Une déclaration du président Obama, la semaine dernière, a fait sauter de joie les amateurs d’exploration spatiale : la perspective d’une première mission habitée vers Mars d’ici 2030. Mais dans les faits, la NASA n’est pas tout à fait sur la bonne voie.

C’est que, ces dernières années, les coupes budgétaires de l’agence spatiale américaine ont visé entre autres... les missions vers Mars. Dont, ironiquement, le projet ExoMars, une sonde spatiale conjointe avec l’agence spatiale européenne... que les Européens ont poursuivi seuls et qui est arrivée en orbite martienne dimanche dernier.

Tout n’a pas été coupé : le vieux projet, qui remonte au temps de George W. Bush, d’une nouvelle fusée assez puissante pour lancer les futurs astronautes vers Mars (Space Launch System), continue d’avancer vers ses premiers tests, prévus pour 2018. Mais depuis l’époque Bush, le contexte, lui, a changé : les compagnies privées (SpaceX, Blue Origin) ont tant et si bien progressé, que plusieurs observateurs se demandent si la NASA ne devrait pas abandonner le Space Launch System au secteur privé pour concentrer ses énergies ailleurs.

Dans son texte, paru sur le site de la chaîne de télé CNN, le président Obama rappelle les émotions laissées sur l’enfant qu’il était alors, par les lancements de fusées lunaires et le retour des astronautes à Hawaï, où il vivait. Et il en appelle à rêver aujourd’hui plus loin : « envoyer des humains sur Mars d’ici 2030 et les ramener sur Terre sains et sauf, avec l’ambition ultime, un jour, de demeurer longtemps sur Mars ».

Se rendre sur Mars nécessitera une coopération continue entre les gouvernements et les innovateurs privés et nous sommes déjà sur la bonne voie. Dans les deux prochaines années, des compagnies privées enverront pour la première fois des astronautes sur la station spatiale internationale. Prochaine étape : se rendre au-delà des limites de l’orbite terrestre. Je suis heureux d’annoncer que nous travaillons avec nos partenaires commerciaux pour construire de nouveaux habitats qui peuvent soutenir et transporter des astronautes pour une mission de longue durée dans l’espace.

Son message, complété par un texte plus substantiel du directeur de la NASA Charles Bolden et du scientifique en chef de la Maison-Blanche John Holdren, est clair : au contraire des missions lunaires des années 1960 qui dépendaient entièrement du financement gouvernemental, le secteur privé aura un rôle à jouer, et cette publication coïncidait avec la tenue d’un congrès d’ingénieurs, de scientifiques et d’étudiants, réunis le 13 octobre à Pittsburgh sous l’égide de la Maison-Blanche ( White House Frontiers Conference ). Mais même cette concertation public-privé ne convainc pas la journaliste Marina Koren dans The Atlantic , son collègue Eric Berger dans Ars Technica , leurs collègues du New York Times , ou encore l’astronome blogueur Phil Plait, qui pointent tous une contradiction : une mission vers Mars reste officiellement en tête des priorités depuis 2010, mais les budgets n’ont pas suivi et les projets associés manquent de cohérence.

Une équipe du Jet Propulsion Laboratory de la NASA avait présenté l’an dernier un plan à long terme qui permettrait à la NASA d’envoyer une première mission en orbite martienne dans les années 2030 avec son budget actuel — mais uniquement en orbite, sans atterrissage.

À moins qu’un investisseur privé n’y arrive avant tout le monde ? Le milliardaire Elon Musk a en effet présenté en fanfare, le mois dernier, le projet d’une fusée géante capable de transporter 100 personnes sur Mars, dès 2024. Mais son calendrier optimiste n’a pas convaincu beaucoup d’experts.

Et même avec Elon Musk, on se heurte encore une fois à une question d’argent : Musk compte sur des philanthropes comme lui pour financer son mégaprojet, parce que pour l’instant, aucune compagnie ne semble croire à la possibilité de « rentabiliser » un tel voyage. Certes, l’exploitation minière de la planète rouge serait plausible, mais les coûts de transport pour ramener les minerais sur Terre seraient... astronomiques.