majeure, la disponibilité pourrait éventuellement poser problème. Notamment l'été, au moment du pic de la demande, la rareté de l'eau pourrait être plus fréquente. À long terme, et avec la possibilité d'un climat plus aléatoire, la situation pourrait même forcer les agriculteurs à revoir leurs types de cultures.

Pour Frédéric Lasserre, un des problèmes est de changer la perception qu'ont les Canadiens. « Auparavant, on croyait que l'eau était surabondante. Maintenant, on constate que ce n'est plus tout à fait le cas. »

Avec une ressource qui diminue et une demande qui ne cesse d'augmenter, cela signifie, selon le spécialiste, de changer les politiques publiques sur l'eau. « Il n'y a pas de mesure en ce moment pour diminuer les usages ».

Chez Services météorologiques Canada, Jim Abraham souhaite que ce rapport attire l'attention des décideurs. « Même si le Canada est chanceux d'avoir autant de ressources en eau potable, cela devrait nous rappeler le besoin de bien la gérer et de la conserver. »