Communautés d’intérêts, sociales, professionnelles, virtuelles... Se regrouper n’a jamais été aussi en vogue. Normal: on se sent (souvent) meilleur en groupe. Dans les écoles primaires, les communautés d’apprentissage semblent même être une piste pour aider les enseignants à trouver leur zone de confort en science.

Un modèle à encourager? Liliane Dionne pense que oui. Dans le cadre de ses recherches en didactique des sciences à l’Université d’Ottawa, elle a créé et suivi plusieurs communautés d’apprentissage dans des écoles primaires francophones de l’Ontario. Son bilan: ces nouvelles pratiques de développement professionnel ont, entre autres, l’immense avantage de rehausser le sentiment d’autoefficacité des enseignants vis-à-vis des sciences.

«C’est un élément crucial quand on sait que les enseignants du primaire portent souvent un regard négatif sur leurs propres compétences et connaissances en sciences, et que ce sentiment négatif nuit à leur enseignement», explique-t-elle. Des études ont d’ailleurs démontré une corrélation entre le sentiment d’autoefficacité de l’enseignant et le rendement académique de ses élèves. Un cercle vertueux… ou vicieux.

L’ABC des communautés d’apprentissage

Les communautés d’apprentissage sont loin du club social où l’on s’échange des bons coups. À la différence des «communautés de pratique» qui regroupent des professionnels désireux de partager leurs expériences, on est là pour apprendre et surtout, pour s’améliorer.

«Le principe consiste à regrouper une poignée d’enseignants plusieurs fois par année autour d’un animateur. Les gens arrivent avec des problèmes précis, comme des pratiques pédagogiques qu’ils souhaitent ajuster, des notions scientifiques avec lesquelles ils se sentent mal à l’aise, ou encore du matériel mis à leur disposition, mais dont ils ne savent pas trop quoi faire. Entre chaque rencontre, ils peuvent se lancer des défis pour progresser.»

De l’utilisation efficace de la baladodiffusion en écologie aquatique à la préparation d’une Expo-Science sur l’efficacité énergétique, Liliane Dionne a été témoin de mille et un soucis de la vie d’enseignants du primaire aux prises avec ce que certains considèrent comme une épine dans le pied: enseigner les sciences. À chaque fois, elle a constaté que le fait d’appartenir à une communauté d’apprentissage avait aidé les participants à cheminer de manière durable, grâce au soutien des pairs et de la personne-accompagnante, mais aussi grâce à un cheminement réflexif personnel.

«Les modes de développements professionnels de type ponctuel, comme des ateliers de formation, induisent peu de changements profonds dans les pratiques pédagogiques, car ils ne reposent souvent que sur la transmission d’informations. Quand les gens s’impliquent réellement dans un groupe sur du long terme et sont autant des acteurs que des spectateurs, on est vraiment dans une démarche d’engagement et de collaboration.»

Une différence que la chercheuse a pu observer à plusieurs reprises. «Par exemple, des enseignantes ont décidé d’encourager davantage le travail d’équipe dans leurs classes: c’est parce qu’elles-mêmes en avaient vécu les bénéfices avec leurs collègues dans la communauté d’apprentissage!»

Se ressourcer

Mais il y a plus. Comme elle l’explique, appartenir à une communauté d’apprentissage permet aussi de répondre aux besoins affectifs des enseignants.

«Se sentir soutenu par ses pairs est extrêmement important pour persévérer dans son apprentissage et briser l’isolement. Il n’est pas toujours facile de reconnaître les difficultés que l’on peut avoir devant des collègues... mais quand on s’expose et qu’on se sent compris, il est possible d’évoluer.»

Et les témoignages recueillis par la chercheuse en disent long: les communautés d’apprentissages sont vues comme des lieux «d’affirmation de soi», «de ressourcement»... «C’est aussi une des raisons pour lesquelles les dispositifs collaboratifs sur Internet, même s’ils peuvent avoir leur utilité pour l’enseignement des sciences, sont limités. Rien de tel que de vivre la collaboration en direct!»

Quand on connaît les difficultés liées à l’apprivoisement des sciences et technologies par des enseignants qui n’ont souvent aucun bagage académique dans ses matières, le passage de la théorie à la pratique en groupe devient une source de réconfort.

Au-delà des connaissances

«Dans le jargon de la recherche, on parle de besoins idéologiques. C’est la satisfaction que l’on ressent quand on peut démontrer aux autres son expertise», poursuit la chercheuse.

«Une enseignante de 5e année qui devait introduire l’éducation relative à l’environnement dans son programme a développé, grâce à une communauté d’apprentissage, une véritable expertise dans le domaine de l’économie d’énergie. Cette expérience lui a aussi permis de développer ses propres valeurs environnementales et d’encourager ses élèves et leurs parents et même ses collègues à faire de même», témoigne-t-elle.

Un effort payant

Il n’existe pas de recette toute faite pour créer une communauté d’apprentissage dans son école, mais quelques règles de base s’appliquent: regrouper des enseignants de niveau similaire, et trouver ou désigner une personne chargée de cordonner le tout. «Cette personne-ressource devra avoir la disponibilité nécessaire pour établir les ordres du jour, animer les rencontres et faire les suivis.»

Plus important encore, cette aventure nécessite de dégager du temps pour les rencontres: la complicité de la direction d’école est donc indispensable. «On peut même créer des communautés qui regroupent des enseignants de plusieurs écoles. Cela permet d’avoir un regard différent et ce partage procure un ressourcement supplémentaire aux enseignants. Avec un peu d’effort de structuration et de la bonne volonté de la part des participants, ça en vaut vraiment la peine», conclut la chercheuse.