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Un Texas de 15 000 ans

Agence Science-Presse, le 1 avril 2011, 10h56

(Agence Science-Presse) C’est peut-être la percée la plus solide pour démontrer, une fois pour toutes, que des Amérindiens sont bel et bien venus en Amérique du Nord quelques milliers d’années plus tôt.

Buttermilk Creek : le lieu de la découverte, à 75 km de la capitale du Texas, Austin.

Clovis : le nom générique donné aux plus anciennes traces d’humains en Amérique du Nord, du nom de la ville de Clovis, au Nouveau-Mexique, où ont été trouvés pour la première fois, dans les années 1930, des artefacts vieux de 12 500 à 13 000 ans. Une des principales faiblesses de cette théorie de la « première » culture est le peu de similitudes entre ces outils de pierre et ceux de l’Asie à la même époque.

Monte Verde : l’autre lieu « pré-Clovis » le plus solide des trois Amériques. Il s’agit d’un site au Chili, daté de 13 000 ans qui, même sans preuve d’une influence maritime, en constitue pourtant l’argument le plus solide : si les premiers Amérindiens étaient passés à pied par l’Alaska il y a 13 000 ans, pourquoi se seraient-ils précipités aussi vite jusqu’en Amérique du Sud?

Génétique et linguistique : outre l’archéologie, la linguistique a très tôt tenté de dresser l’arbre généalogique des familles amérindiennes, et tenté du même coup de déduire combien de vagues migratoires il y avait eu.

La génétique a pris le relais dans les années 2000. Aujourd’hui, les préhistoriens parlent de trois vagues migratoires ou plus, mais la génétique suggère malgré tout que ces vagues distinctes puissent être reliées à un groupe ancestral commun, en Asie. Le terme « paléo-Indiens » désigne tantôt une première vague, venue avant « Clovis », tantôt une vague distincte venue plus tôt et qui n’aurait pratiquement pas laissé de descendance.

L’histoire courante est connue : les premiers Amérindiens auraient traversé, à pied, de la Sibérie à l’Alaska, il y a environ 13 000 ans, à l’époque où un passage entre les glaciers s’ouvrait pour la première fois.

Bien que de nombreux archéologues aient prétendu au fil des générations avoir découvert des traces encore plus anciennes dans les trois Amériques, la difficulté à les dater a toujours rendu ces sites controversés. De plus, leurs affirmations étaient d’autant plus sujettes à caution que les artefacts les plus anciens qu’on continuait de découvrir demeuraient obstinément vieux d’environ 12 000 ans. Or, si des Amérindiens avaient pris pied en Amérique il y a 20 000 ans, n’auraient-ils pas dû laisser des traces vieilles de 12 000 à 20 000 ans?

Le pendule est peut-être en train de passer de l’autre côté avec ces artefacts du Texas qui, selon la description qui en est faite dans Science, seraient vieux de 13 200 à 15 500 ans. Avec un total de plus de 15 528 fragments de pierre, dont 56 outils qualifiés de « bien préservés », c’est la plus grosse collection du genre.

Mieux encore, ces objets ont été trouvés dans une couche du sol située immédiatement sous une couche où se trouvaient déjà des objets de « l’ère Clovis », soit cette « culture » jusqu’ici la plus ancienne connue en Amérique.

La mer plutôt que la terre

Or, si ces « pré-Clovis » n’ont pas pu passer par l’Alaska, qui était recouvert de milliers de kilomètres de glaciers, par où sont-ils venus? Par la mer, forcément : par des canots qui longeaient la côte. L’hypothèse est défendue par de nombreux chercheurs depuis très longtemps, mais n’a jamais pu s’appuyer sur du solide.

Il y a quelques semaines encore, une solide réserve d’outils de pierre vieille de 12 000 ans a renforcé la théorie maritime : ces outils ont été trouvés sur les îles du détroit (ou Channel Island), un archipel du sud de la Californie, à 11 km de la côte —trop loin pour s’y rendre à la nage.

Mais au-delà des dates et des différences dans les types d’outils « Clovis » et « pré-Clovis » —un débat d’experts— la question finale reste non résolue : s’ils étaient des pêcheurs qui longeaient la côte, quand donc sont venus les premiers d’entre eux? Ces premiers Amérindiens ont-ils uniquement peuplé les côtes pendant plusieurs milliers d’années, ce qui expliquerait qu’on ne trouve plus de traces d’eux... la majorité de leurs habitats ayant été noyés par la hausse du niveau des eaux lorsque les glaciers ont fondu?