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La science chauffait le débat

Isabelle Burgun, le 31 août 2012, 12h51

(Agence Science-Presse) Ça chauffait, jeudi soir dernier, au local de la chaufferie du Cœur des sciences de l’UQAM! La science a pourtant peu l’occasion de faire parler d’elle sur le plancher politique. Et il est encore plus rare que les politiciens abordent en détail les problèmes du «musellement» des scientifiques ou encore de la perte d’expertise scientifique du gouvernement québécois.

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Montage photo: Binh An Vu Van La science chauffait le débat

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- Voici d’autres pistes pour se faire une tête avant le vote. Il y a quelques semaines, Je vote pour la science a adressé quatre questions à saveur scientifique aux partis politiques au sujet du vieillissement de la population, de l’exploitation des ressources naturelles, de l’expertise dans le secteur public et de la stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation. Les engagements des partis sur ces enjeux se trouvent ici.

- Ce qui les différencie sur les questions scientifiques, on le découvre ici.

- Avec une version plus détaillée là.

Audio: La captation de la soirée s’écoute ici.

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«Cela prend de la rigueur. Je suis estomaqué de constater de quelle façon certains abordent les sujets scientifiques, avec légèreté et méconnaissance», affirme Daniel Breton, candidat du Parti québécois (PQ).

«La science doit servir le bien commun. Il importe d’avoir une vision globale des questions scientifiques (défis énergétiques, développement durable, politique scientifique, etc.)», rappelait Miguel Tremblay d’Option nationale (ON). Un point de vue que semblait partager Nicolas Boisclair de Québec solidaire (QS).

Ce débat, organisé par la coalition Je vote pour la science -une initiative de cinq organismes québécois de culture scientifique, dont l’Agence Science-Presse– a été gagné par une fièvre toute électorale à quatre jours du scrutin.

Les représentants des cinq principaux partis en lice pour les élections québécoises, dont trois scientifiques de formation, y ont partagé leur vision parfois commune, mais plus souvent leurs divergences.

Le Plan Nord vu par…

La question du Plan Nord et de la préservation des écosystèmes a permis de prendre la mesure des dissidences entre partis. La Coalition avenir Québec (CAQ) soutient l’exploitation. «Pour protéger le Nord, il nous faut devenir actionnaires minoritaires afin de s’asseoir autour de la table de discussion», s’exclame Toni Rinow de la CAQ.

Cette position tranche avec celle de Nicolas Boisclair de QS. «La protection du Nord à 50%, cela signifie que 50% du territoire subira un développement dur –c’est deux fois la France! De plus, l’objectif du parti libéral ressemble plutôt à 20% de préservation. Il importe d’abord de protéger le Nord».

La question s’avère plus complexe selon le candidat de l’ON, Miguel Tremblay. «L’économie n’est pas tout. Cela nous prend des groupes d’études universitaires afin de regarder ce qui est essentiel de préserver et de créer des corridors de protection des écosystèmes». Selon Henri-François Gautrin du Parti libéral (PLQ), cela figure déjà à l’agenda du gouvernement en place. «Avec nous, le Québec aura la plus grande superficie d’aires protégées. Il faut veiller à la remise en état des sites après l’exploitation et à la question du réchauffement du Nord qui affectera les infrastructures».

Ce n’est pas la solution pour Daniel Breton, même si le PQ soutient le développement du Nord du Québec. «Il faut se méfier de l’instrumentation de la science avec l’émission de données pseudoscientifique. Ce qu’il nous faut, c’est réviser la loi «mathusalémique» sur les mines car on assiste à un néocolonialisme des minières», soutient le candidat du PQ.

Le recul de la science au gouvernement

Le musellement des scientifiques au gouvernement fédéral a également alimenté le débat. «Cela dépasse l’entendement. Cela me fait penser à Galilée face à l’Église», lance Daniel Breton.

Miguel Tremblay relève pour sa part que: «malheureusement, le Québec ne peut rien faire, cela montre que l’opacité reste présente au gouvernement fédéral, d’où la nécessité de se doter d’un pays». Le candidat du PQ ne lui a pas emboité le pas.

Cette censure ne se produirait pas au gouvernement québécois actuel. «Nous prônons un gouvernement ouvert en mettant en avant trois notions: la transparence des données, la participation citoyenne et la collaboration entre les fonctionnaires», soutient Henri-François Gautrin. Le lancement du site de données ouvertes du gouvernement québécois y contribuerait.

Ce recul de l’ouverture à la science au gouvernement fédéral trouve un écho plus discret au gouvernement québécois. La perte de l’expertise scientifique, entrainée par les départs à la retraite et une certaine rigidité de la gestion et de l’embauche des scientifiques au sein de la fonction publique, a favorisé l’émergence de secteurs vulnérables: informatique, génie civil, gestion, etc.

«Pour le Parti libéral, le partenariat public-privé est la réponse à toutes les questions. Le rapport Duchesneau (voir ici aussi) sur la réingénierie de l’État a démontré qu’une implication moindre de l’État amène des collusions, ce qui n’est pas souhaitable», affirme Nicolas Boisclair de QS.

Quelques «saines» chicanes

Placés côte à côte, deux ténors de la politique –Henri-François Gautrin du PL et Daniel Breton du PQ– se critiquaient ouvertement sur leur position respective dans certains dossiers, comme la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2. Au grand dam de leurs adversaires, ils ont poursuivi, à maintes reprises, leurs échauffourées verbales pendant le temps de parole des trois autres.

Le public, venu en grand nombre –les 120 places du local étaient occupées- a pu aussi assister à une guerre de chiffres, notamment autour de la réduction des gaz à effet de serre. Selon les partis, il faut diminuer entre 20 à 40% les GES, en passant par 25% pour la CAQ. «C’est juste un chiffre. Ce qui importe, c’est ce qu’on fait concrètement pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faudrait prendre exemple sur la Californie et encourager le développement ferroviaire», affirme Toni Rinow. Car, même au Québec, c’est toujours l’auto qui prime. «Il y a cinq fois plus d’automobiles au Québec qu’en 1998. Pourtant, c’est la «génération écolo», relève Daniel Breton. Des questions se posent sur la réelle volonté de changement de la population québécoise en matière de transport.

Le Québec se doit également de passer de l’économie du savoir à la société du savoir. «L’éducation est la pépinière du changement, et la gratuité en est le miel», soutient Miguel Tremblay.

Dans un dernier tour de table, les candidats ont résumé leur position face à la science et appelé les gens à voter pour eux. Il aurait été intéressant d’organiser un échange avec la salle, ce qui aurait permis de savoir ce que le public a retenu de ce débat électoral à saveur de science.

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Je vote pour la science est une initiative de l’Agence Science-Presse, de l’Association des communicateurs scientifiques, de l’Association francophone pour le savoir, du Cœur des sciences de l’UQAM et de Science pour tous.