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Une colonie martienne serait-elle viable?

Agence Science-Presse, le 13 octobre 2014, 11h50

(Agence Science-Presse) Un million d’humains sur Mars dans un siècle? Ou bien les premiers arrivants seront-ils tous morts après 68 jours? Deux thèses un brin contrastées, sorties à quelques jours d’intervalles.

Une colonie martienne serait-elle viable?
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Une colonie martienne serait-elle viable?

La première: le projet d’un aller simple pour établir une colonie sur Mars dans les années 2020, et pour lequel des milliers de personnes ont posé leur candidature, est une belle idée... mais on n’est pas sûr que la technologie permette de survivre sur la planète rouge plus de deux mois, ont calculé des étudiants du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

La deuxième: le milliardaire Elon Musk, créateur de SpaceX, l’une des compagnies qui tente de développer le concept de «taxi» vers la station spatiale, assure dans une entrevue au magazine Aeon, que dans les années 2030, SpaceX serait en mesure de créer une colonie martienne et que dès 2040, celle-ci pourrait compter «des milliers, peut-être des dizaines de milliers de personnes».

Qui dit vrai? Elon Musk donne très peu de détails sur la façon dont vivraient ces gens là-bas: la production d’air, d’eau et de nourriture sur place, de même que leur approvisionnement en technologies indispensables à leur survie et à leur expansion. Ce qui est précisément la pierre d’achoppement pointée par les étudiants du MIT dans leur article, présenté au début du mois au congrès international d’astronautique, tenu à Toronto.

L’équipe s’est penchée sur les détails connus du projet Mars One, tels que dévoilés par le fondateur et PDG, Bas Lansdorp: une phase de pré-déploiement, entre 2018 et 2023, pendant laquelle des robots établiraient un «habitat» sur Mars. Et par la suite, tous les 26 mois, l’envoi d’une équipe de quatre astronautes avec l’équipement de survie nécessaire à un établissement permanent. Parce qu’il s’agirait d’un aller simple, les coûts du voyage seraient considérablement réduits, de même que les difficultés techniques, et c’est ce qui assure le succès du projet Mars One, du moins selon son fondateur.

Mais outre cela, les informations dévoilées sont très peu précises, ce qui a amené les auteurs de l’étude à spéculer en s’appuyant sur les technologies actuellement à notre disposition: systèmes de support de vie, technologies de transport, technologies d’extraction et de transformation des ressources naturelles sur Mars. Rien que pour cela, ils estiment d’abord que la phase préliminaire nécessiterait l’envoi de pas moins de 15 sondes spatiales entre 2018 et 2023 pour transporter tout l’équipement nécessaire.

Et c’est la partie la plus facile. Si des plantes que les premiers astronautes feront pousser sous une serre, sur Mars, doivent constituer leur seule source de nourriture et, par la suite, la source principale d’oxygène pour leur habitat, le niveau d’oxygène sera insuffisant, conduisant tous les quatre à leur mort après 68 jours.

On peut bien sûr supposer qu’en sus de l’équipement nécessaire à la survie et au travail sur Mars, les robots et les astronautes emporteront avec eux de l’oxygène et de la nourriture. On peut aussi imaginer une façon —évidemment jamais testée dans l'espace— par laquelle de l’oxygène serait extrait de la roche martienne. Mais même dans un tel cas, il faudra du coup, calculent les auteurs, beaucoup plus que 15 robots et une mission tous les 26 mois: parce que si la base martienne devait vivre pendant 130 mois (11 ans), rien que le transport des pièces de rechange occuperait 62% de l’espace disponible de tous ces vaisseaux.

Dans un courriel envoyé le 8 octobre au média en ligne qui a été le premier à rapporter cette étude, le PDG de Mars One, Bas Lansdorp, a répondu qu’il n’avait pas le temps de répondre à toutes les questions qu’il recevait des étudiants.

Dans son entrevue au magazine Aeon, l’entrepreneur Elon Musk, l’homme de la voiture Tesla et du système Paypal, est plus affable, mais ne s’avance guère plus sur les obstacles techniques à un établissement sur Mars. Il est rendu beaucoup plus loin: spéculations sur la place de l’humanité dans le cosmos, sur l’existence d’autres civilisations, et sur ce qui restera de la Terre dans quelques milliards d’années.

Peut-être le succès de SpaceX, si succès il y a, permettra-t-il à la firme d’Elon Musk d’attirer les investisseurs nécessaires au développement exponentiel des futures technologies, comme il semble le suggérer. En attendant, ceux qui rêvent d’une modeste colonie martienne à court terme sont laissés sur leur faim.